
Mise à jour 12 mai 2026
*Extraits traduits du livre « Newborough the english suburb, non encore publié en français de Judit Kiraly (Docteur de l’université de Nice Sophia Antipolis, et de ses notes personnelles.
Il y eut à Nice au XIXème siècle un certain nombre de médecins anglais dont le docteur Henry Cecil Gurney célèbre à l’époque
Etablissement à Nice
Il s ‘établit à Nice en hiver (il loua d’abord une maison Boulevard Dubouchage. Puis à Magnan où il y avait plus d’espace). Il existe encore des photos de cette maison de plusieurs étages sur la colline dite « château Saint Laurent » ressemblant à un immeuble avec de larges baies en façade. A cause de sa santé fragile il passait l’été (trop chaud à Nice) à Ryde sur l‘ile de Wright et plus tard à Genève. Le Dr Gurney parlait italien, français et anglais et ses connaissances médicales encyclopédiques étaient renommées. Suivant sa nécrologie dans le British Medical Journal, il était d’un tempérament très nerveux, dû à son emphysème et son cœur faible mais cela ne l’empêchait pas d’avoir de nombreux patients attitrés.
Des affaires particulières.
Un premier cas très médiatisé fut celui de l’épouse du très riche banquier américain John PIerpont Morgan qui vint des USA avec sa très jeune épouse tuberculeuse pour consulter le docteur à son sujet. Elle décéda quelques semaines plus tard mais ce cas fut largement diffusé.
La réputation internationale du Dr Gurney provint de deux affaires qui le concernaient : celle de John Start Mill et celle de Miss Seawell dont il était le médecin et qui reçut beaucoup de publicité. Ce dernier cas constitue une importante démonstration des relations politiques entre la Sardaigne, la France et la Grande Bretagne. Cela indique aussi comme était délicat l’équilibre et la coexistence entre les points de vue des Anglais protestants et les catholiques locaux. Comme c’est l’histoire d’un vrai cas médical il faut que nous connaissions la raison principale de ces dramatique évènements.
Durant l’hiver de la saison 1847-48, le Dr Gurney fut appelé par une riche famille britannique résidant à Nice, pour venir d’urgence s’occuper de leur fille. La jeune femme était Miss Seawell âgée de 24 ans. Elle souffrait terriblement, avait de la fièvre et elle délirait. Comme c’était quelques jours avant son mariage imminent, son entourage disait que c’était nerveux. Le Dr Gurney prescrivit les tranquillisants habituels et les calmants de l’époque ; elle sembla aller mieux après ce traitement – mais quelques heures après elle mourut subitement. Les journaux locaux de langue française s’emparèrent immédiatement de cette histoire et imprimèrent une série d’articles disant que le Dr Gurney avait empoisonné une jeune femme en parfaite bonne santé juste avant son mariage et qu’alors-pendant qu’elle était encore tiède (?) et bougeait, il se mit à la découper
Les employés de la maison (catholiques) opposés à l’autopsie faite sur place puis la population catholique locale s’enflamma et s’attaqua à la maison et aux bureaux de Dr Gurney. La police l’arrêta promptement- probablement pour le sauver du lynchage. Après la rapide intervention de ses amis, le Reverend Childers et le Consul Lacroix, qui eurent du mal à alerter immédiatement le Foreign Office sur la situation. Les diplomates britanniques se démenèrent pour le sauver. Londres prit contact avec Turin où le Dr Gurney avait d’excellents contacts. Paris et Turin firent de même avec les autorités niçoises de façon extrêmement diplomatique et finalement le Dr Gurney fut relâché. Le Reverend Childers qui avait à la fois un frère et un beau-frère au Parlement britannique et qui était un ami personnel de Gladstone écrivit de nombreuses lettres, et le Consul Lacroix qui était ami avec tout le monde à Nice, demandèrent des réunions d’urgence. Comme fit le frère de Gurney le Reverend Tomas Gurney. Ils remuèrent ciel et terre à Nice, Turin et Londres – de sorte qu’à la fin on écouta la version de l’histoire selon le Dr Gurney, et qu’il s’en tira sain et sauf et put continuer à pratiquer.
Ci joint un petit passage d’un des très nombreux articles qui parurent pendant des mois dans la Presse britannique et internationale, juste pour montrer l’aspect de cette affaire tripartite politico médicale.
