Point du Ramingao ŗ Roquebrune Cap-Martin

MEMOIRE DU COLONEL WAGNER SUR LA RECONNAISSANCE DES HAUTEURS

Mise à jour mars 2024

Génie

Brigade topographique

Section de Nice

1865

 

Mémoire sur la reconnaissance des hauteurs entre la Vésubie et la Roya occupées par les armées française et austro Sarde en 1792,1793 et 1800

 

Dossier manuscrit transcrit par Philippe Thomassin, Ecomusée pays de la Roudoule qui détient une copie de l ‘original

Les nombres entre parenthèses sont les numéros des pages du manuscrit

 

Introduction

(P4)

Considérations générales sur la frontière des Alpes.

 

La chaîne des Alpes décrit un vaste demi-cercle autour de Turin. Cette configuration des crêtes faisait du Piémont un immense camp retranché, dont le réduit était la capitale et dont la Savoie et le Comté de Nice, formaient en quelque sorte les postes avancés. Cette position ne pouvait alors avoir rien d’inquiétant ; mais entre les mains d’une grande puissance elle serait une menace permanente contre la France.

La cession de la Savoie et du Comté de Nice au gouvernement français, était donc d’une grande utilité abstraction faite de tout agrandissement de territoire. Malheureusement le tracé des frontières par les crêtes qui aurait dû en être la conséquence n’a pas été adopté partout.

Dans les Alpes-Maritimes nos voisins conservent presque tous les cols ; de sorte qu’en cas de guerre avec l’Italie, nous serions privés du véritable avantage de notre nouvelle frontière : celui d’envelopper l’ennemi en occupant le premier les crêtes. De le menacer à la fois par toutes les vallées qui convergent vers Turin, et de porter en peu de jours la guerre au cœur même du Piémont.

Mais là n’est pas le seul inconvénient du tracé de la frontière actuelle.

Si par suite de circonstances fatales nous avions à lutter partout, le gouvernement Italien, secondé par une autre puissance, pourrait porter ses vues de notre côté. Maitre des crêtes, il pourrait facilement lancer un corps d’armée imposant successivement sur toutes nos troupes échelonnées entre la frontière Suisse et la mer. La forme convexe que les Alpes nous présentent, les nombreuses vallées qui s’en détachent, la difficulté des communications transversales qui en résultent, rendraient ce genre d’attaques d’autant plus dangereux que les mouvements de l’armée ennemie seraient exécutés plus rapidement.

 

Importance des hauteurs entre la Vésubie et la Roya en cas de défense.

 

Dans les Alpes Maritimes trois belles vallées favoriseraient ces opérations.

Depuis le col Long jusqu’au Saccarello, l’Italie possède toutes les communications entre ces vallées et versant nord des Alpes. Presque tous ces passages sont ou peuvent facilement être rendus praticables à un corps d’armée. Le col le plus important est celui de Tende où passe la route de Nice à Turin. Ce n’est pas là que les Piémontais ont souvent pénétré dans le Comté de Nice. A moins d’être maître de la mer, c’est encore par là que l’ennemi ferait passer de préférence le gros de son armée. Avec le tracé actuel de la frontière surtout, il lui serait facile de gagner les hauteurs entre la Roya et la Vésubie, et de s’emparer des camps de Raous et de Millefourches, devenus si célèbres par les guerres de 1792, 1793, 1794. De cette position dominant l’ennemi menacerait tout le département ; et il pourrait profiter d’un moment favorable pour tomber sur Nice en deux jours de marche et se rendre ainsi maître de tout le territoire nouvellement acquis.

Un camp retranché à Nice contrarierait certainement les projets de notre adversaire ; mais il ne l’empêcherait pas d’avoir un pied solide sur le versant français des Alpes comme l’on prouvé les événements pendant les campagnes citées plus haut.

Il résulte de ce qui précède que les hauteurs entre la Vésubie et la Roya doivent fixer toute notre attention dans le cas ou nous serions attaqués par un ennemi cherchant à pénétrer en France par la crête des Alpes.

 

Importance des hauteurs du Saccarello pour l’offensive et la défensive dans le cas où l’on dispose des forces nombreuses.

A l’est de la Roya, il existe une position non moins intéressante à connaître. Ce sont les hauteurs de la Marta et du Saccarello (1). Ce dernier point domine le bassin du Pô, les Alpes Maritimes et la rivière de Gênes. Un corps d’armée établi solidement sur ces hauteurs menacerait les derrières de l’ennemi qui voudrait venir à Nice par le littoral ; il tiendrait en échec le corps d’armée cherchant à pénétrer dans les Alpes Maritimes par le col de Tende ; et il aurait toute facilité pour descendre en Piémont en prenant pour exemple le mouvement tournant conseillé par Bonaparte et exécuté par Masséna en 1794.

Si donc on était en force dans le département, il y aurait lieu de porter le gros de l’armée sur Saccarello et la Marta aux premiers symptômes d’une attaque.

Dans le traité de délimitation, les Italiens, instruits d’ailleurs par les guerres de la république, ont eu bien soin de garder ces magnifiques positions. Ils se sont réservés ainsi de bonnes communications entre leur corps d’armée de Taggia et celui du col de Tende, et ils nous privent du meilleur moyen de n’être pas inquiété, celui d’être menaçants.

Ajoutons pourtant que l’occupation des hauteurs du Saccarello, excellente dans les circonstances ordinaires, comme il a été dit plus haut, exigerait des forces assez considérables ; que nous ne pouvons être attaqués sur la frontière de l’Italie qu’à la suite de revers et qu’ayant à lutter alors de tout côté. L’effectif relativement faible de notre armée nous engagerait à occuper la ligne restreinte dont les hauteurs de Raous et de Millefourches constituent le noyau.

 

Utilité de la reconnaissance

L’importance de ces positions ne saurait être mise en doute. Elle ressort clairement des nombreuses guerres qui ont eu lieu dans le comté de Nice. Sous la 1ère république entre autres, les Austro-Sardes, retranchés sur ces hauteurs ont résisté pendant près de deux ans à l’élan intrépide de nos soldats. L’énergie déployée, les fautes commises et les sacrifices imposés sont trop récents pour en pas servir d’exemple à l’occasion.

De l’avis de Napoléon 1er dans un pays montagnard comme celui des Alpes Maritimes où il est impossible de faire mouvoir de grandes masses, la meilleure tactique consiste à choisir sa position de manière à forcer l’ennemi à vous attaquer.

Aujourd’hui que ces hauteurs nous appartiennent, il importe donc de faire à l’avance le choix des lignes et de préparer ainsi un champ de bataille excellent pour décourager une armée qui voudrait pénétrer en France par les Alpes-Maritimes.

Le général Frossard qui a traité dans son ensemble la défense générale des frontières nouvellement acquises, a ordonné à cet effet une reconnaissance détaillée des hauteurs précitées. L’étude prescrite s’étend à tous les points occupés par les armées en 1792, 1793 et au commencement de 1794 ; elle comprend en outre l’itinéraire de tous les chemins qui donnent accès à ces hauteurs par les vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Bévéra.

 

Esprit dans lequel la reconnaissance a été faite

Non retranscrit

 

 

 

  1. Description sommaire de la partie des Alpes-Maritimes
 

 à l’est de la Tinée

 

Depuis le col long jusqu’au Mont Saccarello l’Italie possède le versant sud des Alpes-Maritimes sur une largeur moyenne de huit kilomètres environ.

Dans toute cette étendue la chaîne se dirige sensiblement de l’Est à l’Ouest. Les vallées qui en descendent vers le sud sont la Tinée, la Vésubie et la Roya.

 

Vallée de la Vésubie.

Du versant nord des Alpes on arrive directement dans la vallée de la Vésubie par les cols de Fenestre, (2520 m. environ) et de la Ceriésa (2600 environ) tous deux praticables aux mulets, et par les cols de la Ruine et du Mercantour, situés dans une position intermédiaire, mais plus élevés et accessibles aux piétons seulement. Par le col de Fremma-Morte (2663 m.) on passe dans le bassin de la Tinée, puis, tournant immédiatement à gauche, on arrive également dans celui de la Vésubie par le Col de Moulière (2100 m environ).

Les nombreuses sources qui se trouvent au pied de ces cols se réunissent à St Martin Lantosque et forment la rivière qu’on appelle la Vésubie : Elle reçoit la Gordolasca un peu plus en val de Roccabigliere, traverse un défilé sous Lantosque, coule entre des rochers à pic après St Jean-la-Rivière et vient se jeter dans le Var sous Levens.

 

Vallée de la Roya

On arrive dans la vallée de la Haute Roya par différents cols dont le principal est celui de Tende (1873), où passe la route de Nice à Turin. C’est de ce col que descend la rivière torrentielle qui donne son nom à la vallée. Elle est grossie à St Dalmas par deux confluents importants. L’un d’eux, la Miniera à l’ouest prend ses sources au lac de l’Inferno et sous un col de la grande chaîne située entre les cols de Fenestre et de Tende, le col de Sabione, parfaitement praticable aux mulets. L’autre cours d’eau, le Levenzo qui descend de la Briga en venant de l’Est, permet de passer dans la vallée du Tanaro par le col de Tanarello et dans celle de la Taggia par le col d’Ardente. A partir de St Dalmas, la Roya coule dans un lit creusé à pic jusqu’à Fontan (450 m) traverse un défilé sous Saorge (550 m), passe à Breil (270), et vient se jeter dans la mer près de Vintimille.

 

Crête du Clapier à l’Authion

Du mont Clapier (3046) situé sur la crête des Alpes, se détache une chaîne secondaire dont les ramifications s’étendent jusqu’à la mer entre la Vésubie et la Roya.  Elle se dirige d’abord du nord au sud en passant par la cime du Diable (2689) par le Capelet (2640), le col de Raous (2003), la baisse de St Véran (1852). Elle conserve sensiblement la même direction jusqu’au plateau ou était le formidable camp de l’Aution et de Millefourches. […]

 

Vallée de la Bévéra

A partir de l’Aution la chaîne se biffurque en deux grandes crêtes qui embrassent le bassin de la Bévéra en formant un vaste cirque autour du village de Moulinet (815). La Bévéra dit Beula est formée par de nombreux ruisseaux qui descendent des versants de ce cirque. Elle se dirige du nord au sud passe à Moulinet, et débouche à travers un véritable défilé de plus de deux lieues d’étendue dans la vallée riche et large de Sospel un peu en amont de la ville de ce nom (340). Là elle se détourne brusquement vers l’est, traverse un nouveau défilé et court ensuite parallèlement à la Roya à laquelle elle se réunit un peu en amont de Vintimille

Hauteurs comprises entre le bassin de la Bévéra et celui de la Vésubie

 

L’un des crêtes partant de l’Aution sépare le bassin de la Bévéra de la vallée de la Vésubie. Elle contient les sommets du donjon dit Castelet (1926) de la Tougasse ou Mantégas (1800) et le plateau de la Calmette (1786) qui ont joué tous un rôle plus ou moins important dans les guerres de la république.

Après ce dernier plateau la crête reprend sa direction nord sud et arrive par Peira Cava (1582) et par la Baisse (1) de la Cabanette au Roccaillon (1477). Dans la vue d’ensemble n°1 on voit cette ligne de hauteur jusqu’à Peira Cava.

Après le Roccaillon la chaîne s’abaisse brusquement et se biffurque en deux rameaux entourant le bassin du Paillon, torrent qui se jette dans la mer à Nice. Dans le cas d’une retraite, ces deux faîtes formeraient notre dernière ligne de défense avant d’arriver au camp retranché de Nice ou sur le Var.

Sur le faîte à l’ouest limitant le bassin de la Vésubie nous aurions à défendre le plateau de Levens (570), la baisse du Paillon (111) et le col de la Porte (1067) tous deux au nord de Lucéram.

La crête de l’est sépare le bassin du Paillon de celui de la Bévéra. Elle passe par le Mont Agel et se termine à la mer près de la Turbie. Deux cols importants permettent de passer d’une vallée à l’autre. L’un, le col de l’Olereau (1005) se trouve sur le chemin muletier de Moulinet à Lucéram ; l’autre est le col de Braous (1006) par lequel passe la route de Nice à Turin.

 

Ligne de l’Aution au pont St Louis par le Grand-Mondo

La chaîne qui ferme à l’est le cirque de Moulinet, se dirige sensiblement du nord au sud par le Ventabren (1983) le Maourigon (1977) et le Mangiabo (1832) vers le col de Pérus ou elle s’abaisse brusquement à l’altitiude (645). Considéré au point de vue militaire, cette chaîne traverse la Bévéra à son défilé en aval de Sospel se relève en passant par le Grand-Mondo (1377) et vient aboutir à la mer entre Menton et Vintimille.

Cette suite de hauteurs constitue ce qu’on appelle la ligne de la Roya dont le lit parallèle à l’est forme en quelque sorte un immense fossé naturel.

Disons de suite que le Grand-Mondo est relié au Mont-Agel par le col de Castiglion (705) qui sépare la vallée de Sospel de la conque de Menton.

 

Contreforts pénétrant dans la vallée de la Roya

Trois contreforts importants se détachent de la crête allant du Clapier au Mangiabo.

Le premier partant de la cime du Diable se dirige parallèlement à la Minièra vers les hauteurs au sud de la Briga et forme avec la rencontre de celle-ci, le défilé entre Fontan et St Dalmas. Le faîte de ce contrefort sert de limite entre la France et l’Italie jusqu’au rocher des cravès (corbeaux) (1350) au dessus du hameau de Bergue. A partir de ce point, la frontière suit le vallon du Laganin traverse la Roya (530) et remonte par le vallon de Croa vers les hauteurs de la Marta.

Un second contrefort, non moins important que le précédent, relie les hauteurs de Millefourches à celles de la Marta à travers le défilé de Saorge. Cette crête se maintient à une grande hauteur jusqu’à Colla Bassa (1415), d’où elle descend rapidement à l’altitude (900) tout près de Saorge. Elle est comprise entre le vallon de Caïros au nord et la Maille au sud. Le premier descend du col de Raous vers Saorge ; le second a ses sources sous Millefourches et se jette dans la Roya à la Giandola petit hameau dépendant de Breil.

Au sud de la Chiavandola, qui, descendant du Mangiabo, se jette dans la Roya à Breil même, se trouve un contrefort plus bas que les deux premiers et sur lequel passe la route de Nice à Turin au col de Brouis (875). A la cime del Bosc, ce contrefort se retourne brusquement et se dirige du nord au sud vers le grand Mondo. Il double ainsi la ligne de la Roya depuis le Mangiabo jusqu’au sommet.

 

Contreforts dans le haut de la vallée de la Vésubie

La crête qui forme la frontière à l’est de la cime du Diable est prolongée à l’ouest par un contrefort venant mourir entre la Gordolasca et le vallon de Graoüs lequel aboutit au col de Raous en face du vallon de Caïros.

Le haut de ce contrefort sert de limite à la France jusqu’au Capelet inférieur (2411 m.) De là, la frontière descend dans la Gordolasca (1500) par le ravin de la Festolleta.

Elle remonte ensuite par le vallon de la Valette au sommet de ce nom (2500). C’est le point de biffurcation de la crête, qui descend du Mont Gelas de la grande chaîne et sépare le bassin de la Gardolasca de celui de la Vésubie.

L’un des contreforts partant de ce point se dirige vers St Martin Lantosque à l’ouest et sert de frontière dans toute la partie élevée. L’autre descend vers le sud et se termine entre la Gordolasca et la Vésubie par une croupe arrondie sur l’extrémité de laquelle se trouve le village de Belvédère à 835 mètres environ au dessus du niveau de la mer.

 

Contreforts découpant la vallée de la Vésubie au sud du col de Raous.

Au Sud du Vallon de Graous se trouve une série de contreforts et de vallons parallèle se dirigeant à peu près perpendiculairement à la Vésubie. L’un des ravins les plus importants est celui de l’Aiguette. Il aboutit à l’Aution et mène d’une part au vallon de Caïros par la Baisse de St Véran (1852) d’autre part dans la vallée de Moulinet par les baisses de Tueïs (1874) et de Campargent (1748) situées des deux côtés du Donjon.

 

Au nord de l’Aiguette se trouve une crête rocheuse partant de la cime del Tuor dit de Vilette (2152). Ce contrefort qui passe par les sommets de Ruggièro (1960), de Vesco (1777) forme parallèlement à la frontière une ligne dont le fossé naturel est le vallon de Raous.

Après le Caire de St Selvaire (1276), rocher très escarpé, il s’abaisse rapidement au plateau de Flaout et arrive en pente douce à la Vésubie au sud de la Gardolasca.

Le col le plus bas qui permet de passer du cirque de Moulinet dans la vallée de la Vésubie est la baisse de Tourini (1617) entre Fougasse et la Balmette (Chiarmitta). A ce point aboutit le vallon de Pra de l’art ou de la Fraye, situé au Sud d’un contrefort important partant de Fougasse, contrefort qui devient très aigu à Malacrata (1630) et se termine près de la Vésubie par une croupe arrondie sur laquelle est perché le village de la Bolène (733). Les croquis n°1 et 2 donnent une idée de la nature des divers contreforts qui précédent.

Au sud du vallon de la Fraye se trouve une série de crêtes assez aigues. Ces contreforts interrompus seulement par des coupures, au fond desquels coule la Vésubie, traversent la vallée et la découpent par autant de défilés. Nous citerons le défilé de Lantosque : celui sous Saint Georges en face du contrefort qui relie Peira-Cava à St Arnould et à Louda : plus au sud, les défilés de St Jean la Rivière et enfin les grands escarpements qui bordent la Vésubie depuis Utelle jusqu’au Var.

Tous les contreforts au sud de Lantosque se rattachent ainsi aux hauteurs entre la Vésubie et la Tinée. Le croquis n°3 représente une vue d’ensemble de la vallée de la Vésubie prise en amont de Lantosque. Il montre comment cette vallée se trouve barrée par les contreforts au sud de ce bourg.

 

2 Aspect général du pays au point de vue de la défense.

 

Complication des formes du terrain.

Un mot sur l’aspect général du pays complétera la description du paragraphe précédent, et fera ressortir les relations qui existent entre les vallées et les hauteurs qui le découpent.

 

[…]

Grandes directions perpendiculaires à la crête des Alpes

Néanmoins quelques mouvements plus prononcés que d’autres, découpent le pays en grandes lignes qu’on saisit très bien sur une carte bien faite. Malgré les complications qu’y apportent les mouvements secondaires. Ainsi la crête qui relie le Clapier au col de Raous, une partie de la vallée de la Vésubie, toute la Roya, les hauteurs sur la rive gauche de cette rivière au sud de Saorge, la grande crête allant de l’Aution à la mer par le Grand Mondo, la Bévéra supérieure prolongée par le col de Castiglion jusqu’à Menton, la crête qui va de la Calmette à la Mer, sont dirigées sensiblement du nord au sud.

Toutes ces hauteurs et toutes ses vallées découpent ainsi le pays en une série de grandes lignes sensiblement perpendiculaires à la crête des Alpes Maritimes.

 

Grandes directions parallèles à la grande chaîne

Outre ces directions bien définies, on en remarque d’autres sensiblement perpendiculaires. A l’est du Clapier la ligne de partage des eaux suit la direction qui caractérise le soulèvement des Alpes principales

Au sud de ce faîte on remarque une grande dépression parallèle nettement accusée par la vallée du Tanaro, le col de Tanarello, et le torrent qui passe à la Briga ; cette depression se reconnaît aux cols de Tata près de Bergue, aux baisses de Causéga et de Pract au nord du vallon de Caïros ; elle se prolonge vers l’ouest par la baisse de Saint Véran et le vallon de l’Aiguette et se remarque encore la baisse de Malacrata.

