
Ce dossier comprend l'étude des bassins suivants:
Bassin de l'autreville à Coursegoules
Bassin du Castel d'Ongrand à Peille
Ce bassin a fait l´objet de plusieurs publications, mais le présent article concerne des observations complémentaires.
Des plans de détail sont joints ; par ailleurs une comparaison est faite avec des bassins égyptiens.
Une étude a été publiée par G. Brétaudeau (1) qui indique notamment, page 85 et suivantes « Il a été creusé dans un rocher de près de 4m de long, de 1.60m de large et d´environ 2.50m de haut. Son plancher est à 1m au dessus du sol et mesure 1.25m de long sur 0.90m de large et 0.35m de profondeur avec un volume utilisable de 0.5m3. ».
Ce qui le distingue d´un bassin classique, c´est bien sûr, d´abord son emplacement sur une crête à une quarantaine de mètres au dessus de l´ensellement de deux vallons. De plus, il n´a pas été creusé comme de coutume dans une dalle affleurant au niveau du sol. Autre particularité, qui n´a pas à notre connaissance d´équivalent dans l´ensemble des sites perchés du département, c´est l´existence sur les margelles de ses faces est et sud d´un système assez complexe de feuillures ayant pu servir soit à l´évacuation éventuelle du trop-plein du liquide le remplissant (face ouest) soit à y caler un couvercle, en bois ou en pierre, aujourd´hui disparu (face sud).
Mais c´est surtout la présence de deux séries de marches formant escalier, taillées dans la roche, et ayant pu permettre les unes au nombre initial de cinq et perpendiculaires à la face méridionale, d´atteindre le rebord du bassin, et les quatre autres, parallèles à sa face nord, de le dominer d´une hauteur d´environ 0.80m ».
Cette étude a été complétée
par un article de Claude Salicis (3), page 16.
P.Clément (2) de Vence
a fait un mémoire sur ce bassin et a signalé notamment
les inscriptions gravées. Un dossier figure sur le site Internet : www.archeo_vence.archeophile.com.
Une
prospection complémentaire a permis les observations suivantes :
les côtés du bassin sont orientés suivant les points cardinaux.
A l´Est du
bassin on aperçoit le mont Agel à 13 kilomètres à vol d´oiseau et, à l'équinoxe on
peut donc voir le soleil se lever derrière le mont Agel.
A l´angle Nord Ouest
du bassin la rigole présente une petite surprofondeur de 1 cm. Il en est de
même à l´extrémité sud
est ou une surprofondeur de 3 cm peut être observée dans la première marche
; ce petit trou est pratiqué dans une sorte d´encoche de 12 cm x 4cm environ.
Voir détails.
Deux autres encoches ont été observées, l´une sous l´exutoire, et l´autre sur la paroi Est. Au niveau de l´exutoire la paroi verticale a été amincie pour faciliter le percement. On observe la même technique sur le bassin de Notre Dame des Prés à Levens.
Des lettres gravées ont été relevées sur la première
marche. Trois sont très
nettes : T E V. Voir détails.
Les deux extrémités du T semblent se terminer
par un petit triangle comme dans certaines enluminures. D´autres lettres possibles
difficiles à lire sont hypothétiques.
La gravure est nette d´une largeur de
2 mm environ et de même profondeur. Sur la paroi est, on voit très bien une
lettre L gravée de mêmes caractéristiques et taille que celles de la marche.
Les trous mentionnés plus haut pourraient avoir eu comme fonction de bien
fixer la base de potelets en bois éventuels servant pour supporter un toit
possible ou un couvercle. Les lettres sont peut-être des simples graffiti
exécutés beaucoup
plus tard que l´ensemble de l´ouvrage.
Des hypothèses ont été échafaudées sur la nature de ce bassin, et principalement : usage en tant que réservoir, bassin pour fouler le raisin, enfin bassin à caractère rituel.
Au risque de critique, l´hypothèse du bassin à caractère rituel est très séduisante pour les raisons suivantes : le bassin est orienté suivant les points cardinaux et l´observation du mont Agel, lieu présumé important dans des religions primitives, au solstice d´été devait revêtir un caractère religieux significatif, d´autant plus qu´une plateforme à deux niveaux a été aménagée à l´Ouest du bassin, pouvant contenir une quarantaine de personnes.
Cette plateforme est adossée à une masse rocheuse qui semble avoir été entaillée de façon à réaliser une sorte de mur Nord Sud. Le côté important dans le site est l´Est. Les marches du côté Sud pourraient avoir eu une utilité pour accéder à l´intérieur du bassin, mais les marches côté Nord n´ont aucune utilité pratique et l´on peut imaginer un escalier atteignant le sommet du rocher.
On peut être tenté de faire un rapprochement avec les nombreux bassins et tables d´offrande observés dans les tombes égyptiennes et présentant des escaliers extérieurs ou intérieurs, simples ou multiples. Au sommet du fort de Buoux dans le Vaucluse, un rocher domine la canal rituel. Il semble sous toutes réserves que des encoches pourraient être interprétées comme étant des marches.