REFUTATION DES CHARGES CONTRE UN PHYSICIEN A NICE
Dans le dernier numéro de ce journal (page 825) a été inséré un court paragraphe provenant d’un périodique français mentionnant une sérieuse mise en cause d’un physicien anglais pratiquant à Nice, le document suivant montrera que les faits ont été exagérés mais grossièrement mal interprétés. Le Dr Gurney, qui est impliqué, pratique toujours à Nice selon ce que l’on sait et jouit d’une grande réputation qu’il a gagnée auparavant non seulement parmi la plupart des résidents à cet endroit, mais aussi auprès de la famille de la dame décédée.
Foreign Office 24 février 1847
Monsieur – en référence à ma lettre du 12 courant, je suis mandaté par le Vicomte Palmerston pour vous informer de la réception d’une dépêche du Ministre de sa Majesté auprès de la Cour de Turin, contenant la correspondance entre le Ministre Sarde des Affaires Etrangères et lui au sujet de l’arrestation du Dr Gurney à Nice
(Source The Medical Gazette, Journal of Practical Medicine vol 4, 1847 p 874)
Ainsi que s’est-il réellement passé durant ces deux jours fatals dans la vie de Miss Seawell ? le Dr Gurney bien sûr n’a pas empoisonné Miss Seawell qui est décédée de cause naturelle. Sa médication consistait simplement en tranquillisants pour adoucir temporairement ses douleurs spasmodiques qui semblaient être dues à une péritonite fatale. Mais du fait que Gurney était un médecin exceptionnellement consciencieux, et que nous n’avons pas pu savoir immédiatement les causes du décès, il entreprit une autopsie !
Comme nous avons dit il avait appris à Pise, la seule Université qui enseignait l’anatomie grâce à la pratique de la dissection. Dans la plupart des pays c’était encore interdit à l’époque bien que l’université d’Edimbourg possédât une pièce pour les autopsies.
Son diagnostic de décès par suite de causes naturelles fut confirmé par un autre physicien britannique résident, le Dr William Farr que nous avons déjà mentionné. La famille Seawell donna évidemment son accord préalablement pour la procédure d’autopsie. A l’occasion de ce scandale ils sortirent de leur réserve pour dire qu’ils n’avaient aucune raison de douter de la validité des actes du Dr Gurney et qu’ils ne lui en tenaient pas rigueur.
Cette affaire déchaina beaucoup de passion et les journaux s’appesantirent encore et encore sur le sujet non seulement dans les cercles médicaux, car ce cas se transforma en affaire purement politique. Gurney devint probablement un des docteurs les plus connus de l’époque à cause de ce triste incident. Et puis quelques années plus tard on parla de lui de nouveau dans les journaux à cause d’un autre décès, celui du fameux philosophe John Stuart Mill.
John Stuart Mill (1806-1873) était un homme très malade à la fin de sa vie. Il passait au moins six mois chaque année en France pour être près de la tombe de son épouse défunte, car elle mourut et était inhumée à Avignon.
Le Dr Gurney avait une fois sauvé la vie de Harriet en 1853 alors qu’elle avait une hémorragie pulmonaire presque fatale et Mill appréciait hautement sa compétence. Dans ses lettres qui ont été publiées il y fait plusieurs fois référence. Malheureusement cinq ans plus tard en 1858 Harriet décéda victime d’une autre hémorragie.
L’extrait ci-dessous décrit leur voyage à Avignon et la mort qui a suivi d’après une lettre de Mill à Mr Hendy datée du 5 décembre 1858.
Nous sommes restés là une semaine après quoi elle se sentit suffisamment rétablie. Elle était mieux le jour suivant mais l’amélioration ne progressa pas ; il s’ensuivit une faible respiration. Elle avait les meilleurs médecins que cet endroit pouvait offrir, mais comme d’habitude avec les médecins français leurs médicaments n’étaient pas assez puissants et après quelques jours étant inquiets bien que nous ne suspections pas un danger immédiat, j’ai écrit au Dr Gurney de Nice qui s’était occupé d’elle pour un cas de maladie grave ici en 1856 en lui demandant de venir la voir. Il vint immédiatement mais il la trouva à toute extrémité. Le denier jour avant sa fin nous pensions vraiment que sa maladie avait pris un tour favorable. D’après les symptômes le Dr Gurney pense que la cause de sa mort a été une congestion pulmonaire excessivement violente. Elle est enterrée au cimetière d’Avignon et avec elle tout notre bonheur sur terre.