Parallèlement à cette dépression, parait plus au sud, la ligne des hauteurs passant par le Saccarello. A l’est de ce sommet cette crête sépare le bassin du Pô de la rivière de Gênes. A l’ouest elle est prolongée par les hauteurs qui aboutissent à Saorge. A l’Aution et à la Calmette, on aperçoit des tronçons de crêtes parallèles à cette direction.

Entre ces deux sommets existe une dépression marquée par la baisse de Tourini et celles de Cabane Vielle et de Ramouji au sud de Millefourches.

La grande chaîne à l’est de Saccarello et la grande chaîne au nord de Tende, parallèles entre elles, sont rattachées l’une à l’autre par une crête qui va du Saccarello vers le Nord nord-ouest en passant par le mont Bertrand et le col du Tanarello. Elle sépare le bassin du Pô de celui de la Roya.

A l’ouest du mont Clapier, la crête des Alpes se dirige parallèlement au soulèvement des Pyrénées. Cette direction se retrouve à l’Est dans la chaîne qui sépare l’Arosia de la Taggia. Son intersection avec le faîte : séparant le bassin du Pô de la rivière de Gênes, détermine le massif dont le Saccarello et le Mont Fronte sont les sommets principaux.

Au sud du Clapier, on remarque une dépression importante accusée par la vallée de la haute Tinée et prolongée vers l’est par le haut du Vallon de Moulières, par le col de Salèze dit Moulière et par les vallons de Salèze et de Boréon. Cette dépression, également parallèle au soulèvement des Pyrénées, reparait très nettement dans la Miniera traverse le col Ardente se prolonge vers l’est pas les cols de Mezzaluna et de St Bernard. Elle se reconnaît encore dans le haut de l’Impéro près de Borgomaro.

Parallèlement à cette dépression et au sud se trouve une ligne de hauteurs non moins bien accusée ; elle comprend la crête sur la rive droite de la Tinée supérieure, le mont de Valette au nord de Belvédère, la montagne du Diable et la crête qui partant de ce sommet aboutit au défilé de la Roya au nord de Fontan. Elle reparait sur la rive gauche de cette rivière et s’étend à l’est jusqu’au-delà de la Taggia. Par sa rencontre avec la crête allant du Saccarello vers Saorge, cette ligne de hauteurs forme à environ 400 mètres au dessus du col ardente un massif bien détaché de la chaîne principale. C’est la position de la Marta dont il a été question au commencement du mémoire, et dont les considérations précitées font ressortir toute l’importance.

Au sud de la ligne des hauteurs dont venons de parler, une seconde dépression parallèle est indiquée par l’abaissement des crêtes près de Saint Dalmas le plan et par la Vésubie entre Venanson et Roccabiglière. Elle se prolonge vers Saorge par le col de Raous, le vallon de Caïros et se reconnaît encore dans la Bendola inférieure.

Au sud de cette dernière dépression toutes les crêtes allant du nord au sud sont relevées notablement à l’est de l’aution le soulèvement se voit nettement dans la crête qui va de ce point à Raouré, et qui traverse la Roya à son défilé au Sud de Saorge.

D’après ce qui précède le mont Aution, où se biffurque la grande crête allant du clapier vers la mer, se trouve être le point de rencontre de presque toutes les grandes directions qui caractérisent les alpes-Maritimes. C’est cette particularité sans doute qui a valu le nom de Millefourches à une partie de cette hauteur.

Au sud de cette position de nombreux contreforts s’avancent perpendiculairement vers la Roya et la Vésubie. Le plus important est celui qui se rattache au Brec à travers les grands escarpements de la Vésubie sous Utelle.

Plus ou sud on remarque une dépression bien caractérisée par la vallée de Sospel. Elle est prolongée à l’Est par un défilé dans lequel coule la Bévéra à l’ouest par le col de Braous.

Parallèlement à cette vallée le Grand Mondo est relié au mont Agel par le col de Castiglion.

En résumé le pays est découpé par de grandes directions allant sensiblement du nord au sud qui sont rencontrées par d’autres parallèles à la grande chaîne traversées par les vallées du système perpendiculaire dans de véritables crevasses, qui n’en interrompent nullement la continuité au point de vue militaire comme au point de vue géologique. Les rivières qui ne constituent pas en général un obstacle sérieux forment au contraire dans ces endroits un véritable fossé taillé à pic.

Il en résulte que les nombreuses crêtes et vallées qui se rencontrent jusqu’à angle droit forment une sorte de damier défensif dans lequel sont possibles toutes les combinaisons de lignes auxquelles se prêtent les communications en arrière.

Nous parcourrons successivement toutes les solutions admissibles. Mais avant de faire un choix parmi elles, il y a lieu de jeter un coup d’œil rapide sur les luttes dont les Alpes Maritimes ont été le théâtre et de les considérer surtout au point de vue des lignes qui ont été successivement occupées. Les campagnes de 1792, 1793 et 1794 entre autres, sont fécondes en exemples précieux à consulter à l’occasion.

 

2e Partie Aperçu historique

 

Epoque Ligurienne

Epoque Romaine

Traces de l’époque romaine

Epoque postérieure à la chute de l’empire romain

Lutte dont les Alpes Maritimes ont été le théâtre de 1543 à 1744

De nombreuses luttes ont en effet bouleversé ces contrées depuis qu’elles sont débarrassées des sarrazins, mais elles ne présentent un intérêt réel pour ce mémoire que dans les deux derniers siècles.

1543

Lors du siège de Nice par les Français et les turcs en 1543, le duc de Savoie (Charles) arriva avec une armée de secours de 12000 hommes et força les alliés à lever le siège.

Nous ne citons ce fait que pour faire remarquer la faute commise par les alliés en ne défendant pas convenablement les approches de la ville assiégée.

1691

Catinat mit cet exemple à profit, lorsqu’il fit le siège de Nice en 1691. Il occupa les hauteurs de Tende pour intercepter la communication du Piémont avec les Alpes-Maritimes.

1705

Quatorze ans plus tard la ville de Nice fut encore assiégée par les Français. Le duc de la Feuillade apprenant qu’un corps piémontais avait passé le col de Tende envoya à sa rencontre un détachement qui le dispersa à Sospel.

C’est encore par le col de Tende qu’arriva mais trop tard la colonne de 6000 hommes destinée à délivrer Nice lors du siège de cette ville par le Maréchal de Berwick.

1707

En 1707 le prince Eugène et le Duc de Savoie passèrent le col de Tende à la tête de 30 000 hommes et firent évacuer successivement Sospel et Nice à l’armée du Maréchal de Tessé. Après une poursuite au-delà du Var, ils furent repoussés à leur tour. Ils retournèrent en Piémont par la route de Nice à Turin et laissèrent aux Français la libre possession de la crête des Alpes.

C’est sans doute à cette époque que remontent les traces de divers camps qu’on remarque sur les hauteurs au sud de la Miniera, principalement sur les plateaux de terre rouge et de Naouca à droite et à Gauche d’un col qu’on appelle le passage des déserteurs. En partant du plateau de Naouca, le contrefort se prolonge vers l’Est par une arrête rocheuse extrêmement pointue jusqu’à la baisse de l’Escaf (1592). A ce col on voit encore les traces d’un mur destiné à barrer ce passage. A partir de ce point une véritable muraille de rochers continue la crête presque jusqu’au défilé où passe la route au nord de Fontan.

Les traces de chemins fort anciens qu’on retrouve sur les pelouses au sud de cette crête, dans un terrain fréquenté seulement par des bergers, ne laissent du reste aucun doute sur l’origine française de ces positions.

 

Guerre de la Pragmatique Sanction 1744-1747

En 1744 commence la guerre de la Pragmatique Sanction entre la France et l’Espagne d’une part et l’Autriche et le Piémont de l’autre.

L’armée Austro-Sarde secondée par les Anglais s’est préparée un champ de bataille autour de Nice, elle occupait sur les hauteurs environnantes un grand camp retranché en pierres sèches, encore très bien conservé en certains endroits. Un petit corps établi sur les hauteurs allant de Castaglion au col de Braous barrait la route du Piémont et servait en même temps de réserve.

Les retranchements de Nice furent successivement emportés. Après la prise de la ville les Piémontais se retirèrent sur les hauteurs qui relient le Capelet à Saorge. Ils y établirent les nombreux retranchements qu’on voit sur la carte de Bourcet et qu’on retrouve en partie sur les lieux.

Malgré la bonne défense que présentèrent ces positions, le prince de Conti avait résolu de les enlever de passer sur le col de Tende et de tomber sur Coni.

Le marquis de la Mina commandant les troupes espagnoles ne fut pas de cet avis. Il voulait pénétrer en Italie par Oneille et s’était déjà emparé de Vintimille.

Cette divergence de vue fit naître une autre combinaison et l’armée alliée reçut l’ordre d’abandonner les avantages acquis pour descendre en Piémont par le Dauphiné.

Après une campagne malheureuse, elle rentra en 1746 dans le comté de Nice, par la rivière de Gênes. Poursuivie par les piémontais, elle abandonna les hauteurs entre Vintimille et Braous où elle espérait pouvoir résister, et fut refoulée sur la rive droite du Var (renforcés peu après, les Franco-espagnoles poursuivirent à leur tour les Piémontais leur enlevèrent successivement Nice, les hauteurs entre Braous et la Turbie et enfin Vintimille. A ce moment l’armée alliée affaiblie par le départ de 20 bataillons envoyés au corps chargés d’une diversion dans la vallée d’Ouls dut renoncer à la poursuite. Elle prit ses quartiers d’hivers sur les crêtes qui relient Vintimille à Levens. L’armée Piémontaise se fortifia sur les hauteurs enveloppantes (voir feuille 1). On retrouve encore beaucoup de retranchements datant de cette époque, surtout à l’est de Breil. Leur analogie avec ceux des environs de Nice ne laisse aucun doute sur leur origine et sur l’époque de leur construction.

Campagnes de 1792-1793 et 1794

 

2 les campagnes de 1792-1793 et 1794. Campagne de 1800.

 

Outre les retranchements dont il vient d’être question on trouve sur les crêtes qui relient le Capelet à Saorge de nombreux ouvrages d’un caractère différent et d’un intérêt plus récent.

 

 Ligne occupée par les deux armées à la fin de 1792 (album dessin n°4)

Ce sont les traces de la longue résistance que l’armée Austro-Sarde, retranchée sur ces hauteurs a opposé à l’élan intrépide, de nos soldats sous la république.

Diverses lignes ont été occupées, prises et reprises pendant les différentes phases de cette guerre.

Nous allons les indiquer successivement, en parcourant le plus rapidement possible les combats qui ont été livrés.

 

L’armée française forte de 8 à 10 000 hommes sous les ordres du général Anselme était prête à passer le Var et à s’emparer de Nice avec le concours de la flotte. Le général commandant les troupes piémontaises n’ayant pas 2000 hommes pour se défendre, évacua la ville dans la nuit du 28 au 29 septembre, et se retira par le col de Braous derrière les lignes de Saorge à Millefourches.

Le lendemain 29, le général Anselme fit son entrée dans Nice. Il occupa ensuite les hauteurs qui s’étendent de la Turbie à Levens. Il poussa même une reconnaissance sur Saorge et fit occuper Sospel par le général Brunet. Celui-ci y fut attaqué et dut se replier sur l’Escarène. Mais un renfort accouru de Nice lui permit de reprendre la position perdue.

Néanmoins le général en chef retira ses troupes au col de Braous et se borna à occuper les hauteurs qui relient La Turbie à Levens. Il plaça en outre une partie de ses forces à Lucéram et à l’Escarène. Une autre partie restait à Nice.

L’armée conserva ces positions pendant l’hiver jusqu’à la reprise des hostilités.

Le comte de Saint André, commandant l’armée ennemie, avait alors 12 000 soldats et 3000 miliciens (Barbets) qui tenaient la ligne des crêtes allant du Capelet au col de Brouïs. Voici quelles étaient les positions occupées. Les avants-postes étaient en commençant par la gauche, Sospel, Moulinet, Peira-Cava, Lantosque, Ste Arnould et Utelle. Le gros des forces occupait le Col de Raous et l’Aution qui se reliait au col de Brouïs par le Ventabren. En avant de ce col les alliées occupaient encore ceux de Lignières et de Pérus. Sur la crête entre l’Aution et Peira-Cava ils avaient les postes importants de la Calmette, de Fougasse et de Campargent : ce dernier camp était sous le Donjon qui formait l’ouvrage avancé le plus rapproché du grand camp de l’Aution et de Millefourches. (album dessin n°4)

 

Attaques diverses à la fin de l’hiver

Après une attaque infructueuse tentée pour chasser les Barbets de Moulinet, le général Biron nommé commandant de l’armée française, fit attaquer le 13 février 1793, le poste de Sospel que l’ennemi avait renforcé de 1200 hommes. Attaqués de front par Brunet et tournés par une colonne qui était partie de la Turbie en suivant le col de Castiglion, les Autrichiens furent obligés d’abandonner ce poste et de se retirer au col de Brouïs.

Le 28 février, Biron fit attaquer de nouveau les positions ennemies ; mais cette fois, ses colonnes devaient agir sur le centre et sur la droite des alliées. Dans cette attaque, Dagobert parvint à s’emparer du camp de Peira-Cava lequel reliait l’avant poste Sarde de Moulinet à ceux de la Vésubie.  Pendant ce temps Dumerbion refoula la droite ennemie jusqu’au Belvédère et Roccabliglière. Là eut lieu une lutte acharnée ; mais finalement les alliés plièrent et furent poursuivis jusque sous le canon de Raous.

 

Positions des deux armées au printemps 1793

(dessin n°5 de l’album)

A la suite de ce succès la gauche des républicains occupait notre Dame de Fenestres, le plateau St Jean au dessus de Belvédère et camp de Flaout ? en avant de Bolène. Leur centre tenait la crête de Peira-Cava à Lucéram. L’extrême droite s’appuyait au col de Castiglion par Sospel.

L’armée alliée avait replié sa droite. Ses avants-postes occupaient dans la Vésubie une redoute établie à Terra-Rossa sur le contrefort qui s’étend du Capelet vers la Vésubie, et la redoute de Ruggièro sur la crête entre le vallon de Craous et l’Aiguette. Le gros de l’armée, appuyait sa droite au Capelet, sommet se rattachant à la grande chaîne par une crête rocheuse très élevée, de sorte que l’ennemi n’avait aucune crainte d’être tourné de ce côté.

Du Capelet, qui avait été fortifié, la ligne ennemie gagnait en ligne droite le col de Raous solidement retranché. Celui-ci était relié lui-même par la cime de Tuor et la crête de L’Arthiguère au grand plateau de l’Aution et de Millefourches formant le centre de la ligne ennemie. Cette position qui avait été fortifiée du temps des guerres de la Pragmatique Sanction, avait été renforcée par de nouveaux retranchements. Une puissante artillerie garnissait les ouvrages ; La grande redoute connue sous le nom de château de l’Aution entre autres était armée de 8 pièces de position et balayait les pentes du bassin de la Bévéra. La ligne de défense se prolongeait vers la gauche par le Ventabren, par les sommets du Mangiabo et de Béolet jusqu’au sommet des Pérus que couvre la Bévéra. Ces points formant la gauche de l’ennemi, étaient renforcés par des retranchements organisés au col de Brouïs en arrière. En avant ils étaient protégés par des postes occupant le col de Lignière. et la redoute de Moulinet. De nombreux moyens de défense accumulés au Donjon à Campargent à Fougasse et sur la Calmette permettaient de disputer pied à pied les approches du camp des Fourches par la crête, séparant le bassin de la Vésubie de celui de la Bévéra. Enfin, en arrière la ligne était renforcée à la gauche par le fort de Saorge, au centre par une réserve établie sur la rive gauche du vallon de Caïros près de Fromagine.

Telles étaient les formidables positions que les Austro-Sardes occupaient au début de la campagne de 1793.

 

Attaque du 8 juin

Brunet nommé général en chef de l’armée française résolut d’attaquer l’ennemi sur toute la ligne le 8 juin. L’attaque eut lieu par trois colonnes.

Celle de droite enleva vivement les cols de Lignère, de Pérus et de Brouïs.

Brunet avec celle du centre prit Fougasse, Campargent et le Donjon et voulut forcer le camp de Millefourches, pendant que Serrurier partant de Belvédère devait enfoncer la position de Raous et menacer la retraite des alliées en descendant sur Fontan.

Ces deux colonnes furent repoussées avec perte. Néanmoins celle du centre parvint à conserver le Donjon ainsi que les positions en arrière qu’elle avait emportées dès le commencement de l’action.

 

Positions des armées après l’affaire du 8 juin 

(Dessin n°6 de l’album)

Après ce combat les Français avaient leur aile droite à Breil et au col de Brouïs. Cette position était reliée par le Mangiabo, le Ventabren et Moulinet au Donjon, qui avec les positions en arrière enlevées le 8 juin formait le centre de la nouvelle ligne. La gauche occupait la partie inférieure de la crête entre l’Aiguette et le vallon de Graous et enfin le plateau de St Jean au dessus de Belvédère.

Le 10 juin, Micas avec 1500 hommes enleva la redoute d’avant-postes à Terra Rossa et chercha à s’emparer du fort établi sur le Capelet. Mais il dû replier ses troupes sur Terra rossa et en fut délogé le lendemain matin.

L’affaire du 8 juin et celle du 10 n’avaient donc rien changé aux positions des alliés entre le Capelet et l’Aution. Mais de ce point leur nouvelle ligne de défense suivait le contrefort qui descend vers Saorge et sur lequel étaient deux redoutes l’une à Béola, l’autre à Raouré. Cette dernière se rattachait au fort de Saorge par le château de Malamorte. Le ravin de la Maille était éclairé par un petit fort établi sur le sommet de Mort en avant de cette ligne. L’extrême gauche occupait les hauteurs de Fourcoin sur la rive gauche de la Roya, en avant de Saorge. Enfin, en arrière du centre se trouvait toujours une bonne réserve établie à la Fromagine, sur la rive gauche du vallon de Caïros.

 

Attaque du 12 juin

Dans l’espoir d’être plus heureux que la première fois, Brunet pressé d’ailleurs par les représentants, résolut de tenter un deuxième assaut général le 12 juin. Les principaux efforts furent dirigés cette fois sur le centre ; mais sans plus de succès qu’au 8. Les assaillants furent ramenés avec des pertes sensibles et si les alliés avaient osé les poursuivre la déroute eut peut-être été complète.

Cette inaction sauva les républicains. Elle leur permit de conserver leurs positions et d’attendre derrière leurs lignes le moment favorable de prendre leur revanche.

 

Positions des armées après l’échec du 12 juin (dessin n°6)

Kellermann arriva peu à près de l’armée des Alpes et fit prendre les dispositions suivantes :

A la droite, 8 bataillons au col de Brouïs, et 5 à Béolet empêchaient les Sardes de réoccuper Pérus, et garantissaient ainsi la communication sur Sospel et Braous. Cinq compagnies de grenadiers stationnaient sur le Ventabren et le Maourigon et protégaient le vallon de Moulinet et le col de Ligneres. 10 compagnies de chasseurs postées à la Madona reliaient la droite au centre et interceptaient les communications par le col de Peira-Cava en arrière des forêts de la Frage et de la Maïris.

Les hauteurs de Fougasse, étaient occupées par un camp retranché garni d’une puissante artillerie. A droite du camp et sur une hauteur de moindre relief était un autre ouvrage également armé d’artillerie destiné à protéger en cas de besoin le retrait sur les forêts dont il est question ci-dessus. 6 bataillons défendaient Fougasse et deux bataillons l’ouvrage secondaire. En avant se trouvait le poste avancé appelé le Donjon. 

