Point du Ramingao à Roquebrune Cap-Martin

 

Quelques rues et lieux-dits de la commune de La Turbie

de 1602 (avec Beausoleil et Cap d’Ail) à nos jours

par Laurenç Revest

 

Conférence pour les Journées du Patrimoine 2009 de La Turbie.

Ajustements octobre 2011

 publié avec l'autorisation  de l'auteur

I. Liminaire :

Mon étude est ouverte à toutes remarques. Étant linguiste, j’ai étudié la toponymique d’un point de vue linguistique en confrontant les noms avec la langue qui a servi à désigner les lieux, le latin puis l’occitan alpin dans sa variante maritime et plus précisément « turbiasca ».

Quand nous avons pu, nous avons fait appel aux formes orales telles qu’elles sont prononcées traditionnellement par les turbiasques.

En effet, il existe des trames d’appellations en toponymie, on appelle les lieux qui nous servent (alimentation, chauffage, habitation, religion) par leur apparence (montagne, ruisseau, roche, terre). On retrouve cette trame dans d’autres communes et cela peut nous aider.

 

Il faut différencier histoire et langue des états d’une part et, histoire et langue d’un village d’autre part.

Quelques idées fausses : nous  sommes historiquement dans le Comté de Nice mais ici on parle turbiasc. De même, Menton ou Roquebrune ont fait partie de la Principauté de Monaco mais on n’y a jamais parlé pour autant monégasque. Aujourd’hui la majorité des personnes parlent le français, mais ce n’était pas le cas il y a seulement 100 ans. La majorité parlait occitan, appelé le plus souvent improprement « ‘o patoàs » (ou patouàs).

 

Le « turbiasc » (dont dépend aussi le parler de Laghet) encore parlé aujourd’hui est une forme liée au « pelhasc » (parler de Peille) sauf dans les articles où le groupe « ai » se réduite en « ei » voire « e » :

en pelhasc (en français peillasque) actuel : ‘i fremai (anciennement las fremas)

en turbiasc (en français turbiasque) actuel : ‘e(i) freme(i) (anciennement las fremas).

On retrouvera le stade ancien, à date assez récente pour Peille, on sait qu’en 1930 on écrivait « las fremas » (textes de Blanchi et les nombreux toponymes en « las Faissas », « lai Barrai… ») et pour La Turbie les toponymes de 1602 « las Bataglias », « las Mulas », « las….

Contrairement aux idées fortement ancrées, ce n’est pas un « mauvais niçois » ni plus un « mélange » de français et d’italien ou de quoi que ce soit (autrement, on dirait par exemple que le niçois est du mauvais provençal, ou du mauvais alpin). Du point de vue linguistique, le turbiasque est situé en zone alpine maritime et constitue avec Èze, les derniers parlers de ce type avant la zone du niçois commençant à Beaulieu, Villefranche-sur-Mer.

 

Les noms de lieux reflètent d’époques différentes. Ils sont parfois :

- modifiés graphiquement : « Aurelia » devenant « Aureglia » (toscanisation graphique) « Malbosquet » devenant « Malbousquet » (francisation graphique) mais restant sur le fond les mêmes noms

- traduits « Fuòntvielha » devenant « Fontevecchia » (traduction en toscan) ou « Fontvieille » (traduction en français), comme pour « Tenat » devenant « Tenao » (génovésisation), « Col de Guerre » (traduction), etc.

 

Nòta : les toponymes rendus en occitan alpin, et plus précisément en « turbiasque », le sont en graphie occitane dite classique. C’est la graphie la plus courante depuis le Moyen-âge dans le Comté de Nice et dans le « Midi », on en trouve la trace dans les toponymes, par exemple : à La Turbie « Fossignana » où « o » se lit « ou », à Peille « La Gorra » où « o » se lit « ou », etc. Je pourrai vous fournir les principes de lecture si vous le désirez.

 

II. Corpus :

Pour établir la liste des toponymes, nous avons regroupés :

- des noms tirés de la carte du territoire de La Turbie de 1602 dessinée J.B. Gastaldo (références APM A 178 p 22) notés (1602)

- tous les noms tirés du « Registro » Cadastre des États de Savoie daté de 1702 (références A.D.A.M. 3E67/14), ce sera notre liste de base

- des noms tirés du Cadastre français et de la voirie actuelle, notés (2009).

 

Les toponymes

 

                                      

Balaou dou pous, en graphie occitane : Balaor dau Potz, la place du puis. De « balar » dancer et on relève la forme alpine maritime du suffixe –aor (chute de –T-/-D- intervocaliques du latin), qui permet de créer des noms à partir de verbes, “lieu où l’on danse, chambre d’une bordigue” (Mistral)

En nissardo-provençal on dira « balador », il existe le « baladou » dans le village de Grimaud.