Lettre écrite par John Stuart Mill au Dr Gurney après le décès
Blackheath 24 novembre 1858
Cher Dr Gurney
La somme que Sir J.O a reçu devra être versée à votre banque aussitôt après que la vente de quelques actions viendra à échéance le 1er décembre. Elle est bien méritée après les efforts que vous avez faits et surtout les risques que vous avez encourus pour la santé et le traitement dans l’espoir de sauver cette précieuse vie – et bien que je n’aie pas l’esprit à penser à une telle somme, je n’ai jamais refusé aucun paiement. Plut à Dieu que ce fut tout ce que j’ai et que nous vous ayons écrit trois jours plus tôt. Vous avez fait tout ce qu’un homme peut faire et votre présence nous a fait beaucoup de bien dans ces circonstances mêmes. Nous venons d’arriver ici, étant resté à Avignon pour la voir reposer dans sa dernière demeure (et la nôtre) et pour conclure l’achat d’une petite maison près du cimetière où nous pourrons maintenant nous rendre souvent
La santé d’Hélène nous a préoccupé pendant que nous étions à Avignon mais elle a empiré aussitôt que nous sommes arrivés ici Cependant elle semble mieux aujourd’hui et j’espère qu’elle ira mieux. Pour moi le retour à un endroit qui est plein de souvenirs sauf ceux de ce moment mortel est – mais personne en dehors de nous ne peut savoir quel est le vide de notre vie maintenant
Je suis cher Dr Gurney à vous sincèrement
J. S. Mill
Le 7 mai 1873 le médecin français résident, qui s’occupait de Mill à Avignon envoya une demande très urgente au Dr Gurney de venir immédiatement. Gurney se précipita aussi vite qu’il put et fut là en une journée. - C’était rapide en 1873 même avec la nouvelle ligne de chemin de fer. Il ne put rien faire pour le philosophe mourant Il fut cependant rapporté par les journaux qu’il était présent et par conséquent que la mort était évidemment inévitable– car le Dr Gurney l’aurait sauvé s’il avait été possible de le sauver.
La relation de Gurney avec le Reverend Childers était excellente de façon surprenante. Childers avait un caractère difficile et il avait peu d’amis. Le Dr Gurney était croyant et pratiquant et jouait un rôle actif dans le Church Committee. Mrs Gurney née Eliza Emley était également présente à chaque événement de l’église. Elle a dû passer beaucoup de temps pour élever sa formidable nichée car ils avaient une nombreuse famille. Nous mentionnerons quelques-uns de leurs fils dans le chapitre sur les Consuls, car une partie de la famille continua à vivre et à travailler ici à Nice, même après la mort du Dr Gurney.
Le docteur faisait également partie du Committee qui collectait des fonds pour l’église, pour la bibliothèque et pour agrandir le cimetière. Les contributions de Mrs Gurney furent toujours doublées par son époux. Ses dons représentaient toujours des sommes importantes (peu de femmes avaient des moyens financiers propres séparés de ceux de leur époux). Ils eurent sept enfants entre 1851 et 1861 et leur relation proche avec la famille Childers est évidente, car le prénom de leur fille ainée est Marion Dulcibelle. Le prénom de Mrs Childers était Dulcibella et il y eut beaucoup de petites filles baptisées Dulcibelle après elle à Nice. Car Mrs Childers fut une femme gentille, populaire et appréciée contrairement à son époux qui fut plus redouté
Le prénom de son mari était rarement donné à des bébés à Nice.
Le parrain de Marion Dulcibelle Gurney était un homme d’affaires bien établi et un promoteur et développeur de terrains, Mr Robinson Woolfield de Cannes. Mr Woolfield amena à Cannes Mr Thomas Smith l’architecte de Holy Trinity pour construire diverses villas pour lui et bien sûr la première église protestante britannique à Cannes. Comme conséquence. Mr Smith et Mr Pulham le constructeur chef du projet de construction furent choisis pour Holy Trinity à Nice sur les recommandations de Woolfield. C’était un homme important et ce fut un honneur pour les Gurneys de l’avoir comme parrain de baptême.
Un certificat de baptême d’un des autres bébés Gurney est encore plus intéressant car leur premier fils s’appelle Henry Cecil Brougham Gurney ; son illustre parrain n’est autre que Lord Henry Brougham, aussi à Cannes. Ce fils à l’âge adulte épousa la carrière diplomatique et fut en poste comme Consul à Nice
Ainsi nous pouvons être certains que les Gurney constituaient une part importante et respectée de la Communauté britannique, non seulement à Nice mais aussi dans d’autres villes de la Riviera