Huit bataillons de fusiliers, un bataillon de grenadiers et sept compagnies de chasseurs étaient campés autour des villages de Bolène, Lantosque et Belvédère. Ils occupaient les redoutes de Saint Julien, St Jean, Tres-crux et du Caire entre la Vésubie, et le vallon de Graous ; sur l’extrémité du contrefort partant de la cime del Tuor, ils avaient le grand de Flaout le Caire de St Salvaire la redoute de Vesco. Sur le contrefort entre la Vésubie et le ruisseau de Lantosque ils avaient établi les redoutes du Villars de Cimalongua et du Pin. Au sud de Lantosque était le camp du Seuil, et sur la hauteur en arrière et du même côté de la Vésubie le camp de la Cerisière . A ces positions nous ajouterons une redoute située près d’une chapelle de St Salvaire et qui barrait le chemin de Bolène au col de St Véran. 

 Les chasseurs avaient leurs avants-postes à St Dalmas-le-Plan sur la croupe du contrefort qui sépare la Tinée de la Vésubie. Cette infanterie légère était chargée de couvrir la gauche de l’armée, de maintenir ses communications avec le camp de Tournous et de veiller sur les passages des Alpes à l’Ouest du col de Fenestre.

En arrière de l’aile droite d’autres corps occupaient les positions de Sospel, de Braous, et de Castiglion et se rattachaient par Garbie aux troupes qui tenaient les hauteurs de Monaco. Une réserve considérable était établie aux sources du Paillon, le quartier général était à l’Escarène.  

Les alliés s’étaient organisés de leur côté dans les lignes que nous avons détaillées plus haut. Leur quartier général était à Fontan ; leur réserve à Tende.

 

Attaque du 8 septembre

Telles étaient les positions des deux armées lorsque le roi de Piémont arriva le 6 septembre à Fontan.  Il rassembla aussitôt un conseil de guerre et prescrit une attaque pour le 8.

L’attaque de gauche sur Brouïs fut repoussée. Celle sur le centre fit évacuer le Donjon, mais elle fut refoulée vigoureusement en voulant s’emparer de Fougasse.

Le principal effort était dirigé sur notre gauche. Les républicains voyant une colonne se diriger sur la crête de la rive droite de la Vésubie durent abandonner leurs positions entre cette rivière et la Gordolasca. Ecrasés par le nombre ils furent délogés de la redoute de Vesco et du camp de Flaout et prirent une position plus avantageuse, en arrière de Lantosque sur les hauteurs de St Arnould. Ils évacuèrent également les redoutes de la rive droite de la Vésubie en amont de Lantosque. L’ennemi enhardi par ce succès espéra même enlever la redoute de la Cerisière ; mais il fut vigoureusement repoussé par 300 braves et regagna Venanson.

Après cette attaque les Français jugèrent prudent de refuser leur gauche en occupant Utelle, Levens et les hauteurs qui relient St Arnould au camp de Fougasse.

Malgré ce mouvement rétrograde de notre gauche, l’affaire du 8 septembre fut en résumé un insuccès pour l’armée alliée.

 

Combats divers

Devins, préoccupé de l’idée de harceler notre armée sur l’extrême gauche commença le 24 septembre un mouvement contre nos postes de la Tinée. Après un premier succès qui aurait pu avoir des conséquences graves il fut refoulé sur Gilette par Dugoumier et se décida à rentrer par le col de Raous derrière les lignes du Capelet à Saorge. 

Pendant ce temps le duc d’Aoste s’était avancé sur les crêtes entre la Vésubie et la Tinée. Il s’était établi au Brec et à Figaret et pouvait inquiéter ainsi les communications entre le centre et l’extrême gauche de l’armée établi dans la Tinée. Par un coup de main hardi Masséna rétablit ces communications à la tête de 500 hommes d’élite. Il enleva successivement les retranchements que les Piémontais avaient établis à Gineste et au Brec. Il redescendit ensuite vers Figaret et nettoya la gorge jusqu’à Lantosque.

Au commencement de l’hiver les républicains évacuèrent leurs positions du Donjon et de Fougasse pour se retirer dans la forêt de la Maïris et à Peira-Cava.

Cette retraite du centre était commandée autant par les rigueurs du froid que par la nécessité de mieux relier avec la gauche établie derrière les hauteurs de Lantosque.

Ils abandonnèrent de même le poste du Ventabren (Maourigon). L’armée française prit ses quartiers d’hiver dans sa nouvelle ligne qui s’étendait ainsi depuis Utelle jusqu’à Brouïs par Peira-Cava et Moulinet.

 

Campagne de 1794

(Plan n°8)

Pendant la campagne de 1794, l’action principale se déplaça vers les hauteurs à l’Est de Saorge sur le conseil du général Bonaparte, un mouvement tournant fut décidé par la Taggia pour les forcer par les cols près du Saccarello.

Les alliés occupaient alors au centre les hauteurs de l’Aution à Saorge. Leurs avants-postes se trouvaient à Fougasse au Donjon et au Ventabren, qu’ils avaient réoccupés des les premiers jours de mars, malgré les neiges qui les encombraient encore. Leur droite s’appuyait par Belvédère, Roccabiglière et Lantosque à la vallée de la Tinée où ils avaient quelques postes. Leur gauche défendait la ligne des hauteurs depuis Saorge jusqu’au Saccarello, principalement le camp de la Marta. Le col Ariente et le col de Tanarello.

Masséna arriva sur les hauteurs à l’est de la Briga par le territoire de Gênes en différentes colonnes. L’une d’elle s’établit au Mont Jove, au sud de Saorge mais ne put enlever le fort. Une autre colonne, sous les ordres directs de Masséna refoula un petit corps Piémontais dans la vallée de Tanaro et revint ensuite attaquer les positions de Saccarello. Après une série de combats les Piémontais furent forcés d’abandonner les nombreuses redoutes qu’ils avaient accumulés sur ces hauteurs et se retirèrent à Prage à l’est de la Briga.

Dans la Vésubie, les alliés avaient occupé le défilé de Lantosque par une redoute située entre Lantosque et Figaret. Cet ouvrage armé de 4 pièces fut vivement enlevé par le général Garnier. L’ennemi fut poursuivi jusqu’à St Martin Lantosque pendant que son extrême droite refoulée dans la Tinée par Serrurier, repassa la crête des Alpes. En même temps Macquard attaqua de front la ligne de Millefourches à Saorge. Les avants-postes se replièrent rapidement. La ligne fut forcée à Béola dont la redoute était défendue par 300 hommes. Les défenseurs de cette ligne, se voyant ainsi attaqués de front, et menacés dans leur retraite par Masséna, abandonnèrent leurs ouvrages et gagnèrent St Dalmas.

Quant au fort de Saorge le général St Amour l’évacua à l’approche des troupes descendant de la Marta. Forcés ou tournés partout les alliés se retirèrent au col de Tende. Pour protéger leur droite ils prirent un instant, position sur les hauteurs allant du Capelet à Fontan. Leur gauche occupait les hauteurs au sud et à l’Est de la Briga ainsi que le mont Bertrand au nord de Saccarello. Ne pouvant dans cette ligne résister à l’attaque vigoureuse de Macquard et de Masséna, les alliées se replièrent sur les hauteurs de Piétra-Fica, au col de Tende, et aux divers cols au nord du mont Bertrand. Le 9 mai enfin ils furent définitivement refoulés sur le versant nord des Alpes.

Ainsi finit cette longue résistance que les républicains ont rencontrée devant la célèbre ligne de Saorge au Capelet .

 

Campagne de 1800

En 1800 le Département des Alpes-Maritimes fut envahi par les Autrichiens. Nos troupes pliant sous le nombre, durent repasser le Var. Après de nombreuses tentatives infructueuses pour forcer cette ligne, le général Elsnitz se retira en Piémont par le col de Tende. Poursuivi vigoureusement par l’armée française qui avait été renforcée par quelques milliers de gardes nationaux, il chercha à protéger sa retraite en occupant la ligne du Capelet à Saorge. Les retranchements relevés à la hâte ne purent servir cette fois contre l’élan des républicains. Ménard et Garnier forcèrent les positions de Raous, de Millefourches et descendirent sur Fontan. Une partie de l’armée autrichienne qui se défendait au col de Brouïs se vit ainsi couper la retraite par le col de Tende. Elle passa la Roya à Breil, se retira par Dolceaqua et perdit ainsi la moitié de son effectif dans sa retraite.

Les différents événements que nous venons de parcourir rapidement ont laissé de nombreuses traces sur les hauteurs entre la Roya et la Vésubie. De tout côté on rencontre des ouvrages de fortifications passagères, les uns en pierres, les autres en terre ; quelques uns sont bien conservés ; d’autres sont encore assez visibles pour qu’il soit possible d’en déterminer le tracé ; dans d’autres enfin on reconnaît la transformation que subissent souvent les retranchements après leur prise.

En certains endroits on voit de nombreuses traces de tentes et de baraques. On en remarque deux types. Les petites avaient environ 2m sur 3, les grandes 3m sur 4,5 m environ. Elles ont pu servir à établir à peu près le nombre de défenseurs que les alliés avaient dans les différents camps.

 

 

Partie 3

 

  1. Description détaillée de l’Aution et de Millefourches

 

(P 35)

Description d’ensemble

Nous commençons la description des hauteurs par la ligne que les Austro-Sardes occupaient après l’attaque du 8 juin 1793 et dont le centre était le camp de l’Aution et de Millefourches.

Le massif du Mont Aution, au sud de la baisse de St Véran, comprend plusieurs sommets dont la réunion dessine un amphithéâtre parfait présentant son ouverture vers l’est. Le fond de cet amphithéâtre donne naissance à un petit ruisseau dirigé du nord au sud et compris entre deux crêtes très rapprochées.

L’ensemble de ces hauteurs limitées de toute part par des pentes très raides, et dont les versants intérieurs, relativement doux, sont parfaitement gazonnés, constitue ce qu’on appelle le camp de l’Aution et de Millefourches. (voir feuille n°2)

Plusieurs ouvrages dont on retrouve les traces avaient été élevés par les Austro-Sardes sur les différents sommets. Ils sont représentés sur le croquis n°9 de l’album.

 

Saillant du camp retranché sur la tête de l’Aution.

Le plateau qui ferme l’amphithéâtre à l’ouest était occupé par une ligne continue AA dont le saillant B se trouvait sur la tête de l’Aution. De ce sommet se détache la crête de Provérière en se dirigeant vers le Donjon et vers Fougasse. C’est par là que devait arriver la principale attaque. Aussi voit on que les moyens de défense avaient été accumulés sur ce point. La ligne y était renforcée par un petit ouvrage B d’un profil relativement fort et par plusieurs coupures barrant le chemin aux assaillants arrivant par la crête. Partout ailleurs le profil du retranchement était très faible, en certains points il n’y avait même pas de fossé. Il semble que l’ennemi ne cherchait là qu’à se couvrir des coups, et qu’il considérait avec raison, la raideur des pentes comme un obstacle autrement sérieux que le profil du retranchement.

En arrière du saillant, se trouvait une sorte de retranchement intérieur C renfermant une construction qui selon toute apparence, devait être le magasin à poudre.

 

Sommet de la Forca

L’extrémité gauche de la ligne était appuyée à une redoute D de 20 mètres de côté et dont le fossé était creusé dans le roc. Cet ouvrage placé sur la cime de Forca est assez bien conservé. Il enfilait d’un côté les pentes sud de la crête de Provérière et contribuait puissamment à défendre les approches du saillant, d’un autre côté il surveillait la Baisse de Provérière ou col de Millefourches.

 

Château de Millefourches

Au sud Est de ce col, se trouve le plateau de Millefourches ou les Autro-Sardes avaient élevé une redoute bastionnée E, dont les escarpes en maçonneries de pierres sèches sont encore debout en certains endroits. C’est cet ouvrage qui figure dans l’histoire sous le nom de château de l’Aution et qui était garni de 8 canons. Sur le bord du plateau on remarque encore les traces d’un retranchement FF dans l’intérieur duquel on retrouve un grand nombre de rigoles de tentes et de traces de baraques. Cette position croisait ses feux avec ceux de la redoute D pour défendre le col de Provérière et battait de revers les pentes au sud de la ligne A. Les abords du retranchement de Millefourches étaient flanqués par la redoute D à laquelle il était relié par un chemin en lacet passant par le col de Provérière

 

Plateau de l’Aution

La droite de la ligne A se trouvait en retrait sur le saillant et contribuait par sa position à en défendre les approches.

Un autre ouvrage G sur le bord du plateau paraissait destiné à surveiller le ravin de l’Aiguette et à flanquer les approches.

Plus en arrière une redoute H très petite et sans fossé surveillait le vallon de l’Aiguette et protégeait la retraite par la baisse de St Véran.

 

Pointe des trois communes

Enfin sur la pointe des trois Communes, reliée par la crête de l’Arthiguière au Capelet un ouvrage en forme de bonnet de prêtre I enfilait le vallon de l’Aiguette et dominait l’ensemble des positions de l’Aution et de Millefourches. Ce point figure dans l’histoire militaire du Piémont sous le nom de Mont Orthiguière.

Derrière ces diverses positions se retrouvait une série de camps. On y remarque encore de nombreuses traces de baraques ; les rigoles qu’on avait creusées autour des tentes sont parfaitement conservées.

 

Naissance de la crête se dirigeant sur Sospel

En face de l’ouverture de l’amphithéâtre de l’Aution se trouve un plateau assez uni qui était également occupé par un camp. On le désigne, sous le nom de Plan du Caval. De ce point part la crête située sur la rive gauche du ravin de l’Aution. Elle passe par Ventabren et se maintient au même niveau sous une assez grande étendue. Les deux versants du ravin sont doux, parfaitement gazonnés et favorisent admirablement les mouvements de troupe. Le sommet de Maron en arrière duquel, entre autres, on peut masser les colonnes d’attaques, est un excellent emplacement pour une batterie volante. Deux amorces de chemins semblent avoir été pratiquées dans ce but.

 

Point d’attaque de la position Sommet de Parpelle

Il résulte de ce qui précède que le point vulnérable du camp des Fourches était de ce côté. Les Austro-Sardes avaient remédié à ce défaut de solidité par une série d’ouvrages qu’ils avaient établis entre le plan de Caval et le sommet de Parpelle. A ce dernier point se trouvait une batterie J solidement organisée autant qu’on peut en juger par les restes. Elle croisait les feux avec ceux de la redoute de Millefourches sur le ravin de l’Aution et sur les crêtes voisines. Le côté est plongeait dans le ravin de la Maille et prenait des vues de revers sur la crête de l’Aution à Saorge. La batterie surveillait directement le col de Cabane­-Vieille et battait de revers les pentes nord-est du fort de Millefourches. Elle empêchait ainsi cet ouvrage d’être tourné par une colonne qui se serait jetée dans le fond de l’amphithéâtre après avoir franchi le col de Cabane-Vieille où aboutit le chemin muletier de Moulinet.

 

Tête de Vote

En arrière de Parpelle, se trouvait sur la tête de Vote, une autre batterie K qui concourait au même but que la première et augmentait ainsi la défense de cette crête si facile à parcourir.

Le Plan de Caval était fermé lui-même par une amorce de ligne L.

 

Plan de Caval

En arrière, au point d’où part la crête de l’Aution à Saorge, le plan de Caval se relève légèrement. Sur cette éminence se trouvait un réduit allongé M, entouré d’une escarpe en pierres sèches. Le rôle de ce fortin, était d’appuyer solidement le plan de Caval. Peut-être pouvait-il protéger la retraite par le contrefort se dirigeant sur Saorge, dans le cas où l’Aution eut été forcé avant la gauche.

Enfin au fond de l’amphithéâtre se trouvait un tout petit redan ou pour mieux dire une barbette N. Elle devait être armée d’artillerie pour mitrailler les assaillants qui auraient voulu par le ravin de l’Aution aborder le Plan de Caval et séparer ainsi le camp de l’Authion des défenseurs de la gauche.  Sur la crête de Provérière on voit un petit ouvrage avancé O qui devait contribuer à la défense du point d’attaque B (croquis n°9 fig 2). C’est un bonnet de prêtre de 10 mètres de côté et dont les escarpes en maçonneries de pierres sèches sont encore bien conservées.

Entre cet ouvrage et le retranchement de l’Aution on trouve sur la même crête un épaulement en terre, en un point d’où l’on domine parfaitement le bassin de Moulinet.

On voit par ce qui précède avec quel art étaient disposés les ouvrages contre les attaques venant de Fougasse et de Campargent et surtout contre l’attaque par le Ventabren.

 

Effectif probable des défenseurs

Les traces de tentes de baraques qu’on remarque près de tous les retranchements dont nous venons de parler, permettent d’évaluer à environ 4400 hommes le nombre de défenseurs de ces positions .

 

Ce calcul est d’accord du reste avec un témoin oculaire qui a campé à Raous. Selon lui la position de l’Aution et de Millefourches était occupée par 4 à 5000 hommes.

 

Communications

D’après les traces que l’on voit vers l’Aution, de nombreux chemins allaient du centre du camp aux différents ouvrages, et un chemin de ceinture reliait entre les camps en arrière.

Tous ces chemins en partie pratiqués aujourd’hui sillonnent un terrain lui-même facile à parcourir ; de sorte qu’avec peu de travail on pourrait les rendre excellents. Dans l’état actuel même quelques coups de pioches permettraient à l’artillerie de circuler depuis Parpelle jusqu’à la Forca en passant par le plan de Caval et le col au sud de la pointe des 3 communes.

On peut arriver de tout côté au camp des Fourches en suivant les nombreux ravins et les crêtes qui prennent naissance à cette position.

 

De Saorge on y monterait par le vallon de Caïros et la baisse de St Véran ou par la crête au sud de ce vallon. On y arrive de la Giandola par la Maille ; du col de Brouïs et de Sospel par la crête allant du Plan de Caval vers le Ventabren. On y vient de Fougasse et de Calmette par la crête de Provérière et par un sentier muletier aboutissant au col entre la Forca et le plateau de Millefourches. On y peut monter également par le vallon de l’Aiguette soit en arrivant au col de Tueis et prenant ensuite la crête de Provérière, soit en gravissant directement les pentes qui séparent la vacherie de l’Arthiguière de la pente des 3 communes.

 

[…]

Le moins praticable remonte le vallon qui prend naissance dans l’amphithéâtre de l’Aution. Dans sa partie inférieure il est très mauvais ; et il est bien difficilement praticable aux mulets, surtout dans les lacets montant à Longuevista. Sur cette crête seulement il devient passable jusqu’à la vacherie de Cabane-Vieille où il aboutit.

Le chemin le plus fréquenté est celui montant à l’Aution par le vallon de Cabane-Vieille. Il est bon, mais par moment assez dangereux dans la partie qui longe la Bévéra. Il traverse ce torrent sur un pont en pierre et devient très bon dans le bois de Bouroumet. Ce chemin n’est mauvais réellement que près des cabanes, dites cabanes-vieilles, peu au-dessous du col de ce nom.

 

Ressources utiles à l’installation des camps.

[…] le terrain est couvert d’une belle pelouse. Le roc n’est à vu que sur quelques pointes ou la terre a été enlevée pour faire les retranchements. Le bois se trouve assez loin du camp, dans les bois de Maron, de Bouronnet et dans la forêt de Caïros. Sur les pentes au sud de ce vallon le bois n’arrive plus au sommet qu’aux environs du Plan de Caval qui est lui-même peuplé de quelques jeunes sapins. Partout ailleurs, le haut de ces pentes est dénudé les arbres n’ayant pas repoussés depuis qu’ils ont été coupés par les piémontais.

L’eau se trouve un peu en aval de la vacherie de Cabane-Vieille. Ces sources alimentent de même environ 500 vaches. Elles paraissent insuffisantes pour un camp de plusieurs milliers d’hommes. Les piémontais alimentaient sans doute une partie de leur camp par les sources de la forêt de Cairos.