 

(Rue) Capouane, carrièra Capoana/ Capolana : rue qui se rapporte au chef, « ‘o càpol, ‘o capolier » =

1- rue ayant un accès au plus haut du village à une époque

2- rue de la mairie, du baile, du syndic ? L’hypothèse de la famille « Gapéani » est peu probable, cela aurait donné « carrièra Gapeana », de plus à la fois le passage de C à G et de O à E plus la féminisation d’un patronyme, tout cela cumulé est très rare.

 

Carrugio de Sant Pouns, forme orale « ‘o carroge » (André Franco) forme entière « Carroge de Sant Puònç », ruelle de Saint Pons, carroge est un terme très fréquent dans les Alpes (carroge = petite rue, à L’Escarène, Raimplas…), la version génoise-monégasque est « carrugiu ».

 

(Rue) Droite, Carriera Drecha, rue qui traverse le village d’un bout à l’autre

 

(Place de l’) Eglise, Plaça d’a Glèia

 

(Rue de la) Fontaine, Carriera d’a Fuònt (grana)

 

(Avenue) Général de Gaulle, ‘O Camin gran, le grand chemin

 

(Rue) du Guet, Carriera dau Guet, rue du Ghetto (avec le siège de l’ancienne banque juive, cf. sa propriétaire Mme. Poggi-Christmann)

André Franco nous indique que quand La Turbie connaît la première occupation française vers 1792, apparaît pour la première fois le nom « rue du Ghetto », par la suite lors de la Restauration dans les États de Savoie (Restauration Sarde) ce sera la « strada del Ghetto ». Avant 1792 c’est la « strada da Mitto » et rien d’autre. Après, le nom « Mitto » ne sera plus qu’utilisé pour la place éponyme. Voir « Place Mitto ».

 

(Rue) Incalat, étant masculin aujourd’hui on écrirait « Camin encalat » (sinon c’est « carriera encalàia) soit : (Alibert)

1- avec le traitement occitan alpin de –T-/-D- : pavage, passage pavé

2- soit participe passé masculin de “encalar” enbourber, soit passage embourbé

3- soit “fromage frais”, rue où l’on en faisait, passage des fromages ?

 

(Place) Mitto, soit :

1- l’hypothèse de « Plaça (d’a) Mitat » place de la moitié, place du milieu (pourquoi deux « t », y a-t-il eu inversion écrite ?) semble la moins mauvaise, cela est bien mieux que « Plaça (dau) Mitan » car la perte à la fois du « n » et la fermeture du « a » en « o » n’est pas la règle en turbiasque. Cela semble confirmé par l’existence de la « Strada da Mitto » en toscan, « Carrièra d’a Mitat » en turbiasc, sur le cadastre de 1702 il n’y avait pas de place, c’est après que le nom « Mitto » ne s’est utilisé que pour la place actuelle.

2- de « mita » avec la prononciation attestée à Nice avant 1800 du « -a » final à la provençale « o » (cf. catéchisme du diocèse de Nice), de l’occitan populaire régional « amie » ou (Alibert) chatte, moufle, mitaine, gifle,

3- de « mito » la boue (Mistral) avec la prononciation attestée à Nice avant 1800 du « -a » final à la provençale « o » (cf. catéchisme du diocèse de Nice), voir Betho, voir Braousch

4- mite du fromage en Limousin (Mistral)

5- de « miton » sorte de gant (Mistral), mitaine d’enfant (Moutier), on pourrait penser à un patronyme « Plaça Mit(t)on », mais il n’est plus porté.

 

(Chemin du) Moulin, Camin dau Molin

 

(Rue du) Portail (ouest) : Carriera dau Portal

 

(Chemin) Romain, Camin de Sant Ruòc

Le qualificatif « romain » est une mode qui est apparue bien récemment. Pour le « Chemin romain de Sotto Baou » en turbiasque c’est « Camin de Sota Bauç » par exemple. La Fuòntvielha (chemin de Fontvieille) est une fontaine dite « romaine » comme on peut le lire sur le cadastre. Mais les deux pierres tombales redressées qui s’y trouvent et par où s’écoulait l’eau ne datent que de l’époque carolingienne. Et précisons-le au cas où, le ciment (probablement du Lafarge ou Vicat) liant les pierres du pavage sur la placette de la Fontvieille n’est pas romain lui-non plus.

 

(Rue du) Saint-Esprit, Carriera dau Sant Esperit

 

(Place) Saint Jean, Plaça Sant Joan

 

 

 

Ambarel :

 

 

 

Anghissa, aujourd’hui on écrirait « l’anguissa » : lieu étroit, gorge, du lat. ANGUSTIA (sens d’angoisse aussi). A Marseille existe un « Pas de l’Anciá » passage étroit, passage de l’angoisse, francisé en « Pas des lanciers ».