En ce qui concerne l´hypothèse d´un usage
agricole de ce bassin, l´arête rocheuse
sur laquelle se trouve le bassin est en calcaire jurassique dans
un environnement crétacé et marneux, et il aurait été facile d´exécuter un
bassin près des zones
agricoles en contrebas de cette arête chaotique.
La paroi Est du bassin a été soigneusement
exécutée depuis le fond du bassin
jusqu´au sommet alors qu´un usage agricole de la partie utile du bassin ne
justifiait pas de sculpter aussi finement la partie supérieure.
Ainsi on peut
imaginer que la paroi Est du bassin pourrait avoir eu une importance
au point de vue rituel.
Bassins dans l´Egypte ancienne

Le musée du Louvre possède des tables d´offrande
dont une avec bassin de libation qui proviennent de tombes datant
de la 18ème
et 19ème dynastie pendant le
nouvel empire entre 1550 et 1186 avant JC, qui ont été exposées lors de l´exposition « Les
artistes de Pharaon » Deir el Medineh et la vallée des Rois, au printemps
2002, sous les numéros 182, 199 et 200. Voir photos.
En particulier, dans la pièce N°200 le bassin de 30x10 cm et 10cm de profondeur environ est associé à une table d´offrandes de 30x15 cm et de 2 cm de profondeur avec goulotte d´écoulement. Suite à cette exposition, un contact a été pris avec le musée du Louvre qui nous a fait parvenir une intéressante documentation, où il apparaît que de nombreux exemples de bassins et tables d´offrande symboliques ont été observés dessinés ou photographiés. En particulier on note des bassins à un ou plusieurs escaliers ce qui fait penser au bassin de l´Autreville à Coursegoules.
Charles Kuentz (2), mentionne de nombreux exemples mais ne s´interroge par sur la raison de ces escaliers dans ces bassins symboliques. On peut cependant émettre l´hypothèse que des rites prébaptismaux ont pu se pratiquer dans la plus haute antiquité du fait qu´ils étaient déjà symbolisés au temps du nouvel empire soit entre 1500 et 1000 ans avant notre ère.
Dominique Valbelle, (5) page 35, montre une photo d´autel domestique en forme de bassin dans une habitation de Der El Medineh à Thèbes et datant du Nouvel Empire. On peut émettre l´hypothèse que les petits bassins trouvés dans les tombes sont une représentation de bassins rituels plus grands.
Bibliographie
1- Brétaudeau Georges - Mémoires de l´Institut de Préhistoire et d´Archéologie Alpes Méditerranée tome XL - 1998 - Le bassin de l´Autreville - Coursegoules 06140
2 -Kuentz Charles - Bassins et tables d´offrandes - Bulletin de l´institut français d´archéologie orientale du Caire 198
3-Salicis Claude - Mémoires de l´Institut de Préhistoire et d´Archéologie Alpes Méditerranée tome XLI - 1999 - Contribution à la connaissance des bassins monumentaux creusés dans le rocher. Le bassin de la Madone des prés à Levens 06
4- Salicis Claude - Mémoires de l´Institut de Préhistoire et d´Archéologie Alpes Méditerranée tome XLVI - 2004 6 structures quadrangulaires sommitales des Alpes Maritimes
5 - Valbelle Dominique, la vie d´un chantier au Nouvel Empire, Dossier d´archéologie N°265 juillet août 2000
Ce bassin rectangulaire a été décrit en détail par Gauberti () qui l’a visité avec le photographe Detaille. Le site a aussi été décrit par G. Brétaudeau (), pages 502 et 506
Ceci correspond à la position du coucher du soleil au solstice d'hiver. Il peut s'agir d'une simple coïncidence, ou bien la dalle a été choisie plutôt que d'autres sur le site car sa plus grande pente correspondait à cet azimut.
Les azimuts des couchers et levers du soleil communiqués par l'Observatoire de Nice sont les suivants en degrés :
Eté : lever 68 degrés coucher 292 degrés
Hiver : lever 112 degrés coucher 248 degrés
Saint Chrysostome au IVème siècle aurait dit à propos de décembre et du solstice d'hiver « C'était le temps où les païens étaient occupés avec leurs rites athées »
Le fond de la cuve présente une pente vers le bas au nord est de 10/100 environ. Il y a une goulotte d'évacuation en bas à gauche.
Devant le côté le plus bas du bassin passe un couloir entre les rochers qui semble naturel
S'agit t'il d'un bassin sacrificiel. Le nom donné par les habitants de l'Escarène est « Mastra dais pagans » (pétrin des paiens) ? Gauberti () dit avoir effectué des fouilles à cet endroit et trouvé du matériel archéologique.
Près du bassin, un rocher parait taillé de façon à former une tombe, mais ceci sous toutes réserves.
Allée supposée sacrée
Entre la plate-forme de la chapelle et le bassin se trouve une allée de quelques mètres qui est marquée par quatre pierres levées de part et d'autre.
AYMARD - L’antiquité dans les montagnes de Peille 1909
BRETAUDEAU Georges les enceintes des Alpes Maritimes, MIPAAM, 1996
GAUBERTI - Peille, son histoire - Bibliothèque Barbéra - Barral - La Turbie