 

  1. Position de Raous et de St Véran (dessin n°10)

 

(P 42)

 

Cime de Raous ou de Saju

Le col de Raous est compris entre deux hauteurs sensiblement au même niveau. Celle de droite s’appelle le Mont de Raous ou de Saju. Les Sardes y avaient élevé un retranchement A (croquis n°10) dont les pièces enfilaient le ravin de Raous et prenaient de revers les pentes du Capelet et de Ruggiero. C’est un simple épaulement sans fossé sur le bord d’une plate-forme qui paraît faite de main d’hommes.

Un assez bon chemin muletier monte du col de Raous au Capelet en passant devant cet ouvrage. Un sentier également praticable aux mulets le relie directement au col de Raous.

 

Camp du col de Raous

En avant de celui-ci se trouve un petit contrefort plat dont les pentes sont très raides. C’est là et tout près du col que se trouvent le gros des forces de Raous. De nombreuses traces de baraques et de tentes se voient sur ce plateau. On y retrouve également les traces d’un retranchement qui entourait la partie saillante du camp. (Fig 2 croquis 10)

Elle était rattachée à la cime del Tuor par un chemin vers le milieu duquel se trouvait un petit poste d’observation, dans une excellente position pour surveiller les ravins en avant de Raous. Depuis ce point jusqu’à la cime del Tuor ce chemin n’est plus qu’un mauvais sentier sur lequel le mulet a de la peine à passer. Il est vrai qu’on le rendrait excellent très facilement.

 

Cime del Tuor et Baisse de St Véran

La cime del Tuor est pointue et présente plusieurs rochers à pic du côté du vallon de l’Aiguette. Les alliés en ont nivelé quelques uns et y ont établi des postes parfaits pour observer ce vallon. Un sentier muletier reliait directement ce poste à la Baisse de St Véran, col assez ouvert et gazonné. Un sentier muletier faisant de nombreux lacets réguliers reliait ce point à la tête de l’Arthiguière.

 

Chemin de Raous à Saorge par la Baisse de St Véran

Un chemin large et en pente assez douce mettait le col de Raous en communication directe avec celui de St Véran (1852). Il est encore souvent pratiqué aujourd’hui. Une source assez abondante placée sur le bord de ce chemin donnait de l’eau à ce camp.

De la Baisse de St Véran on descendait dans le vallon de Cairos par un beau chemin dont on voit encore quelques traces. Il passait par Fromagine où était la réserve et les ambulances. Ce chemin rattrape la route de Nice à Turin entre Saorge et Fontan. Il est encore carrossable dans la partie inférieure sur plus de la moitié de sa longueur. En amont de Fromagine ce n’est plus qu’un mauvais sentier praticable aux mulets. On pourrait à peu de frais le rendre excellent. C’est ce chemin qui a servi à l’armement des ouvrages de Raous et Millefourches. Une partie des troupes, des bagages et le matériel l’ont suivi lors de l’évacuation des camps.

 

Chemin allant de Raous vers la Minière 

Un autre chemin partant du col de Raous longeait les pelouses situées au sud de la frontière. Il est encore visible en certains points. A la Baisse de Causéga il se biffurque en deux tronçons dont l’un se dirige vers le passage du déserteur et dont l’autre mène à la baïsse de l’Escaf.

Une partie de l’armée alliée a suivi ces chemins pour gagner la Minièra et l’abbaye de St Dalmas. Ils ne sont guère pratiqués aujourd’hui.

De Fromagine on pourrait gagner les mêmes cols en montant directement à la Baisse de Causéga. Ce chemin qui a également servi lors de l’évacuation des camps est actuellement extrêmement mauvais ; en beaucoup de points le mulet a bien de la peine à passer.

 

Chemin allant de Raous à Belvédère

Le chemin qui descend du col de Raous sur Belvédère est très régulier sous le retranchement B, et parfaitement conservé en certains endroits. C’est par là que les Austro-Sardes ont amené sans doute leurs canons dans la Vésubie. Il n’est pas entretenu, mais les pentes qu’il parcourt sont douces et il serait facile de le rendre excellent. Il traverse plusieurs sources.

 

Cime de Ruggiéro

En avant de la cime del Tuor et sur la même crête, les Piémontais occupaient un poste avancé sur la tête de Ruggiéro. On reconnaît encore quelques traces de l’occupation Sarde. De ce sommet se détache un petit contrefort dont la tête domine merveilleusement le vallon de l’Aiguette. Ce point a été occupé comme l’indique son nom de Castéau ou Castello. On y reconnaît les traces de plusieurs tentes et de deux postes d’observation, qui figurent sur la carte au 1/20000

 

Effectif probable des défenseurs du camp de Raous

D’après les traces de baraquement qu’on aperçoit au col de Raous, ce passage devrait être défendu par environ 800 hommes. Le mont de Raous et le col au nord devait être occupé par 300 à 350 hommes. On peut évaluer de même l’occupation de la cime del Tuor et de la baisse de St Véran à 400 ou 450 hommes. En y ajoutant 200 hommes établis dans l’avant poste de Ruggiero on arrive à un effectif d’environ 1800 hommes.

 

  1. Ligne du Raous au Capelet (croquis 10 fig. 3 et vue 11)

 

(P45)

Capelet supérieur

Le Capelet supérieur, à 2640 m au-dessus du niveau de la mer formait comme nous l’avons déjà dit l’extrême droite de la ligne des Austro-Sardes. Il se relie au faîte des Alpes par une crête que son altitude et sa nature rocheuse et escarpée mettaient à l’abri d’une attaque sérieuse.

Le Capelet consiste en un petit plateau limité au nord ouest par un escarpement presqu’à pic, au sud ouest par une pente gazonnée, mais très raide, et coupée de distance en distance par de grands rochers sortant du sol. Les Piémontais avaient établi sur le plateau, un fort en pierres sèches bien plié au terrain et qui, d’après les restes voyait parfaitement les escarpements au nord ouest. Les saillants correspondaient aux deux crêtes rattachant le Capelet d’une part à la montagne du Diable, d’autre part au Capelet inférieur. Ils étaient renforcés par des épaulements destinés à mieux battre les approches par ces crêtes. Quant aux pentes gazonnées au sud ouest, les moindres plis en étaient vus par quelques petits postes inaccessibles, que les Sardes avaient disposés avec beaucoup d’art sur les rochers sortant du sol.

La garnison du Capelet était obligée de se pourvoir d’eau aux lacs des Merveilles. Quant au bois elle ne pouvait en trouver qu’à six cents mètres environ en dessous du fort. Cet inconvénient n’était pas très grave, car avec un petit nombre d’hommes et quelques obusiers de montagne on pouvait défendre la position contre des assaillants fort nombreux.

 

Terra Rossa

Un poste avancé se trouvait sous le Capelet inférieur à Terra-Rossa. On remarque encore un mur appuyé contre deux rochers. Cet ensemble formait la redoute que le général Micas avait enlevé le 10 juin et qu’il a été obligé d’abandonner le lendemain matin.

 

Crête de Prampeïasque

(croquis n°10 fig 4.)

Le capelet est relié à Raous par une crête gazonnée connue sous le nom de Serre de Prampeïasque. Sur cette crête on remarque des traces de lignes dont quelques unes ont dû être construites en 1792 et dont d’autres sont d’une époque antérieure. Ces derniers épaulements sont tous en terre, et ont encore aujourd’hui un aspect très régulier malgré l’affaissement que le temps leur a fait subir. Nous en donnons le tracé dans le croquis n°10 fig 4. Ils sont fréquemment traversés par les lacets d’un chemin dont la construction remonte à 1792, et qui est encore parfaitement praticable aux mulets depuis le col de Raous jusqu’au fort.

 

Traces de camps

Sur la croupe de Prampeïasque on voit de nombreux vestiges provenant d’un camp retranché derrière ces lignes. La plupart des baraques devaient être en pierres. En général elles n’ont que 2m sur 3 ; trois d’entre elles ont 4,5 m sur 10 m environ, quelques unes ont des dimensions intermédiaires. On remarque en outre un puits que les soldats avaient cherché à creuser. D’après ces traces, l’effectif du camp devait être d’environ 200 hommes. Le Capelet en y comprenant les petits postes que les Sardes avaient organisés sur les rochers devait être occupé également par 200 à 250 hommes. Quant au poste avancé de Terra-Rossa on peut estimer le nombre de défenseurs de 150 à 200. L’ensemble des positions que nous venons de décrire et que nous appellerons la position du Capelet devait être défendue par environ 600 hommes .

A Prampeïasque comme au Capelet on était loin du bois. On pouvait chercher l’eau à 200 mètres environ en dessous du camp à une source ferrugineuse qui se trouve dans le vallon de Giandiase en arrière de la ligne. 

 

Vallon plat de Giandiase

Ce vallon est plat dans cette partie et forme un véritable plateau qui se prêterait très bien à l’assiette d’un camp. Il a servi effectivement dans ce but. A l’endroit où la pente redevient raide on trouve encore quelques légères traces de retranchements qui figurent sur la carte de Bourcet. Un chemin muletier conduit de ce poste à la Baisse de Saju située entre le mont de Raous et la crête de Prampeïasque.

 

Communications en arrière de la ligne de Raous au Capelet

Un autre mène directement au col de Raous d’une part, et au col de l’Escaf de l’autre. C’est un chemin qui parcourt les pentes gazonnées au sud de la crête servant de frontière. Il est à peine marqué aujourd’hui. Malgré cela il est très facilement praticable aux mulets. (feuille n°2)

Un sentier de piétons mène du vallon de Giandase directement dans la Minière. Il passe entre les cimes du Diable et de Macruêre et aboutit aux lacs de l’Inferno où la Miniera prend son origine.

De ces lacs un autre sentier de piétons permet d’aller dans la Gordolasca par un col au nord de l’Alpette situé sur la crête allant du Clapier à la montagne du Diable.

 

Réflexions sur l’attaque de la ligne de Raous au Capelet (vue n°11)

Il est probable que les Piémontais surveillaient directement ce col par un petit poste. Du reste comme les mulets et par suite l’artillerie de montagne n’y passent pas, il n’y avait pas lieu de songer à tourner la ligne ennemie par ce sentier. Mais il pouvait servir à faciliter l’attaque du Capelet ; car il eut permis aux assaillants d’arriver à couvert jusque sur la cime du Diable. On eut évité ainsi de s’exposer à un feu meurtrier pendant toute l’ascension fort pénible et très longue par la crête du Capelet inférieur, comme l’a prouvé l’attaque infructueuse, du général Micas le 10 juin. Toutefois pour faire réussir la surprise par le sentier précité, il eut fallu commencer par enlever préalablement la redoute de Terra-Rossa laquelle surveillait directement les mouvements qu’on eut pu faire dans la Gordolasca.

On ne pouvait du reste douter du succès de ce premier coup de main, car l’ouvrage de Terra Rossa constituait le point le plus faible de la ligne du Capelet à Raous et une attaque résolue partant de Trémunille pouvait l’envelopper facilement. Les événements du 10 juin 1793 semblent confirmer cette opinion : la redoute comme on l’a dit plus haut a été enlevée dès le début de l’action par le général Micas.

Aussitôt après la prise de Terra-Rossa on pouvait engager une petite colonne de bons marcheurs dans la Gordolasca, lui faire aborder le col au nord de l’Alpette, et tenter ensuite une attaque directe sur le Capelet. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le plan pour voir que le point d’attaque était de ce côté. On peut également s’en rendre compte par le croquis n°11 représentant toutes les hauteurs depuis le Capelet jusqu’à Ruggiéro. Il montre d’un côté les pentes très raides qui bordent la cime de Ruggiero sur la rive gauche de Graous et en face les pentes abruptes sous le col de Raous. Pour compléter l’idée qu’on peut se faire ainsi des difficultés que nos colonnes ont dû rencontrer devant ces positions, nous ajouterons que la croix de Trémenille est à l’altitude 1600 environ et le Capelet 2640.

Une autre raison plus puissante encore, la forme du terrain devait également faire tenter la principale attaque sur les hauteurs du Capelet. 

Les Austro-Sardes se croyant en sûreté par le relief de ces hauteurs, et par la raideur des pentes, les avaient occupées par un nombre d’hommes relativement faible. Toute leur réserve était à Fromagine. De sorte que l’attaque du Capelet indiquée plus haut eut eu une très grande chance de succès. Il eut suffi, en effet de simuler un assaut sur Raous pour empêcher les défenseurs d’être distraits de cette position. Ceux du Capelet ne pouvaient alors être secourus que par la réserve de Fromagine et comme la différence de niveau entre ces deux points est de 1300 mètres les troupes de secours eussent mis plus de temps pour arriver sur les sommets que les assaillants eux-mêmes.

Les chances de succès de l’attaque indiquées ci-dessus eussent au contraire été bien moindres ; si l’ennemi eût placé une partie de sa réserve dans le haut du vallon de Giandiase. La forme et la nature du terrain, sa position centrale en arrière de la ligne du Capelet à Raous, la présence de l’eau sur place, l’existence du bois sur les pentes à proximité, la retraite assurée par la baisse de l’Escaf, étaient autant de bonnes raisons qui devaient décider l’ennemi à occuper ce point par une solide réserve. En ne l’occupant pas, il avait commis une faute dont les nôtres eussent pu tirer un très grand avantage en dirigeant leur effort principal sur la ligne de Raous au Capelet et surtout sur ce dernier point. Indépendamment de la facilité qui provenait du petit nombre de défenseurs de cette ligne et de la mauvaise disposition de la réserve, on eût ainsi l’avantage de tourner le fameux camp des Fourches et de faire tomber d’un seul coup toute la ligne de l’Aution à Saorge.

Il est probable que nos généraux étaient mal renseignés sur la disposition des forces ennemies. Quoiqu’il en soit, les réflexions qui précèdent ne sauraient être une critique ; car la connaissance exacte des lieux ne peut que faire augmenter l’admiration qu’inspirent les généraux et les troupes, qui ont tenté d’enlever de front des positions aussi formidables.

 

 

5 Ligne de l’Aution à Saorge (croquis n°12)

 

(p 50) Plateau de Béola et d’Orsenal

 

La ligne qui reliait le camp de l’Aution à Saorge n’était guère moins formidable que celle de Raous au Capelet. Les pentes de la Maille qui coule au sud de cette ligne, sont en effet extrêmement raides et se transforment en véritables escarpements sur plusieurs points. 

En partant du Plan de Caval, la crête qui se dirige sur Saorge s’abaisse brusquement d’environ 300 mètres. Généralement étroite, elle s’élargit vers le milieu et forme les plateaux de Béola et d’Arseuil, que les Sardes avaient consolidés par une redoute en terre A qu’on voit encore. Elle a environ 40 mètres de côté et est placée sur le bord des pentes nord (croquis 12 fig 1). Elle balayait ainsi toute l’étendue du plateau. Malgré l’affaissement que le parapet de cet ouvrage a subi, on reconnaît que le profil en était plus important que ceux des ouvrages décrits plus haut.  Les saillants étaient munis de barbettes. La contrescarpe du fossé était en pierres sèches.

D’après les traces de baraques qu’on reconnaît aux environs,la position de Béola devait être défendue par 300 hommes environ .

Tout le plateau, de même que la crête qui le relie à l’Aution, est couverts d’assez belles prairies. Les pentes du plateau sont boisées : au nord c’est l’essence résineuse qui domine ; au sud se trouvent principalement des chênes. La redoute est entourée elle-même d’un bosquet de sapins. Une source se trouve à peu de distance de la redoute sur le bord du plateau. De nombreuses sources existent en outre dans des pentes sud.

 

(P51) Position de Raouré (croquis 12 fig 2.)

Après le plateau d’Arseuil le contrefort se retrécit de nouveau et s’abaisse doucement jusqu’à la cime de Raouré où il forme une croupe arrondie. Sur cette croupe on voit un fort assez considérable C. Cet ouvrage devait comme celui de Béola être armé d’artillerie. Sa principale action était dirigée vers l’Ouest. De ce côté en effet, le fort présente un front terrassé d’un parapet épais et construit très soigneusement. Partout ailleurs l’enceinte consistait en un simple mur en pierres sèches. On y reconnaît encore les traces d’une construction qui devait être un magasin à poudre.

A l’ouest du fort se trouve une petite lunette D également revêtue en terre du côté de Béola. Cet ouvrage contenait un petit magasin à poudre. Il est entouré d’un chemin de ronde relié au fort par une double caponière, le tout en pierres sèches.

Le principal but de l’ensemble de ces deux ouvrages devait être d’assurer la retraite des défenseurs de la crête, sur Fontan. La forme arrondie de ce plateau terminé par des pentes raides du côté du village permet en effet de se dérober rapidement à l’action du fort. Les côtés terrassés enfilant très-bien la crête étroite à l’Ouest, rendaient une attaque presque impossible de ce côté, pendant que les murs en pierres suffisaient pour mettre les défenseurs à l’abri d’un assaut par les pentes sud.

Un assez grand camp se trouvait sur les pentes douces en arrière de cet ouvrage, mais comme toute la croupe est cultivée il est impossible d’en déterminer le nombre de tentes ou de baraques. On peut toutefois d’après l’importance du fort, et par comparaison avec les autres ouvrages, estimer l’effectif de ce camp à 6 ou 700 hommes.

Les pentes au nord et au sud sont boisées. Le sommet lui-même est encore occupé aujourd’hui par quelques pins. Quant à l’eau, on trouve plusieurs sources en arrières, entre autres sous la lagune.

 

Chemin de l’Aution à Saorge.

Un chemin muletier, excellent sur les plateaux et souvent fort mauvais dans les parties resserrées même de l’Aution à Raouré. Il longe la crête entre ce dernier plateau et celui d’Arseuil et se trouve ainsi complètement enfilé par le fort.  Le chemin conduit à Saorge ; mais il devient très mauvaix dans la partie inférieure. On descend ainsi directement sur Fontan par un sentier qui peut à la rigueur être suivi par des mulets.

 

Position de Mart (croquis 12 fig.3)

La croupe arrondie de Raouré se biffurque en deux petites crêtes s’abaissant rapidement. L’une se dirige vers Saorge, l’autre vers la Giandola réunion de quelques maisons placées sur la route de Nice à Turin, au confluent de la Maille et de la Roya.

Au sud ouest de ce dernier contrefort, les pentes sont relativement douces, faciles à parcourir et aboutissent à un col à 300 m au dessous du sommet de Raouré. C’est par là qu’on aurait pu chercher à tourner cette position et descendre sur Fontan par le vallon de Caïros. Les Piémontais ont obvié cet inconvénient en établissant un petit fort E sur le sommet rocheux placé à l’est du col. On voit encore les traces de cet ouvrage. Il présente une enceinte allongée en pierres sèches affectant un tracé à redan. Le col était lui-même occupé par un camp assez important. D’après le témoin oculaire cité plus haut, le Régiment de Nice qui était chargé de garder cette position peut être estimé à 1000 ou 1200 hommes environ. On voit par ce chiffre toute l’importance que nos ennemis attachaient à ce point de leur ligne.

 

Communications et ressources de la position.

Un chemin muletier passant pas le col reliait l’ouvrage de Mart à celui de Raouré. Un autre gagnait le chemin de Raouré à Saorge un peu au dessous de la Lagune ; un troisième mais très mauvais conduit directement à Giandola. De ce point on peut également monter au col de Mart par un meilleur chemin en suivant sur une certaine étendue celui qui longe la rive droite de la Maille.

Les défenseurs de cette position trouvaient leur eau aux mêmes sources que ceux de Raouré en arrière du col. Sur les pentes sud ouest existent également quelques sources dont ils pouvaient tirer partie.

Les pentes sont couvertes de broussailles du même côté.

Position de la Lagune entre Raouré et Malamorte

La crête qui descend de Raouré vers Saorge s’abaisse assez rapidement comme il a été dit plus haut, jusqu’au point nommé la Lagune. Cette position consiste en un plateau assez important ; entourant un bassin naturel rempli d’eau en hiver.