On relève l’agglutination de l’article dans la forme actuelle : Langhissa (2009)

 

Arénier (L’), de « arena » le sable + suffixe « -ier » lieu où l’on peut extraire du sable (Carte IGN, 1973, signalé par Barbès, comme l’Arenas)

 

Aurelia : patronyme, prénom

Aureglia (1602), Aureilla (2009)

 

Bael, ce toponyme n’est pas connu de nos jours par les anciens turbiasques. « Bael » avec la chute de –T-/-D- intervocaliques du latin, fait penser « ce qui est bossu » comme il existe en niçardo-provençale « la badòla » la bosse.

Raoul Barbès http://www.archeo-alpi-maritimi.com/toponymie.php entre le village et la Tête de Chien (1763 archives royales de Turin).

 

Barmalina : de la « barma » variante alpine de « balma » grotte + suffixe « al » qui se rapport à + « ina » suffixe diminutif = creux, caverneux (ailleurs « baumalun » cf. Moutier)

(comme banca > bancal). On a « barmassa » idem + augmentatif « -assa » grosse grotte.

 

Barrale, en occitan Barral, le baril, désigne celui qui fait les tonneaux et, patronyme

 

(las) Bataglias, aujourd’hui on écrirait « las Batalhas » et en turbiasc moderne « ’e batalhe » : les batailles

 

Bautugan : lieu profané, lieu « troublé », du verbe bautugar = troubler, déranger, profaner (cf. Alibert)

 

Bestagno :

1- d’une forme « bestanha » de « bes » deux, et « tànher » convenir, être parent, qui terre possédée par deux personnes de la même famille ?

2- patronyme (mais cela ne nous éclaire pas plus…)

La forme orale est « Pasta Merda » (André Franco), pétrit la merde, on peut penser que c’est un quartier très boueux, difficile à travailler. Lors d’une récente version du cadastre, ce toponyme a été éliminé pour « faire bien », car aussi bien en version originale qu’en version francisée, on n’a pas besoin de faire des études pour comprendre le sens. La suppression ou altération de toponymes « pour faire bien » est très courante en occitan. A Sospel nous avons le « Verdanson », à Montpellier le « Verdanson », à l’origine c’était le « Merdanson ».

Bestagne (2009) aujourd’hui Beausoleil

 

Betho, (acte notarié mai 1915, cf. Barbès) : de « beto » la boue (Mistral) avec la prononciation attestée à Nice avant 1800 du « -a » final à la provençale « o » (cf. catéchisme du diocèse de Nice), aussi « Collet de Betho » la petite colline boueuse ?

Forme orale « Anam a Beto » (André Franco).

Beausoleil

 

Bordina :

1- de bòrd, frontière

2- diminutif de « bòrda » petite ferme ? (cf. Alibert), actuellement ce terme de ferme n’est pas utilisé en turbiasque

Beausoleil

 

Borriglione, toscanisation de « Borrilhon » :

1- petit bouchon, noeud de fils, bourgeon (Alibert)

2- patronyme, la version francisée est “Borrillon”

 

Braousch, toscanisation graphique puis francisation ; de « Brasc » ? : terrain peu constitant, marécageux (Moutier), endroit boueux (Mistral).

André Franco nous signale que ce nom était péjoratif.

Braousche (2009)

 

Cabeel, avec le –L final typique de l’occitan alpin turbiasque.

1- avec le traitement occitan alpin de –T-/-D- intervocaliques de « cabedel » grosse tête (aussi peloton de fil, petit manchot (oiseau) Mistral F.), lat. CAPITELLUM

2- patronyme

Y a-t-il un rapport avec « Peel » (1602, au dessus de Grima), on pourrait voir une mauvaise coupe du toponyme en « cap » tête + « beel » (voir « Peel). Raoul Barbès nous signale http://www.archeo-alpi-maritimi.com/toponymie.php qu’il existe « Bael » entre le village et la Tête de Chien (1763 archives royales de Turin).

Ce quartier est situé près de la mer, aujourd’hui sur la commune de Cap d’Ail.

Cela fait penser à la même formation sur « cap » que Caboalh.

 

Calpre : merisier, charme lat. CARPINUS

Carpre (2009) on relève la forme avec le rhotacisme de L qui est une variante dans l’alpin maritime.

 

Camp : le champ

 

Canton : angle, coin.

Aujourd’hui Monaco.

 

Capodaglio, aujourd’hui on écrirait en occitan « Caboalh  », forme orale donnée par Pauline Ballauri, André Franco : cap, lat. CAPUS (tête) + ? Ai, lat. APIS (abeille)

 

Carbonel : avec le –L final typique de l’occitan alpin turbiasque.

