Bossages erratiques et hémisphériques

BOSSAGES DE LA MAUVINIERE A SAINT SORNIN 17600

Mise à jour décembre 2018

 

Photos ci-dessus: vue aérienne, diverses vues, photos de détail et repérage des dives types de bossages.

Ce dossier est présenté ici suite à des échanges avec Hervé Porcher, membre de la Société de Géographie de Rochefort (17), qui participe à un Projet Collectif de Recherches (PCR) sur le thème : « Les marais littoraux charentais du Moyen Age à l'Epoque moderne : peuplement,environnement et économie »1.

 Il effectue actuellement des recherches historiques sur le corps de logis (XVIIe siècle) du domaine de La Mauvinière, commune de Saint-Sornin (17600), qui comprend une particularité, à savoir un mur extérieur aux propriétés architecturales originales (voir photos jointes). Il mesure 40 mètres de long pour une hauteur moyenne de 2 mètres. Il comprend une quarantaine de pierres sculptées, placées en quinconce, formant un bossage régulier. Ces pierres sont de forme octogonale dont certains côtés comprennent un orifice de 3 centimètres de diamètre pour une profondeur de 10 centimètres environ.

Jusqu'à ce jour, aucune explication n’a été trouvée sur ce type de bossage. Les propriétaires du domaine et la population locale ignorent l'origine et la fonction de ces bossages car rien de comparable ne semble exister dans la région. Par ailleurs, les archives2 consultées par H Porcher ne font pas mention de ce mur et de son utilité.

Le corps de logis date de 1675. Le domaine comprend plusieurs bâtiments disposés autour d'une cour irrégulière comprenant une fontaine, couverte par une impériale en pierre de taille. Un jardin bas pourvu d'une retenue d'eau qui faisait jadis, d'après certains, probablement office de vivier est accessible par un escalier à balustres. Le mur en question, orienté plein Sud, est dans l'alignement de l'escalier et à proximité de la retenue d'eau située à l'Est.

Le domaine de la Mauvinière est un ancien « fief » important de la région. Il y avait de la vigne, des champs pour la culture de chanvre et de lin, entre autres, et de l'élevage de bovins et d'ovins.

Dans un acte de 1741 faisant état des biens de la propriété, il est mentionné qu'à l'intérieur des 20 "journaux" de terre, se trouve un enclos entouré de murs comprenant une terre et une vigne (sans autres précisions)

Le mur fait 80 cm d'épaisseur et il est effectivement accessible par l'arrière. Mais on n'aperçoit aucun trou dans le parement arrière

 Les bossages traversent tout le mur, mais ne forment aucun relief à l'arrière (il apparaît seulement la partie carrée que l'on aperçoit derrière la partie octogonale..

Les pierres servent à solidariser l'ensemble. C'est peut être nécessaire car le mur est en pente, il fait 40 m de long et repose sur un sol meuble à proximité des marais.

 On peut penser peut être à des emplacements pour enfoncer des bâtons pour faire sécher quelque chose linge chanvre lin....

Mais comme il y a des trous en bas cette idée n’est sans doute pas à retenir

Elles sont probablement en réemploi et se trouvaient précédemment vraisemblablement en position verticale

Les bossages sans trou, à trois, cinq ou huit trous semblent distribués de façon aléatoire et les bossages sans trous ne sont pas en bout de ligne comme si le travail n’avait pas été fini.

Mais si les pierres étaient préalablement en position verticale dans un champ de piquets, le nombre de trous était peut être significatif quant à une liaison entre piquets

On peut penser aussi à l’équivalent de pierres anneaux servant à attacher des animaux.

Les pierres à bossage n’ont très probablement pas été sculptées en place, d’où une préfabrication supposée

L’hypothèse sur des pierres relevées pouvant servir de séchage est intéressante car les archives confirment la culture de chanvre et de lin sur la propriété (acte notarié du XVIIIe s.). Jusqu'à présent H Porcher n’a pas encore vu de procédé équivalent dans la région, mais cela élargit le champ de recherches. La consultation d'ouvrages sur la culture et les jardins aux XVIIe-XVIIIe va peut-être apporter quelques éclaircissements sur le sujet

Notes

1 -Ce PCR est coordonné par Eric Normand (DRAC Poitou-Charentes) et Alain Champagne (Université de Pau (64)).

2 -Notamment les archives notariales sur les inventaires après décès ou les partages de propriété.