Le plateau a été occupé par les troupes Piémontaises pendant les campagnes de 1792 et 1794. Mais on ne peut plus distinguer les traces du camp. C’était un excellent emplacement pour la réserve des troupes établies à Raouré et à Mart.

L’occupation de ce point comblait en outre un vide dont les Français auraient pu profiter pour percer la ligne en tournant le fort Raouré après s’être emparé du col de Mart.

Le sentier qui descend vers Fontan en partant de Raouré traverse cette position. Le chemin muletier descendant cers Saorge la contourne au sud.

 

Château de Malamorte

Entre la position décrite ci-dessus et la route de Nice à Turin, se trouve un ancien château du Moyen âge. C’est le château de Malamorte. Il consiste en une enceinte rectangulaire établie sur un petit contrefort rocheux. Une habitation de forme carrée se trouvait dans l’angle ouest. Une petite tour placée au même angle flanquait les faces correspondantes (voir croquis 12 fig.4.) Les murs de ces deux faces de l’habitation et de la tour sont encore debout. La face nord-ouest est crénelée et placée sur le bord d’un rocher à pic. Celle du Sud Ouest est percée d’une porte et précédée d’un petit fossé. Une autre porte devait se trouver dans la face nord-est, où aboutit un petit sentier non pratiqué aujourd’hui. Dans les parties du fort qui subsistait on voit quelques maçonneries récentes. Elles sont très mal faites et datent sans aucun doute des guerres de la république. Les Piémontais y avaient installé en effet une cinquantaine d’hommes, qui surveillaient directement le défilé au Sud de Saorge.

A une petite distance à l’ouest du château se trouve une source qui devait largement suffire aux besoins de la garnison.

 

 

Fort de Saorge

Le fort de Saorge établi sur un rocher allongé est un ancien château fort beaucoup plus étendu que celui de Malamorte. D’après ce qui reste nous avons pu composer le tracé. (croquis 12 fig 5.)

Certains pans de murailles sont encore debout. On y voit également quelques abris voûtés et des citernes.

Au sud et à une trentaine de mètres au dessous du sommet se trouvait une batterie destinée à surveiller le défilé en aval du confluent de la Bendola et à contrebattre les batteries de brèche que l’assaillant pouvait organiser près du couvent des Récolets. Le croquis n°13 représente la vue des ruines du fort prise de ce point.

Village de Saorge

Le village de Saorge est situé près du fort sur les ruines d’une ancienne ville dont on aperçoit encore les murailles à l’est. Du côté de la Roya les maisons actuelles sont établies sur les remparts même de l’ancienne cité.

Saorge n’a plus aujourd’hui qu’une importance militaire. La population est de 1990 habitants en y comprenant les quelques maisons habitées dans le vallon de Cairos. C’est le centre d’une commune dont dépendent Fontan et les deux hameaux de Bergue près de la frontière.

Chemin aboutissant à Saorge en traversant la Bendola

 

Deux chemins muletiers descendent des hauteurs au sud de la Bendola aboutissent au couvent des Récolets. L’un deux partant de l’Arpette est très mauvais sur toute la rive gauche. L’autre vient directement de Pigna en passant par le col de Muraton. Chacun d’eux franchit la Bendola sur un pont en pierres. Le général St Amour commandant le fort de Saorge avait fait couper ces ponts et aurait par la suite pu défendre la position sur la Bendola même dont le lit forme un obstacle très important. Le chemin de Pigna pouvait même être disputé pied à pied entre ce torrent et Saorge. Les extrémités des contreforts descendant vers la Bendola sont occupées par des maisons que l’on pouvait organiser pour la défense. Celles qu’on y voit aujourd’hui sont presque toutes crénelées. Le gouvernement Piémontais a obtenu ce résultat en payant une certaine somme par créneau aux propriétaires ou aux constructeurs.

 

Crête descendant de la Marta à Saorge

Excellentes contre un corps venant de Breil ou du bassin de la Nervia, toutes ces défenses seraient sans effet contre des troupes descendant directement par la crête qui aboutit à Saorge. Ce faîte rocheux dans la partie inférieure, se relier à la Marta par la tête d’Anon couverte de belles pelouses comme la Marta elle-même.

 

Chemin descendant par la crête

Deux chemins muletiers permettent d’arriver au dessus de Saorge en descendant de la Marta. L’un suit la crête elle-même ; l’autre un peu moins mauvais la contourne par la baïsse de Long. On y arrive encore directement de la Briga.

 

(P55) Traces d’un ouvrage surveillant ces chemins (croquis 12 fig 6)

Sur l’extrémité de la crête au dessus de Saorge, on voit encore un ouvrage en pierres sèches destiné à éclairer le terrain en dehors des vues du fort. Cet ouvrage dont la figure 6 représente le tracé, ne pouvait, en aucun cas, faire une résistance sérieuse aux troupes de Masséna descendant de la Marta, et qui venaient d’enlever des positions autrement redoutables. Du reste cet ouvrage, eut-il été dans les meilleures conditions n’eut pu faire qu’une résistance inutile, du moment que le col Ardente était en notre possession. La principale défense des Piémontais devait s’exercer dès lors du côté de la Briga, de manière à protéger la retraite de leur armée par le col de Tende.

En résumé en n’organisant Saorge que contre une attaque de front, l’ennemi avait atteint son but, il n’avait nullement à se préoccuper des hauteurs à l’Est. En notre possession au contraire ce fort ne peut être sérieusement attaqué que par cette crête. C’est en vu de cette attaque que l’occupation de la position de Saorge nous paraît devoir être conçue.

 

Contreforts au nord de Saorge et au sud du couvent des Récolets.

Sur l’extrémité du contrefort du couvent des Récolets, les Sardes avaient établi deux ouvrages à cornes superposé défendant de près le défilé de Saorge (croquis n°12 fig 7). Ils sont en pierres sèches et très bien faits. Peut-être remontent-ils à la guerre de la Pragmatique sanction quoiqu’il en soit il est probable qu’ils ont été occupés pendant les guerres de la république. Cette position est trop bien indiquée pour avoir échappé aux vieux Colli. Elle commande en effet la sortie du défilé si retréci et escarpé de la Roya, que traverse la route en aval de la Bendola (vues 14/15)

Au nord du fort de Saorge se trouve un contrefort plus large en face du vallon de Cairos. Il est bordé de rochers à pic au nord et à l’ouest. On y retrouve des traces d’une fortification permanente entre autres quelques embrasures dirigées contre le vallon de Cairos. Cette position à l’inconvénient d’être dominée encore de plus près que celle du fort de Saorge.

Mais elle enfile parfaitement la route et elle voit sur une très grande étendue le vallon de Caisros dont l’ancien fort pourrait battre à peine l’entrée.

Nous venons de passer en revue toute la ligne qu’occupaient les Austro-Sardes après l’affaire du 8 juin 1793. Il nous reste à compléter cette description pour quelques données sur les positions où se trouvaient leurs réserves.

 

 

 Vallon de Cairos. Position de Fromagine

Le vallon de Cairos, au nord de la crête allant de Millefourches à Saorge est un des principaux vallons secondaires du terrain reconnu. Le chemin qui le parcourt est carrossable sur une très grande étendue. Sous la république les Austro-Sardes l’avaient rendu praticable pour leur artillerie jusqu’à l’Aution.

Le fond du vallon est plat presque partout sur une centaine de mètres de largeur. Il est bordé au nord de rochers de calcaires nus. Au sud il est limité par des pentes uniformes, parfaitement boisées et dont le pied est presque partout soutenu par des rochers.

Le lit du vallon monte légèrement jusqu’à Fromagine (1310) ou il s’élargit brusquement. C’est là que l’histoire militaire du Piémont place la réserve de nos adversaires en 1793.

On montre encore quelques ruines de maisons qu’on avait affectées aux ambulances. La position de ce camp était assez centrale par rapport à la ligne de défense depuis Béola jusqu’au Capelet. Elle n’avait qu’un défaut : c’est de se trouver à 700 mètres au dessous des positions de l’Aution et de Raous et à 1300 m au dessous du Capelet. C’est beaucoup trop car on monte difficilement plus de 400 mètres en une heure. Au point de vue matériel la position du camp était excellente. L’eau et le bois s’y trouvent en abondance. La température y est relativement douce. On aurait même pu profiter de ces avantages pour concentrer sur ce point la plus grande partie des troupes de Raous et de l’Aution pendant les grands froids. Les neiges qui encombrent les hauteurs en hiver les rendent inattaquables, de sorte qu’il eût suffi de les garder par un petit nombre d’hommes.

Dans la bonne saison il eût peut-être été plus avantageux d’établir deux petites réserves plus à portée des points à secourir tout en laissant les magasins et les ambulances à Fromagine. L’une d’elle établie au Plan de Cavale eût été dans une position rentrante et centrale par rapport à tous les ouvrages de l’Aution et de Millefourches. L’autre eût pu être placé au vallon de Giandase situé en arrière de la ligne de Raous au Capelet et dont il a été question plus haut. Cette réserve eût pu arriver à Raous bien plus rapidement qu’en partant de Fromagine. Elle eût en outre l’avantage de n’être qu’à 200 mètres au dessous du camp de Prampeiasque.

 

Plateaux au nord du vallon de Cairos.

Entre le vallon de Cairos et le faîte qui sert de frontière depuis la cîme du Diable jusqu’à Bergure, existe un contrefort beaucoup plus large que ne le sont généralement les différentes crêtes des Alpes Maritimes.

Il se dirige vers Fontan et est limité au nord par le vallon très encaissé de Céva.

Les plateaux de ce contrefort sont formés de vallées sans issues perpendiculaires à la direction générale. Près de l’origine, de belles pelouses permettraient facilement l’établissement de camps fort étendus. L’eau et le bois s’y trouvent en abondance au Vallon de Céva.

Ces plateaux ont déjà été occupés du temps des guerres de 1744 à 1747. On y remarque les restes de deux constructions carrées à la naissance du contrefort, l’un au col de Praé, l’autre au col de Causéga. Toutes les deux sont beaucoup plus grandes que les maisons d’habitations. Les traces de baraques qu’on trouve auprès de chacune de ces ruines font supposer qu’elles étaient destinées à barrer les chemins allant de Fromagine et de Raous à St Dalmas. La carte de Bourcet, quoique très mal faite dans ces parages, accuse du reste des ouvrages de fortifications passagère existant en ce point. On y compte également des traces de baraques, qui, par leur analogie avec les traces dont il a été question plus haut, paraissent remonter aux guerres de 1792 à 1794. D’après leur nombre, les cols de Praé et de Causéga pouvaient être occupés par environ 350 hommes. Cette supposition paraît d’autant plus admissible que les chemins partant soit de Raous, soit du Capelet, soit de la Fromagine, pour se diriger vers la Miniéra, passent tous ce point. On assurait ainsi la retraite des camps de Raous et des Fourches sur St Dalmas, dans la prévision que la gauche de la ligne pouvait être forcée la première.

Suivant l’histoire militaire du Piémont et d’après le témoignage cité plus haut, les alliés opérèrent leur retraite par ce point. Ils protégèrent leurs mouvements en occupant les plateaux qui s’étendent de là vers Fontan.  Le matériel et une partie des bagages avaient été évacués préalablement sur Tende par la grande route. Une partie des effets de campement avait été détruite par les alliés eux-mêmes, avant l’évacuation du camp des Fourches.

 
 

(P61) La crête qui partant de l’Aution sépare le bassin de la Vésubie de celui de la Bévéra est très étroite d’abord jusqu’au col de Tueis. Après ce point elle se relève et forme le sommet dit Tueis. C’est un plateau étroit d’environ 80 mètres de long bordé de pentes raides à l’est et à l’ouest.

On y remarque un ouvrage de campagne qui devait être solidement organisé. Il figure déjà sur les cartes de Bourcet sous le nom de Lestrech. C’est sans doute à son existence que ce sommet doit les noms de Castelet et de Donjon sous lesquels il est connu aujourd’hui dans le pays. 

Le Donjon est entouré d’une escarpe de 3 mètres environ taillée dans le roc, et suivant à peu près le contour du plateau. En quelques points on voit encore le parapet en terre qui surmontait cette escarpe. Au pied se trouve un chemin de ronde d’une largeur variable de 2 à 6 mètres et qui par un mur en bahut, battait directement les pentes du plateau. A l’ouest le chemin de ronde avait deux étages.

Ce qu’il y a d’intéressant à suivre dans les ruines de cet ouvrage, se sont les transformations qu’il a subies pendant les guerres de 1792 à 1794.

Le donjon a été enlevé en effet par les Français dès le matin du 8 juin 1793. Brunet y a établi immédiatement quelques pièces et est parti de là le même jour pour chercher à emporter le grand camp de l’Aution. On sait que cet assaut a été très malheureux. Pourtant grâce aux pièces établies sur le Castelet, cet ouvrage a pu être conservé et protéger ainsi la retraite des assaillants sur le camp d’Argent en arrière. Au commencement de l’hiver 1793 à 1794, le Castelet, de même que la position de Fougasse, au sud du camp d’Argent, ont été abandonnés par les Français. Au printemps suivant ces deux positions ont été récupérées par les Barbets malgré les neiges qui les encombraient encore.

Les changements que ces diverses occupations occasionnèrent dans l’ouvrage sont bien visibles.

On aperçoit deux chemins qui aboutissaient au chemin de ronde. L’un partant du col de Tueis a été fait par les Piémontais. L’autre part du camp d’Argent et paraît construit par les Français. Deux rampes mettent le chemin de ronde en communication avec le sommet du plateau. L’une à l’est, était défilée des positions françaises. L’autre à l’ouest, échappait aux vues des Austro-Sardes. (croquis n°15 fig 1 et 2)

Sur la rampe allant du col de Tueis au chemin de ronde, on voit encore les traces d’un épaulement.

Il abritait sans doute une batterie destinée à augmenter l’action du fort contre les attaques des Piémontais par la crête aboutissant à l’Aution. Cette batterie était indispensable pour battre le col de Tueis que la raideur des pentes mettait à l’abri des coups du Castelet.  Du côté des Français au contraire les pièces du fortin battaient parfaitement le col de Camp-d’Argent.

Les pentes au nord du Castelet étaient boisées autrefois presque jusqu’au sommet. Mais pendant l’occupation de 1793, les arbres ont été coupés et n’ont pas repoussé depuis. On trouverait actuellement le bois du côté de Camp-d’Argent. L’eau ne se trouve pas moins loin, aux sources de la Bévéra au sud de ce col.

 

Position de Camp-argent ou Camp d’Argent.

 

(p62) Après le Castelet, la crête s’élargit et s’abaisse doucement vers la baïsse de camp-argent. Le terrain en cet endroit est très propre à l’installation d’un camp. (16 fig 1)

L’eau et le bois se trouvent à proximité, au sud du col. On y remarque les traces d’un retranchement HGI qui protégeait la position contre les assaillants venant de la Bévéra par le Vallon de St Martin.

Ce retranchement paraît avoir été démoli par les Français après la prise, il est à peine visible aujourd’hui. Au col de camp-argent même, il était appuyé à une petite redoute H ; à l’est il s’étendait jusqu’aux pentes raides qui pouvaient être battues directement par le chemin de ronde du Castelet et que les ouvrages de l’Aution voyaient de revers.

Le Camp d’Argent était occupé par les Austro-Sardes pendant l’hiver de 1792 à 1793 jusqu’au 8 juin. Les Français l’ont occupé ensuite jusqu’au commencement de l’hiver suivant. Il est probable qu’ils ont profité des installations des Piémontais ; car les traces du camp sont analogues à celles qu’on retrouve à l’Aution. Du reste, les installations des quartiers d’hiver étant toujours plus persistantes que celle des camps occupés en été, on peut attribuer hardiment aux Piémontais les baraques qu’on remarque à campargent. Elles permettent d’estimer ainsi l’effectif des défenseurs Austro-Sardes à 15 ou 1600 hommes en y comprenant les cadres .

 

Position de Fougasse dit Mantégas.

(dessin n°16 fig 3.)

 (P63) Au sud du col de Campargent la crête se relève doucement de 50 mètres environ et fourni le sommet dit Fougasse et qu’on appelle également Mantégas dans le pays. C’est un plateau d’environ 200 m de long et ayant une largeur variable de 50 à 80 mètres. Il est parfaitement gazonné et bordé de pentes boisées de toute part. Entre les mains des Austro-Sardes cette position couvrait le camp d’Argent contre les républicains arrivant par la forêt de la Frage au sud et par la crête qui aboutit à la Bolène.

On y voit divers ouvrages (dessin 16 fig 3).

A l’extrémité nord ouest du plateau se trouve un retranchement D avec de petits fossés et une barbette C en arrière pouvant abriter une pièce. L’action de cet ensemble était dirigée contre les colonnes cherchant à aborder la position en se glissant le long des pentes d’un contrefort s’étendant vers l’Aiguette. Il est probable que ces ouvrages ont été utilisés après leur prise par les Français le 8 juin, car ils sont assez bien conservés.

Il n’en est pas de même de la ligne E établie au premier changement de pente du versant de la Bévéra, et qui, comme de celle de Campargent était dirigée contre les assaillants venant par la vallée de Moulinet.

En arrière de cette ligne et sur l’extrémité sud du plateau existe une lunette A dirigée contre les Austro-Sardes. Elle n’a pas de fossés. En l’examinant attentivement on voit que cet ouvrage a été fait par les alliés et qu’il a été retourné. On reconnaît en effet deux faces qui figuraient en pointillés sur la figure 3. Les Austro-Sardes donnaient ainsi un appui à la ligne E et battaient parfaitement la crête qui relie Fougasse à un plateau allongé à l’est Fougasse Sui.

Outre les ouvrages décrits ci-dessus, on voit encore une sorte d’embuscade en pierres sèches établie dans les rochers à l’ouest du plateau. Elle parait d’origine française.

Entre les ouvrages A et C se trouve un amas de terre B dont la forme rappelle celle d’une redoute. Il y a tout lieu de croire que c’est un retranchement fort ancien qui a été démoli.

Les Austro-Sardes chargés de défendre la position de Fougasse devaient camper presque tous à Campargent car les traces de baraques qu’on trouve sur ce plateau sont presqu’insignifiantes. Les Français qui ont occupé Fougasse à partir du 8 juin 1793 pour l’abandonner au commencement de l’hiver suivant, n’ont pas laissé de traces sensibles. Mais on sait par l’histoire militaire du Piémont qu’après la réorganisation des postes par Kellermann, Fougasse était occupé par 6 bataillons. Ces troupes ne pouvaient pas être campées entièrement sur les plateaux de ce nom, et il est probable qu’outre ces plateaux, l’auteur comprend sous le nom de Fougasse les positions de Campargent et du Donjon.

A partir de Fougasse sud la crête principale s’abaisse rapidement et gagne par un col allongé le bois de Frage situé sur le versant nord de la Calmette. C’est par là qu’en cas d’échec devait s’effectuer la retraite des nôtres sur le bois en arrière.

 

Position de Sébagon

A l’ouest de Fougasse sud et à un niveau un peu inférieur se trouve la vacherie dite de Mantégas. Un contrefort large, cultivé et très propre aux mouvements de troupes s’étend de ce point presque horizontalement, jusqu’à la crête rocheuse de Malacrata. Il est formé par une série de petits sommets dont le principal est Sébagon qu’on appelle aussi Sabas.  Selon nous, les ouvrages établis à la droite de Fougasse et défendus par deux bataillons Français dont parle l’histoire militaire du Piémont, devait se trouver sur cette crête entre la vacherie de Mantégas et le Sébagon. La position était excellente pour protéger la retraite des défenseurs de Fougasse sur la forêt de la Frage en arrière. La nature du sol permettait d’y établir facilement de bonnes communications. Les sources sont abondantes sur les pentes au sud de cette crête, comme à l’est et au sud de Fougasse. Le Sébagon est protégé de face par l’Aiguette qui forme un immense fossé naturel, dont les pentes sont assez raides et boisées jusque sur les sommets mêmes. Le point le plus abordable était la droite, mais on pouvait de côté se retrancher solidement en utilisant les bois qu’on avait sous la main. Et d’ailleurs les pièces de Sébagon pouvaient facilement maintenir l’ennemi en respect jusqu’à ce que la retraite des défenseurs de Fougasse sur Frage soit assurée.