1- ce qui se rapport au charbon

2- patronyme

André Franco nous signale qu’il y a eu un lieu d’extraction de charbon sur la commune de La Turbie, serait-ce là, cela semble très probable.

 

Carnier : de « carn » charnier, endroit où est stockée de la viande, tombeau d’une famille (Alibert). Il est possible que ce soit la racine indoeuropéenne « kar » signifiant le rocher, l’extrémité (comme Carnolès, Carràs, Carros…).

 

Castellaret aujourd’hui on écrirait « Casteralet » : de « castelar » grand château + diminutif « -et »

 

Caulet : le chou, on relève dans le cadastre actuel (2009) la forme « Cauré » (parfois déformé en « cauire ») avec le rhotacisme de L intervocalique qui est une variante du turbiasque, on retrouve cela en mentonnais.

 

Clapissas : de « clap » pierres, « clapissas » = décombres (et non tas de pierres, Alibert L.)

 

Cola Spesa (1602) aujourd’hui on écrirait « Cuòla Espeçàia » : la colline cassée, image pour colline pleine de pierres, lieu d’extraction de pierre

 

Colla, aujourd’hui on écrirait « cuòla » : colline

La Cuolla (2009)

 

Concas, aujourd’hui on écrirait soit :

1- las « Còncas » : de « cònca » endroit creux, bassin de fontaine, vasque avec « -s » de pluriel

2- lo « Concàs » : de idem + suffixe augmentatif « -às », la grosse vasque

C’est aussi un nom de famille régional

 

Condamina, bien du seigneur ou exempté par le seigneur, par extension, pâturage bonne terre

La Condamine, aujourd’hui Monaco

 

Costa, aujourd’hui on écrirait « cuòsta » : côte, penchant d’une montagne, nervure (Mistral F.)

C’est un terme générique très utilisé, nous allons le voir.

Costafrea, aujourd’hui on écrirait « Cuòsta frèia » : versant froid, on relève la caractéristique de l’occitan alpin dont fait encore partie le turbiasque avec la disparition de –T-/-D- latins entre voyelles (ailleurs « cuòsta freda »)

 

Costa Plana, aujourd’hui on écrirait « Cuòsta Plana » : penchant de montagne relativement plan

 

Costa Serier, aujourd’hui on écrirait « Cuòsta Serrier » : la côte du ‘Serrier’, Serrier venant de « serre » désignant déjà la crête de la montagne

 

Cros, aujourd’hui on écrirait « Cròs » : « cròs » creux, fosse, trou, cavité, petit vallon (Alibert). C’est un nom générique très utilisé comme nous allons le voir.

 

Crosat (1602) : littéralement « creux » (Alibert L.)

R. Barbès http://www.archeo-alpi-maritimi.com/toponymie.php lit « Croset » le petit creux.

 

Crosdanie : de « cròs » creux +

1- « Danie/ Danier » forme turbiasque du patronyme Daniel. La francisation des toponymes est emblématique dans nos régions, il « faut » que le sens des noms se rapporte au français. Aujourd’hui « chemin du Cros d’Anier » voire plus récemment encore « chemin du Cros d’Asnier » (2009) et, dans quelques années peut-être « boulevard d’Asnières » ? Dans notre région on trouvera « Lo Cuòl de Totas Auras » qui deviendra le « Col de toutes heures », « Lo Serre d’Alan » qui deviendra « Le Cerf Volant », etc.

2- « d’Anhel » de l’agneau ?, mais on aurait alors relevé la forme « agnel » ou toscanisé en « agnello ».

Il existe une forme orale double « Cra d’Anier » [kr’a danj’e] (Yvonne Nattareu).

Cros di Aniel (1602).

 

Crosdausin : de « cròs » creux, et « d’ausin », de l’yeuse, le creux de l’yeuse/ du chêne (Alibert)

Il existe une forme orale « Cra d’Ausin » [kr’a dawz’in] (Yvonne Nattareu)

Crosdauzin (1602), Raoul Barbès lit Dauxin

 

Crote (1602), en alpin maritime : las « cròtas », les caves

 

La Croux (2009), en graphie occitane « La Crotz » : la croix

On relève la francisation graphique avec le « x ».

 

 

Cruella, aujourd’hui on écrirait “cruèla” :

1- viande de boucherie, chair (Moutier, Mistral)

2- féminin de “crusèl” petite grotte creusée par l’homme (Mistral) avec chute de –S-

3- féminin de “cruvèl” crible (Honnorat) avec chute de –V- comme jove > joe (jeune)

4- d'après J. Cordier (IPAAM) ce serait l’équivalent de scrivella : petit épervier, peu probable car l’évolution du latin vers l’occitan turbiasque aurait donné “escrivèla, escrièla”, en effet nous ne sommes pas dans la zone du mentonnais qui accepte les formes sans –e prothétique comme “scuara” école, etc.