 

Chemins aboutissant aux positions de Fougasse de Campargent et du Donjon
Avant de continuer la description de la crête au sud du col de Tourini, il est bon de dire un mot sur les communications qui donnent accès aux positions qu’on vient de décrire.

De l’Aution part un chemin muletier qui se maintient sur les hauteurs jusqu’au dessus de Lucéram. Nous l’appellerons dans ce qui suit le chemin de la crête. Il arrive au col de Tueis en suivant la crête aiguë de Provérière. Dans cette partie le chemin est généralement bon mais étroit. Il serait facile à améliorer.

De la baïsse de Tueis on arrive encore au camp des Fourches par un sentier praticable aux mulets. Il aboutit au col de Millefourches et descend de là à la vacherie de l’Aution. Un autre sentier muletier descend également du col de Tueis à la vacherie de l’Arthiguière sous la naissance du Mont Aution.

A partir de la baïsse de Tueis, le chemin de crête contourne le flanc est du donjon et arrive au col de Campargent. Il suit l’ancien camp d’Argent, plateau en pente douce très facile à parcourir ; de sorte que sur ce point le chemin est mal défini, mais on passe partout.

La baïsse de Campargent communique avec le fond du vallon de l’Aiguette par un sentier muletier contournant le Castelet à l’ouest. Elle est reliée également par un sentier peu suivi avec l’origine de Bévéra.

A partir de la baïsse de Campargent le chemin de la crête se biffurque en deux contournant de part et d’autre les plateaux de Fougasse et se réunissant à la baïsse de Tourini. Celui du sud est le chemin généralement suivi. Il est très mauvais en certains endroits. Mais avec quelques coups de pioche on pourrait en faire un chemin excellent, le terrain se composant d’un rocher friable facile à entamer. Le chemin contournant Fougasse au nord arrive à la vacherie de Mantégas ; dans cette première partie il est assez bon et la pente du terrain est relativement douce. Mais entre la vacherie et le col de Tourini il serpente dans le même terrain, est aussi mauvais que le chemin au sud de Fougasse. A partir de la vacherie de Mantégas on suit avec la plus grande facilité la crête de Bolène jusqu’au col de Malacrata. A une faible distance, près de la baïsse de Lei Colas, on rencontre un chemin descendant dans le vallon de l’Aiguette. Il est bon dans le haut et serpente sur un contrefort de grès friable. Près du fond du vallon, il est assez mauvais. Le chemin servait à l’exploitation des bois de l’Aiguette, alors le chemin muletier suivant ce vallon n’était pas encore construit.

Du col de Malacrata on peut en suivant le versant sud, gagner par un très mauvais sentier praticable aux mulets, le chemin allant de Bolène au col de Tourini.

Ce dernier chemin forme la communication la plus directe entre les vallées de la Vésubie et de la Bévéra. Il est assez bon. Aux environs du village de Bolène, il est assez bien entretenu.

Le col de Tourini est relié à Moulinet par un chemin muletier qui devient très mauvais avant d’arriver au fond de la vallée. Il se biffurque en deux dans le bois de la Prage. Le plus fréquenté est celui qui descend au confluent des trois ruisseaux formant la Bévéra et rejoint à ce point le chemin muletier allant de l’Aution à Moulinet.

 

 

 

Plateau de la Calmette

Au sud du col de Tourini se trouve un plateau gazonné en forme de fer à cheval. Il est bordé au sud par un précipice presque à pic et couvert au nord par le magnifique bois de la Frage ; à l’est, il se prolonge par une crête aigue s’avançant dans le cirque de Moulinet ; à l’ouest il s’appuie au bois de la Maïris et se rattache à Lantosque par un contrefort dont les pentes sont extrêmement raides de part et d’autre.

Le plateau de la Calmette était couronné par un retranchement en terre très peu visible maintenant. On trouve encore des abattis sur le haut des pentes nord. D’après les traces de baraques les alliés devaient avoir sur ce point un bataillon de 700 hommes environ . Ce camp était leur poste avancé pendant que nos troupes étaient établies en arrière du bois de Peira-Cava.

Après le 8 juin nous devions avoir à la Calmette la réserve des troupes établies à Fougasse.

A partir de la Calmette la crête se dirige du nord au sud vers Nice ; elle est bordée de véritables précipices du côté de Bévéra ; du côté de la Vésubie au contraire le haut du versant est très doux 

Cime de Pourcel

Près de la cime de Pourcel et de Peira-Cava. Les pentes ouest s’adoucissent encore et forment d’assez larges plateaux. C’est sur ces plateaux que nous avions notre centre après les premiers combats de 1793. A Peira-Cava on remarque une foule de trous informes : ce sont sans doute les traces de huttes que les soldats s’étaient construites.

 

Moulinet

Un contrefort se détache de la cime de Pourcel vers Moulinet. On y remarque quelques traces de postes représentées sur la feuille aau 1/20 000. Au dessus de Moulinet le contrefort se relève et forme le plateau de la Cima à l’altitude 1335. C’est là qu’était la fameuse redoute de Moulinet que le général Biron voulut emporter des les premiers jours du printemps 1793 .

Le village situé au pied de la Cima était le repaire des Barbets qui venaient journellement harceler nos avant postes . Il est séparé des hauteurs au sud par un ravin profond qui rendait la position difficilement attaquable de ce côté.

 

Communications aboutissant à Moulinet et à Pourcel

Deux chemins conduisent à Moulinet, l’un arrive de Lucéram par le col de l’Almeau, l’autre venant de Sospel suit la Bévéra et traverse des défilés très imposants : ce dernier est assez bien entretenu. Dans un avenir peu éloigné, Moulinet sera relié à Sospel par un chemin vicinal carrossable.

La cime de Pourcel est séparée de la Calmette par la baïsse de Pastronnel, où passe le sentier muletier allant de Moulinet à Lantosque. Ce chemin suit le versant nord du contrefort décrit plus haut, il est par endroits assez mauvais jusqu’à la baïsse de Pastronnel. De là on peut gagner Lantosque soit en traversant le bois de Maïris et suivant le vallon de St Colomban, soit en descendant par le versant sud du vallon de la Frage. Le premier chemin est préférable en ce qu’il est plus court et meilleur. Le second tombe dans le chemin allant de Lantosque au col de Tourini. Celui-ci est bon presque partout, mais la traverse par laquelle on y arrive ne l’est pas au même degré.

 

Peira-Cava. Chemin de Moulinet à Lantosque par la baïsse de Peira-Cava.

Au sud de la cime de Pourcel se trouve le col de Peira-Cava (1503) et plus au sud le sommet de ce nom (1582). De ce dernier point se détache vers l’est un contrefort passant par le SSimoun et se terminant à la chapelle de M. S. de Menoura au sud de Moulinet. Du côté de la Vésubie descend le contrefort sur l’extrémité duquel est l’église de St Arnoud et le hameau de Louda.

Un médiocre chemin muletier relie Moulinet à Lantosque par ces deux contreforts et par le col de Peira-Cava.

 

Pra de la Court

Au sud de Peira-Cava le haut de la chaîne s’élargit, forme le Plan de la Court qu’on appelle aussi Pra de la Court, et se rétrécit ensuite en descendant toujours très peu jusqu’au col de la Cabanette. La crête est ou cultivée ou peuplée de sapins. Les escarpements du côté de la Bévéra sont toujours très raides. Le versant ouest est relativement doux.

 

Chemin du col de Tourini à baisse de Cabanette

Le chemin de la crête suit ce versant depuis le col de Tourini. Il traverse un terrain de grès friable, presque sablonneux. A part quelques tournants dans les bois de la Maïris et de la Frage ; il est généralement bon, et il pourrait à peu de frais être rendu praticable aux voitures jusqu’au-delà de Rocaillon. En beaucoup d’endroits il est dallé avec un grès schisteux qui se découpe naturellement en parallélogrammes. Ce dallage date de l’occupation de ces hauteurs par les Français.

Près de la limite sud du bois de la Maïris, on voit sur le bord du chemin, deux constructions en pierres sèches avec créneaux. Sur les plateaux en arrière il n’y a pas de vestiges intéressants se rapportant aux guerres des Alpes Maritimes.

 

Baïsse de la Cabanette (croquis 17 fig 1)

(P70) A la baïsse de la Cabanette seulement on voit un ouvrage en pierres sèches. C’est un bonnet de prêtres, dont nous donne une idée par la figure 1 du croquis 17.

La disposition intérieure est compliquée par plusieurs traverses également en pierres sèches. Date-t’il de 1744 ou de 1792. On ne peut le préciser. Toujours est-il qu’il était parfaitement placé pour surveiller à la fois, les mouvements de troupes que nous pouvions faire du côté de la Vésubie et du côté de la Bévéra. C’était sans doute là que se trouvait un poste avancé Piémontais au commencement de l’hiver 1792 à 1793. Le col au sud est très resserré et pourrait être facilement barré. Les pentes à l’ouest sont raides. Du côté de la Bévéra se sont des précipices.

 

Chemin de la baïsse de la Cabanette à Lucéram

Deux chemins partent de ce col en enveloppant le Roccaillon (1477). L’un descend rapidement en suivant le versant est, il aboutit au col de l’Almeau (1005) sur le chemin de Lucéram à Moulinet. C’est un assez bon chemin muletier. L’autre se maintient encore quelques temps sur la crête et descend ensuite par de nombreux lacets au col de St Roch (980) situé au sud du col de la Porte qui, comme on le sait, sépare le bassin de la Vésubie de celui du Paillon. Ce chemin est le vrai prolongement du chemin de la crête. Il avait été rendu carrossable par les républicains. Les rampes qu’ils avaient faites pour relier le Roccaillon au col de St Roch étaient dallées et soutenues par des murs en pierres sèches aujourd’hui détruits en beaucoup d’endroits. Ces rampes sont trop douces pour un chemin muletier de sorte qu’on suit actuellement de préférence un mauvais sentier serpentant au milieu d’elles.

 

Le Roccaillon

Le Roccaillon, sur le versant est duquel se développe ce chemin est gazonné, planté de pins et bordé de rochers très escarpés du côté regardant Lucéram et Moulinet.

Après le Roccaillon la crête s’abaisse brusquement comme il a été dit plus haut et se biffurque en enveloppant de ses rameaux, le bassin du Paillon. Ces deux crêtes formant une nouvelle ligne de défense bien distincte, n’ont plus de rapport direct avec la reconnaissance des hauteurs entre Lantosque et Saorge.

 

Position entre la Vésubie et le vallon de Graous 

 (croquis n°1, 11 et 17)

 

(P72) Position de la Valette. Col de Férisson sur le chemin de ND de Fenestre à Roccabiglière et à Belvédère.

Les contreforts qui découpent la Vésubie au nord de Levens et du col de la Porte se rattachant directement aux différentes hauteurs dont l’étude fait l’objet de ce mémoire. Nous en commencerons la description par les positions qui ont été occupées au Nord de Roccabiglière et de Belvédère.

Le contrefort descendant de la cime de la Vallette vers Belvédère est découvert et bordé de rochers granitiques du côté de la Gordolasca. Il forme avec la branche descendant vers St Martin Lantosque un cirque élevé (2200) couvert de mousse et de pâturages au pied duquel le Spaillard prend ses sources.

On pourrait y établir des camps cachés aux vues ennemies par les crêtes enveloppantes. On occuperait aussi le col de Férisson où passe le chemin muletier de N.D. de Fenestre à Belvédère. Ce chemin, bon sur les hauts plateaux, est, par places, extrêmement mauvais. Un peu en dessous du cirque il se biffurque ; d’un côté il conduit à Belvédère en longeant les pentes ouest du contrefort ; de l’autre on descend par le Spaillard à Roccabiglière. Ces deux tronçons sont souvent mauvais. Le premier pourtant serait facile à améliorer.

 

Sentier de Raous à N.D. de Fenestre

Un camp en arrière du col de Ferisson intercepterait également le sentier qui va de Raous à ND de Fenestre. Ce chemin n’est guère suivi aujourd’hui que des bergers. Il descend de la baïsse de Prals dans la Gordolasca en suivant un terrain de pâturage dans lequel il se perd fréquemment. A partir de la Gordolasca, il remonte la rive gauche de ce ruisseau et arrive par la cabane de l’Adret à Raous, en suivant les pentes douces au nord de Terra Rossa où les Austro-Sardes avaient un ouvrage avancé.

Il est probable que le cirque de l’Espaillard décrit ci-dessus a été occupé par les Français, qui avaient pendant quelques temps leur extrême gauche à N.D. de Fenestre.

 

Position de Tres-Crux

Plus tard la ligne s’est avancée moins vers la crête des Alpes, et alors les républicains se sont contenté d’occuper par une redoute la position de Tres-Crux. C’est un plateau situé sur la crête allant de la Valette à Belvédère. On montre encore l’emplacement du camp aujourd’hui sur un plateau gazonné et couvert de pierres très grosses. Selon toute apparence, il était retranché par un mur en pierres sèches. La position de Tres-Crux est très éloignée de l’eau et assez éloignée du bois. Ces ressources se trouvent au contraire abondamment dans le cirque de l’Espaillard en arrière de Férisson.

Au point de vue de la défense la position de Tres-Crux était trop dominée pour pouvoir être bien défendue. Mais l’occupation de ce plateau était nécessaire du moment qu’on était résolu de tenir à Belvédère.

 

Position de St Jean au-dessus de Belvédère

(croquis 17 fig2 et fig 3)

(P73) Après le plateau de Tres-Crux, la crête s’abaisse rapidement et forme une croupe allongée au dessus de Belvédère entre la Vésubie et la Gordolasca. Toute cette croupe et les pentes qui la bordent sont cultivées et d’un parcours facile. Elle est couverte de beaux châtaigniers dans le haut et d’oliviers dans la partie inférieure vers le confluent des deux ruisseaux qui l’enveloppent.

Sur cette croupe à l’altitude (995) existe une légère dépression. C’est là que passe le chemin principal de Roccabiglière à Raous. Une assez grande chapelle en ruine se voit à quelques pas au nord du chemin. C’est la chapelle St Jean près de laquelle les républicains avaient établi un camp, faisant face à l’est contre les assaillants de Raous. Le croquis 17 fig 2 et 3 représente les ruines de la Chapelle elle-même devait servir de réduit aux défenseurs de cette position qui occupaient sans doute toute la partie supérieure de la croupe.

Le camp de St Jean enfilait ainsi à la fois le vallon de Graous et la vallée de la Gordolasca qui détourne son cours au pied du plateau. 

 

Chemins descendant de Raous à Belvédère.

Entre ces deux ruisseaux le contrefort de Trémenille se termine par une crête étroite à la naissance de laquelle se biffurque le chemin descendant de Raous vers la Vésubie. 

D’un côté on arrive presque de niveau à Saint Jean ; de l’autre on descend directement sur Belvédère. Le point est relié en outre à Raous par un chemin longeant, tantôt le fond, tantôt les versants du vallon de Graous dans presque toute son étendue. Tous ces chemins faciles à parcourir surtout dans leur partie inférieure, se présentent perpendiculairement au plateau de St Jean. On comprend donc l’utilité d’occuper cette position. Le front du camp de St Jean était couvert par la Gordolasca ; sa droite s’appuyant au village de Belvédère qui pouvait être solidement organisé ; mais sa gauche n’était protégée que par la redoute de Tres-Crux. Une fois celle-ci tombée au pouvoir de l’ennemi, la position de St Jean ne pouvait donc tenir contre un assaillant ayant pour lui l’impulsion de la pente et la facilité de surveiller les mouvements des républicains. Le peu de résistance que cette position a opposée à l’attaque du 8 septembre 1793, parait du reste confirmer cette opinion.

 

Plateau de Tréménille. Caïre de Castellaroun.

(croquis 11)

D’après l’histoire militaire du Piémont les républicains occupaient outre les positions décrites plus haut, un ouvrage appelé la redoute du Caïre. Cette position devait être celle connue sous le nom de Caïre de Castellaroun sur le plateau de Tréménille entre la Gordolasca et le vallon de Graous. Le plateau passe en effet pour avoir été occupé par les Français. Ils y avaient sans doute un avant poste du camp de St Jean, pour surveiller le haut de la Gordolasca qui échappe aux vues de ce camp.

Le plateau de Tréménille figure au premier plan dans le dessin n°11, à l’horizon on voit les positions inabordables que les républicains avaient à enlever devant eux.

 

Ressources du camp

Le plateau de Tréménille est cultivé et facile à parcourir. Le bois peut être pris sur les pentes nord. On y trouve un peu d’eau. Mais celles de la Gordolasca qui coulent au pied de ce plateau sont excellentes et très limpides même en temps de pluie. Ce ruisseau charrie un volume d’eau considérable qui alimente et irrigue toute la croupe de Belvédère. L’origine des canaux de dérivation est sous le Caïre de Castellaroun. Outre le but signalé plus haut, l’occupation de ce point était donc indispensable pour protéger la tête des canaux alimentant le col de St Jean.

 

St Julien

Après Belvédère, le contrefort, toujours cultivé descend en pente assez douce entre la Gordolasca et la Vésubie. Près du confluent, ces deux cours d’eau se rapprochent et laissent entre eux un plateau peu élevé. C’est la position de St Julien. D’après l’histoire militaire du Piémont, les nôtres y avaient élevé une redoute.  La couche végétale très épaisse permettait du reste de lui donner un profil très fort. Mais plongée comme elle l’est par les hauteurs de la rive droite de la Vésubie, dominée de face par Belvédère, cette redoute ne pouvait faire qu’une courte résistance.

Selon les anciens du pays le quartier général et les magasins étaient à St Julien. 

 

Belvédère

Un coup d’œil sur la carte fait reconnaître l’importance de Belvédère pour la défense du camp de St Jean. C’est par là que passent tous les chemins descendant de la Vésubie en venant soit de Raous soit de N.D. de Fenestre.

Le village étant solidement occupé, pouvait empêcher le camp de St Jean d’être débordé à droite. Par rapport à l’attaque descendant de Tres-Crux il formait le réduit de la position et protégeait la retraite sur St Julien. Le village de Belvédère est en effet susceptible d’une défense plus prolongée que les autres points du camp. Il est caché aux vues rapprochées de l’ennemi arrivant par Tréménille et il est trop plongé par la redoute de Tres-Crux pour avoir à redouter l’artillerie de cette position. Au milieu du village existe une assez grande place ou l’on peut concentrer une bonne réserve prête à secourir les points les plus menacés.

 

Réflexion sur l’ensemble des positions entre la Gordolasca et la Vésubie

[…] Les positions n’ont pu faire une résistance sérieuse contre l’attaque des Austro-Sardes le 8 septembre 1793. Elles ne pouvaient avoir, en effet, une valeur réelle qu’à condition de les appuyer aux hauteurs enveloppant le cirque de Spaillard sous le col de Férisson. Mais alors on occupait une ligne convexe d’un très grand développement pour protéger une petite étendue. A cet inconvénient se joignait celui d’avoir entre la droite et la gauche une différence de niveau de 2000 mètres. Un ordre ne pouvait parvenir ainsi du quartier général à Férisson en moins de 4 ou 5 heures. […]

 

 

 

(P 78) Cime de Villars, Cima Longa, Redoute du Pin (croquis n°17 fig 4)

Avant de continuer la description de la rive gauche de la Vésubie il y a lieu de dire un mot sur les hauteurs de la rive droite au nord de Lantosque.

En 1793, les Français s’étaient emparés de ces hauteurs pour protéger leurs camps au fond de la vallée. Ils avaient fortifié les sommets de Villars, de Cima Longa et plus en arrière ils avaient établi une redoute dite du Pin. On reconnaît encore la redoute de Cima Longa. Elle est représentée sur le croquis n°17 et sur le plan au 1/20000.

Ces diverses positions se trouvent à l’extrémité d’un contrefort descendant en pente douce du Tournaïret et se dirigeant sur Lantosque.  A partir de la Cima Longa (1185) encore très élevé au dessus de la Vésubie, la crête descend rapidement ?

On ne peut se dissimuler que cette position était difficile à bien défendre. On y arrive en effet de tout côté.

 

Chemins arrivant sur ces hauteurs

(croquis n°18 )

Un bon chemin muletier y descend en venant du Tournaïret. On peut y monter en outre par de nombreux chemins en venant de la rive gauche de la Vésubie.

A Roccabiglière la vallée est large ; les pentes inférieures de la rive droite sont assez douces et faciles à parcourir. On débouche au pied de ces pentes, soit par le pont en bois de Roccabliglière (croquis 18) soit en passant à gué la Vésubie qui coule ici dans un lit large et par suite ordinairement guéable.

 

Chemins convergeant vers Roccabiglière

A Roccabiglière même on peut arriver de tout côté, après la prise des camps de Belvédère on y descend de St Martin Lantosque par un chemin muletier en suivant la rive gauche de la Vésubie.

Le chemin est bon, mais il traverse les nombreux ruisseaux descendant des hauteurs de Férisson, de sorte qu’à la moindre crue un peu forte, cette communication est interrompue.

Quoique cet inconvénient se présente fréquemment en automne, on ne fait rien pour y remédier. On arrive encore à Roccabiglière par l’Espaillard en venant de N.D. de Fenestre, et enfin par un bon chemin muletier descendant de Belvédère, où se rencontrent les chemins venant de Férisson, de la Gordolasca et de Raous.

 

Chemins aboutissant à Lantosque

En aval de Roccabiglière le chemin de la vallée, actuellement pratiqué, suit le pied des hauteurs de Cima-Longa et arrive au col de Lantosque en restant toujours sur la rive droite de la Vésubie. C’est un bon chemin muletier. Les pentes qui le séparent de la crête sont faciles à parcourir, malgré leur forte inclinaison, et sillonnées de plusieurs sentiers ou chemins praticables aux mulets aboutissant tous à Lantosque. Le versant est couvert de pins et de châtaigniers à la faveur desquels on peut se glisser jusqu’au sommet. L’autre versant qui sépare la crête du ruisseau de Lantosque n’est guère moins facile à parcourir. Plusieurs chemins le longent et aboutissent également à Lantosque ; l’un d’eux vient de Roccabiglière par le col en amont de la tête de Villard.

 

Inconvénient de la position

Il résulte de ce qui précède que les positions que les Français avaient occupées sur ces hauteurs pouvaient être abordées et enveloppées de tout côté. Et des redoutes, quoique placées sur de petites éminences rocheuses ne pouvaient faire une résistance bien énergique, les défenseurs étant trop exposés à avoir la retraite coupée.

Malgré ces inconvénients la défense des 3 redoutes du Villars, de Cima Longa et du Pin, fut très brillante le 8 septembre 1793. Une poignée de républicains tint tête au duc d’Aoste depuis 8 heures du matin jusqu’au midi.

Complétons la description ci-dessus en ajoutant qu’on trouve des sources sur les versants de ces hauteurs, principalement sur celui du ruisseau de Lantosque. Quant au bois au l’a vu sur place ; la crête est couverte de pins.

 

 

Description d’ensemble

Le vallon de l’Aiguette est précédé par le contrefort qui descend de la cime del Tuor (2152m) au sud du vallon de Graous. La crête très étroite dans une partie de sa longueur, se maintient très élevée jusqu’à la pointe de Ruggiero. Là elle s’abaisse rapidement devient rocheuse et reste pendant très longtemps à peu près de niveau. Le versant nord est extrêmement raide et bordé fréquemment de rochers presqu’à pic. Le versant sud est une pente rocheuse nue et assez conforme.  Un sentier interrompu par moments parcourt le faîte dans toute sa longueur en venant de Castéo et de Ruggiéro ; il contourne plusieurs petits sommets toujours très élevés jusqu’au Caire de St Selvaire.

 

Traces d’ouvrages qu’on retrouve sur cette crête.

Cette crête a été occupée par les Français dès le printemps de 1793. D’après l’histoire militaire du Piémont ils avaient établi une redoute à Vesco ; c’est le premier sommet qu’on rencontre en venant de Ruggiéro. Il ne pouvait y avoir là qu’un poste avancé. On n’y trouve pas de traces de redoute, mais on reconnaît que ce point a été occupé.

Sur les sommets plus à l’ouest, au contraire, on rencontre de nombreuses traces de baraques en pierres sèches et quelques petits postes. Sortes de grandes embuscades pour l’établissement desquels on avait habilement tiré parti de la forme des rochers. (fig 5 6 7 8 croquis n°17) donnent une idée de ces vestiges. Ils se trouvent surtout sur les petits sommets rocheux entre Vesco et le Caire de St Selvaire. Tous les petits ouvrages ouverts sont dirigés contre la Vésubie et il n’est pas douteux qu’ils proviennent de l’occupation Sarde postérieure au 8 septembre 1793. Du côté de l’Aiguette dont la crête est séparée par des pentes raides, rocheuses et assez uniformes pour être bien battues, les Sardes n’avaient pas à redouter une attaque bien sérieuse. C’est par cette suite de postes que nos adversaires reliaient les occupations de la vallée de la Vésubie avec le camp de Raous et de Millefourches. Leurs communications se faisaient en arrière par les deux chemins qui descendent de Raous vers Belvédère en suivant le vallon de Graous.

 

Positions de Castéo interceptant les communications entre Bolène et St Véran

D’après les traces dont il vient d’être question on peut attribuer aux alliés les dispositions suivantes. Un petit camp d’une compagnie (19 baraques) était établi sur les pelouses du col de Castéo. Il barrait le chemin muletier qui va de Bolène à la Baïsse de St Véran en longeant les pentes de rive droite de l’Aiguette. Un embranchement de ce chemin contourne le contrefort de Castéo en suivant des pentes rocheuses souvent fort escarpées. Des postes détachés, dont on voit encore les traces, surveillaient cette traverse peu importante du reste. Ils observaient également les mouvements que les nôtres pouvaient faire sur la rive gauche de l’Aiguette. Des précipices effrayants séparent le contrefort de Castéo de ce versant, sur lequel n’existait alors qu’un mauvais sentier très dangereux. Il y a quelques années seulement que la commune de Bolène l’a amélioré sur les plus mauvais points. Il arrive à la baisse de St Véran après avoir traversé l’Aiguette dans le bois au nord du Sébagon, bois qu’on exploitait autrefois par le chemin muletier montant vers la vacherie de Montégas, et dont il a été question plus haut.

 

Pointe de Ruggiéro

La pointe de Ruggiéro au nord de Castéo était également occupée. C’est un sommet rocheux difficile à aborder, à partir duquel la crête descend rapidement de 200 mètres et qui était protégé au nord par le camp de Castéo.

Du printemps 1793 au 8 septembre de la même année l’occupation Piémontaise se bornait à Ruggiéro et Castéo, deux points aussi difficiles à enlever que bien placés pour surveiller nos mouvements. Dans l’affaire du 8 juin Serrurier était chargé de la tâche difficile d’attaquer cette position. L’ouvrage de Jomini comme celui de Pinelli n’est pas clair dans le récit de cette attaque. Ce qui reste constant, c’est qu’il avait mission de se porter sur la cime Del Tuor qui dominait la position de Raous. L’attaque a été vigoureusement menée, mais sans succès. Serrurier après un premier échec forma en colonne ses réserves qui furent également ramenées. D’après les auteurs cités plus haut tout porte à croire que la principale attaque eut lieu par le sentier de la crête.

Après le 8 septembre la position de Ruggiéro de Castéo devint un des points importants de la ligne allant de la cime Del Tuor à la Vésubie. Les points occupés à l’ouest peuvent se déduire des vestiges suivants.

 

Cime de Vesco

(P82) (croquis 17 fig 5 6 7 8)

Sur le sommet de Vesco on voit plusieurs traces de baraques. Au pied se trouve un épaulement (fig. 5) partie en rochers, partie en pierres sèches ; sa position, à peu près au même niveau que les sommets à l’ouest contre lesquels il est dirigé indique qu’il couvrait une batterie.

 

Positions diverses entre Vesco et le Caire de St Selvaire

A Borella on voit un ouvrage représenté (fig 6) avec trois traces de baraques. Sur la tête de Bezonna se trouvent des traces de baraques et un ouvrage dont une partie est formée par le rocher même (fig 7). Plus loin à Las Boljas on voit encore parfaitement 4 grandes baraques ayant environ 5 m de large, sur 10 de long. Le point pouvait donc être occupé par une centaine d’hommes. En avant, cette position était défendue par une redoute en pierres sèches de 20 m de long sur 13 m de large. (fig 8 croquis 17). A partir de là, la crête descend en pente douce jusqu’au col à l’Ost du Caïre de St Selvaire.

 

Caïre de St Selvaire.

A ce point la crête est occupée par un rocher à pic présentant deux sommets sur chacun desquels on avait préparé une plate forme. Sur celui au sud ouest se trouve une chapelle en ruine dite de St Selvaire. (St Sauveur) près de laquelle on voit les restes d’un retranchement en pierres très bien construit (croquis 17 fig 9). Il était dirigé contre la Vésubie et à évidemment été élevé par nos adversaires.

Cette position ne pouvait être attaquée par le col à l’est. Du côté de la Vésubie, elle présente des escarpements qu’on ne peut escalader qu’en s’aidant des mains, et qui couronnent les pentes raides descendant vers la rivière.

On ne comprend vraiment pas comment les Piémontais retranchés sur cette position n’ont pas pu résister à nos attaques du printemps 1793 ; car la crête en arrière avec ses sommets rocheux pouvait même être défendue pied à pied jusqu’à Ruggiero. On ne peut s’expliquer la retraite jusqu’à ce dernier point que par la crainte d’être coupés à Raous, par les colonnes poursuivant une partie des leurs après les avoir défaits à Roccabliglière.

Le Caïre de St Selvaire était une des positions françaises occupées après le 12 juin. Au nord de cette position serpente le chemin de crête descendant vers la Vésubie. Il suit le contrefort raide et arrondi reliant le Caïre de St Selvaire au camp de Flaout.

 

Camp de Flaout

Le plateau de Flaout était occupé par un camp français très important.

Le sommet du plateau est à l’altitude (868). Il est assez large et facile à parcourir. On y arrive de la Vésubie par plusieurs chemins muletiers. Ils aboutissent tous à une légère dépression située entre ce plateau et le Caïre de St Selvaire. C’est à ce même col que passe un chemin montant sur la crête et un des chemins allant de Belvédère à Bolène.

Le retranchement que les Français avaient élevé à Flaout se reconnaît encore aujourd’hui (plan 1/20 000). Il consistait en un mur en pierres sèches qui barrait le col s’étendait à l’est vers le Caïre de Salvaire en suivant le faîte, à l’ouest, il était appuyé à une redoute établie sur le plateau de Flaout et dont on n’aperçoit plus que quelques traces. Tous les ouvrages français de la vallée de la Vésubie sont du reste peu visibles. Beaucoup d’entre eux étaient en pierres sèches élevés à la hâte sur des terrains cultivés et n’ont pu résister à l’action du temps comme les ouvrages en terre établis par les alliés, sur des hauteurs fréquentées seulement par les bergers et les chasseurs.

 

Réflexions sur le camp de Flaout

C’est par le camp de Flaout que les Français ont protégé leur retraite le 8 septembre. Les positons au nord de Graous n’ayant pu résister longtemps et les ouvrages désignés sous le nom de Vesco, vivement disputé d’abord, ayant été évacués également, il eût été impossible de tenir Flaout sans le Caïre de St Salvaire d’où le camp est dominé.

Ces deux positions couvertes de face par la Gordolasca et à droite par un rocher à pic formaient ainsi un ensemble assez solide contre une attaque directe. Il n’en était pas de même contre une attaque directe. Il n’en était pas de même contre un mouvement tournant par la gauche. La différence de niveau entre Flaout et le fond de la vallée, assez large de ce côté, est rachetée par une pente douce facile à parcourir et sillonnée de nombreux chemins muletiers parallèles à la Vésubie.

Après la prise des redoutes de Villars, de Cima Longa et du Pin, le camp de Flaout était ainsi en l’air et séparé de la Vésubie par une large trouée. C’est ce qui explique l’évacuation du camp dans la nuit du 8 au 9 septembre devant un ennemi qui s’avançait vers Lantosque sur la rive droite de la rivière.

 

Ressources de la ligne allant de la cime del Tuor à la Vésubie

Au dessus du camp de Flaout se trouvent plusieurs canaux dérivant de la Gordolasca. Ils pouvaient facilement fournir l’eau nécessaire au camp mais au dessus du Caïre de St Selvaire on n’a pas la moindre goutte d’eau quant au bois, on n’a dans cette partie que les buissons de buis attachés au versant rocheux du sud. Sous Castéo on trouve un peu d’eau dans le vallon de ce nom. Près de Ruggiéro, les pentes nord fournissent du bois en abondance. Pour compléter ces renseignements nous signalerons un mauvais sentier qui permet de longer les versants sud du camp de Flaout.  Avant d’arriver à Castéo, il rejoint le chemin muletier descendant de ce point vers Bolène.

 

 

 
 

Description de l’ensemble

Le contrefort au sud de l’Aiguette partant de Fougasse contient, comme il a été dit plus haut, le mont Sébagon, et est très facile à parcourir jusqu’à l’arrête rocheuse de Malacra. Cette arrête est inabordable des deux côtés.

Celle-ci se maintient à peu près de niveau jusqu’à la cime de Vallière, et descend ensuite, en restant toujours très aigüe vers Bolène. Là le contrefort s’élargit et se termine par un plateau cultivé couvert de beaux châtaigniers, et qui s’appuie à la Vésubie par un arrachement très raide. Le versant nord du plateau descend rapidement vers l’Aiguette.

 

Redoute de St Selvaire

Le fond de ce ravin est assez large en cet endroit. Mais en face de la cime de Vallière le ruisseau serpente entre deux murailles de rochers presque à pic. Il est surtout très resserré sous le Caïre de St Selvaire. En face de cet étranglement on voit sur la rive gauche du vallon une redoute en pierres sèches qui barrait ainsi les deux chemins muletiers allant de St Véran à Bolène, l’un par la rive gauche de l’Aiguette, l’autre par Castéo. La fig 10 du croquis 17 donne une idée de cette position. L’enceinte de l’ouvrage est en pierres sèches sans fossé. Elle est encore debout en partie et porte le cachet des autres retranchements élevés par les Français. La position indique du reste suffisamment l’origine de l’ouvrage. Il empêchait le camp de Flaout d’être coupé par une colonne descendant de Castéo ou de St Véran.

 

Communications

Plusieurs chemins muletiers montent de l’Aiguette sur le plateau à l’Ouest de Bolène. Du fond du vallon de la Frage au sud on y arrive par un sentier praticable aux mulets et par le bon chemin muletier venant de Lantosque. Bolène ne tardera pas à être reliée à la grande route par un chemin carrossable qu’il est question de faire aboutir au pont sur l’Aiguette. Au point de vue de la défense il serait préférable de faire partir du pont sur le vallon de la Frage en arrière. La nature du versant sud du contrefort permettrait d’y développer facilement les lacets malgré la raideur des pentes.

Quoiqu’il en ait déjà été question, nous rappellerons en outre les chemins descendant de Castéo et de St Véran pour se réunir près de Bolène ; nous signalerons également le bon chemin muletier qui va de ce village à Moulinet en passant par le bois de la Frage et la baisse de Tourini, et dont un embranchement monte au Sébagon.

 

Avantages de la crête au sud de l’Aiguette

De tout ce qui précède il résulte que le plateau de Bolène est un point important à occuper . Néanmoins les Français n’ont pas cru devoir s’y maintenir après le 8 septembre. Cela se conçoit. La gauche de la ligne comme celle du camp de Flaout était en l’air par la suite de la prise des ouvrages de la rive droite de la Vésubie.

Le haut du contrefort pouvait au contraire rester occupé sans danger jusqu’à la crête rocheuse de Malacrata. Il suffisait de se garer d’une attaque de face par le vallon de l’Aiguette. Car il n’y avait aucune crainte d’être attaqué sérieusement de flanc par la crête escarpée de Malacrata, ni d’être tourné par le vallon au nord de ce contrefort, ce vallon étant surveillé dans toute sa longueur par les postes établis sur la crête en arrière.

 

 

 

Description

Le contrefort qui se détache de la Calmette vers la Vésubie, se dirige sur Lantosque. Il se maintient longtemps à peu près de niveau en passant par plusieurs sommets pointus, escarpés au sud et rattachés au vallon de Bolène par des pentes fort raides. Les pentes sont couvertes dans presque toute l’étendue du contrefort par le beau bois de la Frage.

 

Chemin de la Baïsse de Tourini à Lantosque.

Un chemin muletier, parfois très bon, et par places très mauvais traverse ce bois dans toute sa longueur en descendant de la baisse de Tourini. Il se maintient très élevé jusqu’au Mont Joie tout près de la Vésubie. Cette circonstance en fait un chemin très important sur lequel on peut établir de bons postes d’observation. La raideur et l’uniformité des pentes jointes à la grande hauteur du chemin au dessus du fond du vallon le rendrait bien difficile à enlever. De petites sources se trouvent tout près en chemin dans presque tous les petits ravins qu’il traverse.

 

Traces de Postes.

Près de l’extrémité du contrefort on voit deux postes d’observation de plusieurs baraques en pierres que les Français ont construits sur des plates formes en arrière et en avant du chemin.

A partir de la cime de Souarcas le contrefort biffirque en deux branches, restant toujours très élevées. Celle au nord s’abaisse ensuite rapidement vers Lantosque. Le chemin dont il a été question ci-dessus en suit les pentes à l’ouest et aboutit au nord du village. Au point on commence la descente. On voit encore un tout petit redan. C’est sans doute le poste d’observation extrême de l’occupation française de la crête après le 8 septembre (croquis 17 fig 11).

 

(P89) Position de Lantosque

Le village de Lantosque se trouve sur un petit contrefort escarpé se détachant des hauteurs de Cima et pénétrant perpendiculairement dans la vallée de la Vésubie. Une légère dépression existe à l’ouest du village, lequel se relève en pente douce vers l’est et paraît pour ainsi dire appartenir à la crête dedans de la Calmette. Il n’en est séparé que par un fossé taillé à pic, en fond duquel la Vésubie coule dans un lit extrêmement resserré. Le croquis n°3 donne une idée du site de Lantosque. Le défilé est représenté en détail par les croquis 19 et 20.

La route carrossable circule dans ce défilé. Le chemin muletier de la rive droite y est rattaché également par une bonne rampe au nord du village ; ce chemin traverse Lantosque au col situé à l’Ouest.

On voit par ce qui précède et par le plan au 1/20 000 que le village de Lantosque barre complètement la vallée de la Vésubie.

Inconvénient de cette position.