Cruella, Cruelle (2009)

 

Detràs : derrière, en arrrière -du village en ce qui nous concerne- (Alibert)

 

 

Devens : de défendu, terre, bois interdit à tel ou tel usage, bas latin DEFENSUM

Ailleurs écrit « Devens, Defens ».

 

Faisset : de « faisha » (en turbiasc actuel) planche de culture + suffixe « -et » petit.

Fais(s)et (1602) aujourd’hui Beausoleil

 

Le terme de « font » est un terme générique très utilisé, nous allons le voir.

Fondevina, aujourd’hui on écrirait « Fuònt Divina » fontaine qui se rapport à dieu, par extension avec de bonnes qualités ?

Font Divina (2009)

 

Fontebuona, toscanisation (langue officielle du Comté de Nice après le XVIe) de « fuònt buòna » : font = fontaine + buòna = bonne

Fontebono (1602)

 

Fontes Bonum (1602), Fontbonne (2009) même sens que précédemment, mais autre quartier

 

Fontenova, toscanisation de « font » : fontaine + « nuòva » : neuve

 

Fontevecchia, en occitan « Fuònt Vielha » vieille fontaine

Fuont Vieia (cadastre 2009), Fontvieille (voirie 2009)

 

Forna (2009), la forme orale turbiasque (Yvonne Nattareu, André Franco) est [u furn’a] (et non [a furn’a]) soit « ‘o Fornat », participe passé substantivé ce qui donnerait en français le fourné soit « ‘o Fornar » montagne qui se rapporte au four (francisé ce serait « Le Forna »). “Forna” désigne la pelle de four (Alibert). Il y avait des fours à chaux.

On relève un début de déformation par l’interprétation comme mot féminin avec l’adjonction de l’article “la”.

La Forna (panneau DFCI 2009)

 

Fossignana :

de “fossinha” fouine (Mistral) + suffixe féminin “-an(a)” qui se rapport à = quartier à fouine

Cela me fait penser à Fossumagna un quartier de Péone.

 

 

Ghessa, aujourd’hui on écrirait « Guessa » (« gh » toscanisation graphique) : gues, fém. guessa : de travers, gauche, tordu (Mistral).

Forme orale « Anam a Guessa » André Franco.

 

Giram : de girar : tourner + -am : suffixe collectif = ce qui tourne

 

Grima :

1- dérivé “grimous” passionné, avide (Moutier)

2- dérivé “grimaud”, sorcier ? (Alibert)

Rapport avec le visage, la grimace, de “grim” ridé ? (Mistral)

Forme orale “Anam a Grima” (André Franco)

Ce n’est pas un patronyme occitan (Grim(m) existe en allemand)

 

Grimette (2009) : toponyme précédent + suffixe “–èta” petite

 

 

Guayan, toscanisation graphique de « Galhan » :

1- de « galhana » variété de châtaignes (Mistral)

2- de « galhar » ce qui mûrir trop, qui tourne (Mistral)

3- joyeux, vif, vivace (Mistral)

Gaillan est aussi un patronyme.

C’est une bonne terre, elle permettait de faire du bon vin (André Franco).

Gayan (2009)

 

Justicier : montagne sur laquelle était pendu le condamné, justice était faite.

Giusto (1602), « juste », avec le dessin des deux piliers pour les potences.

 

Latta, aujourd’hui on écrirait « Lata » : longue perche (latte) pour battre le blé, ancien droit que tout plaideur était tenu d’acquitter dans la caisse du fisc

 

Lausa : pierre plate. On relève le maintien de –S- intervocalique ici (et pas dans “maioneta” par exemple).

La Laousa (2009)

 

Lavina : zone propice au glissement de terrains, schisteux (Mistral)

 

 

Lestellier, aujourd’hui on écrirait « l’estelier », de « estela »

1- la buche : zone pour couper du bois ?

2- dérivé de « l’estèla », mais on ne voit pas trop le rapport avec la montagne, pourquoi verrait-on mieux les étoiles de cette montagne plutôt que d’une autre ?

Lestelier (1602)

 

Lobiera : de « lop » loup, tanière des loups (Alibert)

 

Maioneta (1602) : la petite maison, avec le traitement occitan alpin local de –S- de MANSIONE

 

Mala, « la mala » signifiant en occitan médiéval « la montagne, la colline » (Malavieille à La Môle dans le Var), versant de la montagne qui se jette dans la mer (rappelons-le, nous sommes dans les Alpes-Maritimes), forme turbiasque « ‘a Mala ».

La Mala (2009) à Cap d’Ail.

 

Malbosquet : le mauvais “mal” et petit, suffixe “-et’ bois “buòsc”

Malbousquet (2009) Beausoleil

 

(la) Mendola (avec mauvaise coupe de l’article, comme cela arrive, voir L’Anghissa), aujourd’hui on écrirait « L’Amèndola », l’amande : lieu où les amandes poussent en abondance ?

 

Molini, aujourd’hui on écrirait « ‘I Molins » (en monégasque I Murin) : les moulins

Les Moulins, aujourd’hui Monaco.

 

Moneghetti, toscanisation de « Moneguet(s) » de « Mónego » Monaco en turbiasque (« Mùnegu » en monégasque) + suffixe « –et » petit, éventuellement au pluriel car on note le pluriel dans « Les Moneghetti » (voirie 2009)

L’étymologie populaire fait remonter le nom « Moneguet » à « petit moine », d’autres à « Heraclès Monoïkos ».

Moneguet, Moniguet, Mouniguet est un patronyme.

 

Las Mulas :

1- les mules, chemin utilisé par les mules pour grimper entre Monaco et La Turbie

2- de « las moras », les mûres

2- on peut penser aussi à une variante de « las Malas » comme la plage de la Mala à Cap d’Ail, « ‘a mala » signifiant en occitan médiéval « la montagne », d’autant plus que c’est une montagne notable et peut-être déjà remarquée par les anciens pour ses vestiges de murs cyclopéens. Mais le passage de A à U n’est pas courant.

On relève l’article féminin pluriel « las » très courant en turbiasque de l’époque (on le retrouve en ancien pelhasc, dans les noms de lieux de Peille « Lai Barrai », cela existe encore aujourd’hui à Gorbio « (l)as », Lucéram « las », dans la vallée de la Vésubie, de La Tinée…) et le pluriel féminin en –as. En turbiasque actuel on dirait « ‘Ei mule ».

On relève le rhotacisme de –L- > r dans « Las Muras » (1602).

Attention, le « mur » (masculin en français) se dit « ‘a murralha » (féminin) en occitan. En occitan médiéval « mur » est aussi masculin, donc on ne peut pas avoir « (l)a mura » : le mur.

Le Mont des Mules (2009)

 

Multeas :

1- de « murte » (Mistral) myrte + suffixe féminin « -ea » avec le traitement occitan alpin de –T-/-D- + pluriel féminin = lieux à myrtes ?

2- lié à « multina » de mouton, de l’espèce ovine (Moutier)

3- de « multar » peiner, avec le suffixe féminin « -ea » + pluriel féminin de l’ancien turbiasque (et non le participe passé féminin « multàia ») = terres protégées

Pluriel féminin en –as ? On relève le rhotacisme de L > r typique de l’occitan alpin

Mortéas (2009)

 

Noce, en occitan alpin turbiasque « ‘a notz » [a n’us] (André Franco) : la noix

Noix (ravin, vallon) aujourd’hui Beausoleil

 

Parasac [paras’ak], aujourd’hui on écrirait « Parassac »

1- dérivé de parar : protéger ?, mais « sac » ne semble pas probant = protège le sac, ce n’est pas une trame d’appellation toponymique

2- de « paratz » de « palatz » en occitan médiéval le palais + suffixe « -ac » désignant ce qui se rapporte au nom en question.

3- nom romain du type *Palassacus ?, comme Montagnac (L’Escarène), cela semble étonnant

C’est un petit quartier des Révoires, qui ne semble aujourd’hui plus localisé.

 

Peel, avec le traitement occitan alpin de –T-/-D- intervocaliques du latin

1- de « pedèl » ce qui se rapport au pied : trépied, rouet… (Alibert L.)

2- de « peelar » peler, écorcer (ailleurs « pialar, Moutier)

Voir Cabeel.

 

Peirera : de « peiriera » ?, carrière de pierres, variété de châtaigne (Alibert)

 

Pempinet :

1- de « pen » pied + « pin » + suffixe « -et » le pied du petit pin ?

2- de « pempena » petite abeille + suffixe diminutif masculin « -et » (Alibert)

Cela me fait penser à « Buampin » à Peille.

 

Pendoliva :

1- de « pendol » qui pend + suffixe « -iu » au féminin « -iva » (ailleurs « pendolet » ornement qui pend, Alibert) = terre qui pend

2- de « pen » + « oliva » littéralement ‘olive’, le pied de l’olivier ? Cela ne semble pas très probable.

 

Picca Terra (2009), aujourd’hui on écrirait « Pica terra » : de « picar » taper, piocher, « terra » terre, terre épierrée, qui a été fortement travaillée avant de planter

 

Pissarelles, forme orale turbiasque « ‘i pissarele » (André Franco) : féminin de « pissarèl » jet d’eau, petite cascade (Alibert).

Aujourd’hui entre Cap d’Ail et Monaco

 

Praneti :

1- On serait tenté par le « pran » le pré + suffixe « -et » petit, toscanisé par la suite avec l’adjonction de –i. Mais en turbiasque on dit « prat » et non « pran » (forme qui existe ailleurs, à Castillon par exemple), « plan » et non « pran »

2- on peut penser à « prat » pré + « net » propre, toscanisé par la suite avec l’adjonction de –i

3- Un patronyme (mais cela ne nous avance pas plus)

 

Prat : pré, endroit assez plat pour notre zone d’où le fait qu’il en prenne le nom, par le passé cela pouvait être dans les villages le champ de foire

 

Puaya, aujourd’hui on écrirait « Puàia », montée, forme orale « ‘a puàia » (André Franco) avec le traitement typique occitan alpin de –T-/-D- intervocaliques latins dans le groupe –ATA du mot latin *PODIATA < PODIUM, on note la curieuse nissardisation du nom en « Puada », curieuse car elle s’est produite uniquement sur ce toponyme et pas sur « Esperaye, Balaou, etc.

 

Pueil, forme orale [u pj’œj] « ‘o Piuei » (et non [py’œj])

1- de colline, du latin PODIUM ?, mais la forme évoluée du latin jusqu’au turbiasque serait PODI(UM) : le o devient « ue » [py’œj], comme dans FOC(US) o > ue [fy’ek] et on ne comprend pas le [j] entre [p] et [œ].

2- lié à Piuei < Piuelh < Peel ?

Sur la carte de 1602, « Peel » semble se trouve sous le Pueil.

Puei (1602), Peuil (2009), voire « Colline du Pueil ».

 

Puncia, aujourd’hui on écrirait « Poncha » : la pointe

 

Reveira, (ailleurs francisé en « Revère », Èze) de « roveira » bois de chênes (Alibert), « ‘o rove » le chêne. Forme orale en turbiasque moderne « ‘e Reveire » (Franco, Nattareu), francisé en « Les Révoires ».

Révoires (2009)

 

Rossa, se rapporte à ce qui est roux ?

La Rousse (2009) Monaco, Beausoleil

 

Rotta, aujourd’hui on écrirait « Rota », forme orale « ‘A Rota » (André Franco) : une chose cassée, ou un route.

Rote (1602) La Routa (2009)

 

Salina : de “sal” le sel, se rapporte à un lieu de stockage du sel (Raoul Barbès).

 

San Bernardo, toscanisation de « Sant Bernard » : saint Bernard

 

San Michele, toscanisation de « Sant Miquel » : Saint Michel

 

 

San Rocco, toscanisation de « Sant Ruòc » : Saint Roch

 

Santa Catarina : Sainte Catherine

 

Santo Spirito, toscanisation de « Sant Esperit » : Saint Esprit

 

 

Sèmbola : éboulement (Castellana)

A Eze c’est La Simboula (2009).

 

Serier, aujourd’hui on écrirait « Serrier » de serre + suffixe « -ier » : chaîne de montagne (Moutier)  

 

Serre : crête dentelée d’une montagne, pic, colline, sommet isolé (Moutier)

 

S’ou Mount (2009, Yvonne Nattareu), en graphie occitane on écrirait “S’o Mont” sur le mont. Un immeuble de La Turbie porte ce nom. Il s’agit d’un petit quartier situé à l’ouest de l’intersection entre l’avenue de la Victoire et la rue des Anciens combattants en AFN et, à l’est de la croix sur la route de Laghet.

En plus de la forme particulière de l’article dans toute la zone du pays mentonnais jusqu’à La Turbie et Peille, on relève la forme particulière en occitan alpin turbiasque de la contraction de “sus” dessus, au-dessus avec l’article « ‘o » (ou) « s’o » (et non sus ‘o).

 

Sotto dou baou (cadastre, 2009), Sotto Baou (voirie 2009), forme orale [s’uta b’aw(s)] (André Franco) aujourd’hui on écrirait « Sota ‘o bauç » et plutôt « Sota bauç » : sous le promontoire rocheux (du Trophée).

On relève le mélange graphique : le premier “o” de la graphie occitane (ou), “tt” toscanisant, “dou” pour “dau” francisant, “baou” francisant.

 

Speluca (en latin), en occitan espelonga, espeluca, grotte (Alibert)

 

Sperayas, en turbiasque comme en occitan médiéval on écrirait « las Esparàias », aujourd’hui “’e(s) esperàie” : du verbe “esperar” espérer, patienter. Peut-on penser à un lieu d’attente avant d’arriver au village, l’utilité de sciences connexes pourrait aider (trace d’octroi, quarantaine ?). On relève le traitement typique occitan alpin de –T-/-D- dans le groupe –ATA avec la terminaison du participe passé féminin “-àia” des verbes en –ar, on relève aussi le pluriel féminin en –as très courant en turbisque de l’époque, aujourd’hui ce pluriel serait en –ai, -ei, -e.

La toscanisation graphique partielle est visible par l’enlèvement de e- devant s. Selon les périodes on trouvera plutôt d’ailleurs “Esperaias”.

 

Starras, forme orale “L’Istaràs” (André Franco) de “l’estaràs”, la grande étable/ grange ? avec le traitement occitan alpin local de –L- > r (voir Mulas > Muras, Caulet > Cauré, etc.)

Il existe à Moulinet le toponyme “L’Estar vielh” la vieille grange.

C’est un petit quartier de “Sotto Baou”.

Les Starras (2009)

 

Sugliet, aujourd’hui on écrirait « Sulhet » : seuil, endroit où couchent les porcs (de “solhet” chez  Alibert, “suiet” chez Mistral), par extension chose polie ou bourbier.

On se demande comment est-on arrivé à la forme Sillet ?

Suglie (1602). Sillet (2009).

 

Taissonièra : de “taisson” + “iera” = blaireau, gîte du blaireau (Alibert, Mistral)

 

Taris :

1- de “tarrís” cuvier en terre cuite, bassin à braise (Alibert), endroit où se trouvait cela ?

2- de “tarir” endroit où l’eau est tarie en été ?

 

Tenat : participe passé de “tenar” durer, persévérer (Alibert), persévérer et par extension terrain volé ? (proverbe cité par Mistral où “tenar” prend le sens de dérober)

On relève la génovésisation du participe “-at” en “-ao”, en monégasque actuel le participe passé masculin substantivé est “-au”.

Tenao (2009) aujourd’hui Beausoleil

 

Teragnas (1602), aujourd’hui on écrirait “terranhàs” rocher qui s’effrite (Alibert). On relève le suffixe augementatif “-às”. Dans l’hypothèse d’un pluriel las “terranhas”, terranha désigne le terreau (Alibert), la bonne terre.

Terragna aujourd’hui Beausoleil

 

Terrassas (las) : terrasses, levées de terre (Alibert)

 

Testimonio, toscanisation de « Testimòni » : témoin (Alibert), repère pour délimiter un terrain ?

 

Tête de Chien, en turbiasc « ‘a tèsta de Can », on retrouve le terme « tèsta », anciennement « cap » signifiant tous deux « chef, tête, proéminence ». On entend dire qu’il s’agissait d’un « camp » mais en occitan on dit [k’amp], le terme étant le même à l’écrit en français « camp », on ne comprend pas pourquoi il serait devenu « chien ». Il est plus probable que ce soit la racine indoeuropéenne « kar » signifiant le rocher, l’extrémité.

 

Torre : la tour

 

Turbia : en turbiasque on a traditionnellement “(A) Torbia” (comme le note CAPPATTI : A Tourbia) mais aussi “(A) Turbia” d’influence niçoise ou française récente, forme orale “anam en Turbia, anam a Turbia” les deux se disent (André Franco).

Évolution probable de TROPAE(UM) en *Tropea > *Trobea > *Trobia > Torbia comme le pense Dauzat. L’article fait penser à cela “A Torbia” soit village où il y a “le trophée”.

La Turbie (2009)

 

Valièra : petite vallée, pente (Alibert)

Vallièra (2009)

 

Vignasses, aujourd’hui on écrirait « ‘e vinhasse » : les grosses/grandes vignes

 

III. Références :

Toponymes :

http://www.cadastre.gouv.fr

http://www.rue-france.info

http://www.archeo-alpi-maritimi.com

M. Raoul Barbès

M. André Franco

 

Signification :

Alibert L. Dictionnaire occitan français. Ed. IEO

Castellana G. Dictionnaire niçois-français. Ed. SERRE

Dauzat Albert, Rostaing Charles, Dictionnaire étymologique des noms de lieux de France, Larousse

Honnorat. Dictionnaire provençal-français. Ed. Slatkine

Mistral F. Trésor du Félibrige. Ed. CPM

Moutier L. Dictionnaire des dialectes dauphinois. Ed. IEO

 

Nous n’avons pas eu le temps de consulter RICOLFIS Jean-Marie, Essai de philologie, de toponymie et d'anthroponymie françaises : Les noms de lieux du pays niçois. Thèse. Lille-Paris