Malgré l’avantage de cette position on est obligé de reconnaître qu’elle n’est pas tenable car la crête de Cima-Longa est au pouvoir de l’ennemi. On a déjà fait ressortir plus la difficulté de défendre convenablement ces hauteurs. Si donc la faiblesse numérique nous empêchait d’étendre notre ligne en avant des hauteurs de Cima-Longa, il faut du même coup renoncer à occuper Lantosque malgré la facilité qu’offre cette position pour intercepter la route.

On comprend d’après ce qui précède le mouvement rétrograde que les Français effectuèrent le 8 septembre 1793. Heureusement que la crête descendant de la Calmette est d’une défense facile ; sans cette circonstance il leur eut fallu peut-être se replier immédiatement sur Peïra-Cava et renoncer par suite à l’occupation de Fougasse et de la Calmette dont la prise avait coûté un sang précieux.

 

Redoute Gandissart

Le contrefort descendant de Souarcas à l’Est de Lantosque se retourne en arrière de ce village à la cime Gaudissart en se tenant encore à une grande hauteur au dessus de la Vésubie. Au pied de ce sommet se trouve le fossé à pic au fond duquel coule la Vésubie. Les nôtres y avaient construit une redoute dans laquelle ils laissèrent 150 hommes pour surveiller les mouvements de l’ennemi pendant la retraite du gros des forces sur les hauteurs en arrière. La redoute Gaudissart formait ensuite un poste avancé de la nouvelle ligne française et couvrait le vallon de St Colomban en arrière.

 

 

La Cerisière

Avant de décrire la ligne de Peira-Cava à Louda, il est nécessaire de faire connaître sommairement le terrain sur la rive droite de la Vésubie au Sud de Lantosque.

En arrière du ruisseau aboutissant à ce village le terrain se relève assez rapidement jusqu’à 900 à 1000 mètres au dessus du niveau de la mer.

De là il gagne en suivant une pente douce sablonneuse et peuplée de pins en grande partie, une crête se détachant comme Cima-Longa du Tournaïret. La crête proprement dite présente des parties rocheuses dont on peut tirer partie pour la défense, tout en battant parfaitement les pentes douces en avant. L’extrémité de ce grand contrefort s’appelle la Cerisière. C’est un plateau couvert de grands châtaigniers et d’un petit hameau. A l’ouest le terrain se relève et forme un petit plateau bordé de rochers, sur lequel on voit les traces d’une belle redoute (fig 12 n°17). Sur le grand plateau lui-même on voit encore une partie de retranchement s’appuyant d’une part à la redoute, de l’autre aux pentes très raides qui limitent le contrefort du côté de la Vésubie. Plusieurs sources se trouvent en arrière du plateau dans le vallon de Figaret. Il y arrive en outre un canal d’irrigation qui suit les pentes nord.

 

Utilité de la Redoute de la Cerisière

La Cerisière a été défendue avec acharnement par les Français le 9 septembre 1793. De l’artillerie de gros calibre balayait les pentes douces en avant.  Après des efforts inouïs, le duc d’Aoste dût renoncer à s’emparer de la redoute défendue seulement par 300 hommes. Cette résistance héroïque permit aux défenseurs du camp de Flaout de se retirer en bon ordre sur Louda en arrière de Lantosque.  Le but atteint, on a évacué également la redoute de la Cerisière qui était trop éloignée de la nouvelle ligne et en était séparée par le torrent profond de Figaret.

 

Position de Seuil

A l’est de la Cerisière la crête s’abaisse rapidement et forme deux petits contreforts. L’un d’eux se trouve tout près de Lantosque et se termine par le plateau dit du Seuil. Cette position ferme la vallée de la Vésubie tant qu’on possède la Cerisière. Mais elle est loin de présenter une bien grande solidité ; car les pentes qui la séparent du ruisseau en avant sont très douces et trop raides pourtant pour être battues par l’artillerie. Ce ruisseau est du reste large et plat, et peut servir à masser les colonnes d’assaut. En arrière de Lantosque et à l’est du seuil il coule dans son lit à pic que les eaux ont creusé et protège ainsi la position, au moins de ce côté par un fossé très profond. L’eau et le bois s’y trouvent en abondance.

 

Position de St Georges

(vues 21 et 22)

Le second contrefort se détachant de la Cerisière est plus élevé que le Seuil, et susceptible d’une bien meilleure résistance. Il se rattache plus directement à la Cerisière. La pente au Nord est raide et couverte de broussailles. Du côté sud le terrain s’abaisse en pente douce vers Figaret. A l’est le contrefort est appuyé à un défilé rocheux dont les pentes sont très raides et au fond duquel la Vésubie coule dans le lit très resserré. La vue n°21 donne une idée de l’entrée du défilé en venant de Lantosque. La vue n°22 est prise dans le défilé même.

C’est sur le contrefort de St Georges qu’était évidemment la redoute que les Austro-Sardes ont élevée pour nous arrêter lors de l’attaque générale du printemps 1794. Le plateau étant cultivé, on ne trouve pas de traces de cette redoute.

Entre St Georges et Lantosque se trouve la grande bourgade fort disséminée de Pelasque, ayant environ 570 habitants.

 

Communications

Une grande quantité de chemins praticables aux mulets sillonnent la rive droite de la Vésubie du côté de la Cerisière. Sur les hauts plateaux ils sont très bons, ils sont presque tous assez mauvais sur les pentes.

 

 

St Arnoud, Louda

(dessin 17 fig. 13)

Les escarpements qui bordent la rive gauche de la Vésubie en aval de Lantosque limitent les contreforts descendant de la Calmette et de Peira-Cava. Le dernier aboutit au hameau de Louda et à St Arnould paroisse du hameau. Il est précédé du vallon de St Colomban dont la rive gauche est très raide et rocheuse en beaucoup de points.

Près de Louda, le contrefort se termine par un plateau allongé inaccessible de face et escarpé à gauche. En arrière de ce plateau le terrain s’abaisse en pente douce et permet d’établir un grand camp caché aux vues ennemies. Une dérivation du ruisseau de St Colomban arrive sur ce point. Elle fournirait de l’eau pour les besoins d’une division entière.

 

Rabonnette – Col de Brassa

A l’est du plateau se trouve un col, puis le mamelon de Rabounette ou l’on voit encore ces mauvais murs en pierres sèches entourant le sommet. (fig 14 dessin n°17). Plus à l’est de la crête s’abaisse sensiblement et forme le col de Beassa, assez important par les nombreuses communications qui s’y réunissent.

 

Communications

Un chemin muletier y aboutit en venant du col de la Porte en arrière. Un autre assez bon,monte à Peira-Cava en traversant le bois au nord du contrefort. De Brassa on descend également dans le ravin de St Colomban ; mais le chemin qui y mène est fort mauvais. Le meilleur de tous est celui qui contourne le plateau de Louda au nord et aboutit par une pente raide à St Arnoud.

Le point est traversé par un très bon chemin muletier allant de Lucéram à Lantosque par le col de la Porte. Au nord de St Arnoud il longe les escarpements qui bordent la rive gauche de la vallée. Il est question de le rendre carrossable en temps de guerre il serait aussi facile à couper qu’à rendre praticable à l’artillerie.

 

Vallon de St Colomban

Le vallon de St Colomban au nord du contrefort cité plus haut est peuplé de trois hameaux situés à peu près sous le col de Beassa . Plus à l’ouest le vallon se resserre et coule dans un défilé très escarpé tout près de la Vésubie, au sud de l’ancienne redoute Gaudissart.

 

Chemin aboutissant à St Colomban

Un chemin suivant ce défilé aboutit à St Colomban et conduit de là soit à Peira-Cava par le col de Brassa, soit au bois de la Maïris à l’ouest de la Calmette. Ce dernier est assez bon.

Les trois hameaux sont en outre rattachés à Lantosque par un chemin plus direct. Il contourne la redoute Gaudissart et est fort mauvais près de Lantosque. Enfin un sentier pouvant servir aux mulets, part de St Colomban et se réunit au chemin de Lantosque à la Calmette un peu avant son entrée dans le bois de la Frage.

Dans le vallon de St Colomban on trouve des emplacements en pentes douces très propres à l’établissement de camps ayant à proximité du bois et de l’eau.

Après la retraite du 8 septembre nos troupes ont occupé les hameaux du vallon de St Colomban. Cette position établissait ainsi la continuité de la ligne entre St Arnoud et la Frage. Elle surveillait le défilé à l’extrémité du vallon et permettait de renforcer au besoin les défenseurs de la crête au nord dont elle formait en même temps la réserve.

 
 
 

Description

Le ruisseau de l’Infernet est comme celui de St Colomban encaissé entre deux rochers à sa jonction avec la Vésubie au Sud de St Arnoud.

En arrière de l’Infernet le terrain se relève notablement et forme la crête séparant le bassin du Paillon de la vallée de la Vésubie. Cette crête se termine à cette rivière par un escarpement qui s’étend depuis l’Infernet jusqu’au confluent du Var.

La Vésubie coule dans presque toute cette étendue dans un véritable défilé facile à défendre sur plusieurs points et offre ainsi une excellente soudure entre les positions au dessus d’Utelle et celles de la rive gauche de la Vésubie.

 

Ligne des républicains après le 8 septembre 1793

C’est à ce défilé que s’appuyait la ligne des républicains après le 8 septembre 1793. Ils occupaient aussi les hauteurs d’Utelle, St Arnoud, St Colomban. Le contrefort allant à la Calmette vers Lantosque : plus au nord ils occupaient le Sébagon appuyé à la crête rocheuse de Malacrata et attachée au plateau de Fougasse par une croupe large et facile à parcourir. La ligne se dirigeait ensuite vers le Maourigon en traversant la vallée de Moulinet. Le Donjon et le Campargent étaient en flèche sur le centre de cette ligne (dessin n°8)

 

A l’époque des froids ils abandonnèrent comme on l’a vu le Donjon, Fougasse et le Sabagon pour se retirer sur les hauteurs au sud de la baïsse de Tourini. Le gros des forces était alors à Peira-Cava. La crête se détachant de ce sommet vers la Vésubie formait une seconde ligne en arrière du contrefort descendant de la Calmette à la redoute Gaudissart (dessin 8)

 

Réflexions sur les lignes de la Vésubie

On voit d’après ce qui précède que plusieurs lignes parallèles à la frontière peuvent être défendues dans la vallée de la Vésubie. Chacune d’elles a ses avantages et ses inconvénients et l’on ne saurait dire à priori quelle serait la plus avantageuse. Le choix devant résulter des forces dont on dispose, du but à atteindre, et surtout de la position qu’on pourra occuper sur les hauteurs à droite et à gauche de la vallée. Mais ce qui ne paraît faire l’objet d’aucun doute, c’est que la plus solide est celle qui s’appuie aux défilés de la Vésubie entre Figaret et Levens, le tracé à partir de ce point variant d’ailleurs avec les hauteurs occupées à droite et à gauche.

Du côté de la Roya la question est beaucoup plus simple. Deux crêtes seulement peuvent être occupées, celle déjà décrite de Millefourches à Saorge, et puis celle qui suit les hauteurs à l’ouest de la Roya jusqu’à la mer, en suivant le vallon de Sambuc.

 

Vue d’ensemble de la ligne

Il a été dit plus haut qu’un ruisseau prend son origine à l’Aution et court entre les deux crêtes très rapprochées, en restant longtemps très élevé. Les versants des deux rives sont assez doux dans l’origine et parfaitement gazonnés. La crête de la rive droite se termine par un contrefort allongé et rocheux près de Moulinet. Celle de la rive gauche se maintient à peu près de niveau jusqu’à Mangiabo tout près du col de Brouïs.

Plusieurs positions sont à signaler sur cette dernière crète, tant pour leur forme, que pour le rôle qu’elle aurait à jouer dans la défense.

 

Plateau de Maron

Au sud de la baïsse de Ramouji se trouve le plateau de Maron. Il figure sur la carte de l’Etat Major Sarde sous le nom de Giagabella. C’est un mamelon plat ; dont il a été question déjà et en arrière duquel les Français pouvaient masser les troupes devant attaquer Millefourches. On pourrait y installer un camp assez vaste ayant le bois sous la main et l’eau en arrière dans le vallon de l’Aution.

 

Ventabren

Plus au Sud est le sommet désigné sur la carte Sarde sous le nom de Maune. C’est le point qu’on appelle dans le pays le Ventabren. Sur la carte de Bourcet il figure sous la même dénomination. Cette hauteur présente la forme d’un croissant étroit tournant ses pointes vers l’est. On voit sur la pointe nord deux traces de tentes provenant sans doute d’un poste d’observation. De là les alliés pouvaient surveiller parfaitement les mouvements des Français cherchant à aborder le camp de l’Aution par la Maïlle. La raideur des pentes à l’est, mettait du reste le poste même à l’abri d’une attaque sérieuse.

Le versant ouest de la crête est ici un peu plus raide qu’au nord du Ventabren ; mais, il est encore gazonné et facile à parcourir.

On trouve également du bois sur ces pentes, mais l’eau est assez éloignée, le vallon de l’Aution qui la fournit s’abaissant rapidement après la cime de Maron.

 

Chemin suivant la crête.

Un bon chemin muletier suit la crête à son origine : il contourne ensuite le Ventabren à l’ouest jusqu’au col au sud de ce sommet.  Là les pentes s’adoucissent sensiblement de sorte qu’on pourrait y installer une partie des troupes chargées de la défense du Ventabren. Une autre partie pourrait être installée au col nord de cette position.

 

Maourigon

Au sud du col du Ventabren se trouve le Maourigon. C’est le nom qu’on donne dans le pays au sommet figurant sur la carte Piémontaise sous le nom de Ventabren. Bourcet lui donne le même nom que les gens du pays.

Le Maourigon est un sommet gazonné très élevé (1977) un peu pointu et facile à reconnaître de partout autant par sa forme que par le signal géodésique qui s’y trouve. A l’ouest et au nord il est soutenu par un grand escarpement à pic.  Les pentes sont gazonnées de tout côté. Le versant est est raide et coupé par une muraille de roche sur une certaine étendue.

Autour du sommet on reconnaît les traces d’un camp Sarde de 16 petites baraques et 5 grandes.

 

La Déa

Au sud de Maourigon se trouve une petite crête allongée et gazonnée (La Déa). Elle relie le Ventabren au sommet de la Gonellà. On y voit la trace d’une baraque d’où l’on pouvait surveiller le vallon de Sambuc aboutissant à Moulinet. Le camp du Maourignon en y comprenant ce poste et celui de Ventabren devait d’après les traces indiquées plus haut être défendu par 100 à 110 hommes pendant l’hiver de 1792 à 1793.

 

Suite du chemin de la crête

Après le col de Ventabren, le chemin de la crête suit le versant est du Maourigon et arrive au col au nord du Mangiabo par le versant ouest de la Gonella. Ce chemin avait été rendu carrossable par les alliés depuis l’Aution jusqu’au Mangiabo. A part quelques passages difficiles sur les pentes raides c’est encore un bon chemin muletier. Il pourrait facilement être rendu carrossable sur toute son étendue.

 

 

La Gonella

La Gonella qu’on appelle aussi tête de Maille entre le Maourigon et le Mangiabo est un sommet étroit et rocheux. C’est l’origine d’un contrefort se dirigeant vers l’est entre la Maille et la Chiavandola.

 

Croix de Campi

Ce contrefort se maintient élevé assez longtemps et arrive à la Croix de Campi par une crête allongée étroite et rocheuse. Il se termine sur un grand escarpement jusqu’à un pic du haut duquel on domine parfaitement toute la Roya depuis Breil jusqu’à Saorge.

 

Chemin muletier de la Giandola à Millefourches

Sur le versant du côté de la Maille serpente un chemin muletier assez bon. C’est un des mieux entretenus qu’on trouve dans le pays ; il n’en est pas moins dangereux, car il longe les précipices effrayants vers le milieu de sa longueur. Ce chemin traverse la Maille, se transforme finalement en un sentier étroit pourtant praticable aux mulets et aboutit à Millefourches par la baïsse de Vote.

 

Baïsse d’Agnon

A l’ouest de la croix de Campi existe un col sur lequel il est bon d’appeler l’attention. C’est le col de l’Agnon.  On y arrive de la Maille par un sentier qu’on peut à la grande rigueur faire suivre à un mulet (tous les mulets n’y passaient pas). A ce point aboutissent en outre deux chemins muletiers en suivant le versant sud du contrefort, l’un vient du col de Brouïs, l’autre de Breil. Ce dernier serait suivi dans le cas d’une attaque contre la ligne de Mangiabo à Millefourches. Il conduit à travers un bois de sapins situé sur le versant nord du contrefort, aux sources de la Maille, sous la Déa, se transforme ensuite en un sentier et aboutit à la baïsse de Déa en longeant les pentes raides à l’est du Maourigon. On arrive encore à ce même col en remontant directement l’un des confluents de la Maille.

Près de la baïsse d’Agnon définie plus haut, un petit camp serait donc parfaitement placé pour détacher un poste d’observation sur la crête de Campi qui domine si bien la Roya. Dans le cas d’une attaque sérieuse le camp d’Agnon se replierait facilement sur le Mangiabo.

Un canal amène de l’eau à ce col. Tout près se trouve du reste une bonne source. Quant au bois on l’a sous la main.

 

Mangiabo et Ciapéga

Le Mangiabo est le dernier sommet très élevé de la crête allant de Millefourches vers la Mer. Il se rattache par un col presqu’insensible à un sommet au nord appelé Ciapéga et dont les pentes lui sont assez douces sur une certaine étendue. Elles sont gazonnées.

L’ensemble de ces deux sommets se prêterait très bien à l’assiette d’un camp.

On voit encore 16 traces de baraques vers le Ciapéga et 2 sur le Mangiabo. On peut en conclure que ce point était occupé par 70 hommes de 1792 à 1793.

 

Chemin aboutissant à Mangiabo
L’importance de cette position est évidente. C’est au col au nord de Ciapéga qu’arrive le chemin montant du col de Brouïs. On reconnaît que ce chemin avait été arrangé par les Sardes en vue de la défense.

Un autre chemin descend du col au sud de Ciapéga et aboutit également au col de Brouïs en suivant le ruisseau de ce nom. Il a dû servir aux Français lors de l’occupation de la crête car il échappe presqu’entièrement aux vues ennemies.

Ces deux chemins sont fort mauvais aujourd’hui. Ils n’en sont pas moins très importants car ils établissent une communication directe entre Brouïs et Moulinet où l’on descend par un mauvais chemin muletier

Les deux dernières communications consistent en un sentier à peine praticable aux bêtes de somme. Mais on pourrait facilement en faire de très bons chemins muletiers.

 

Postes d’observation.

Deux contreforts courts et élevés se détachent l’un de Mangiabo l’autre du Ciapéga. Sur leur extrémité à peu de distance du camp, les alliés pouvaient surveiller d’un côté le col de Brouïs et le vallon de la Chiavandola, de l’autre la vallée de Moulinet.

Au sud de Mangiabo, la crête s’abaisse assez rapidement et devient extrêmement aigüe. Il existe un point sur cette crête d’où l’on découvre parfaitement les deux vallées. Il est probable que les sardes y avaient placé un petit poste de surveillance.

 

Col de lignière.

A partir de ce point la crête toujours très aigüe descend vers le col de Lignière ou elle s’élargit et forme un petit plateau gazonné. C’est là que les alliés avaient leurs postes avancés, pendant que les nôtres étaient à Sospel. De front, cette position était couverte par la Bévéra coulant dans un long défilé à parois presque verticales. Elle ne pouvait être attaquée vigoureusement que par le contrefort descendant vers le sud. Cette attaque était favorisée d’ailleurs par les mamelons qui terminent le contrefort. On peut y monter en effet par de nombreux chemins praticables aux bêtes de somme, et gagner ensuite le col de Lignière par un assez bon chemin muletier.

 

Col de Béolet

Le col de Béolet sur la ligne du Mangiabo à Pérus, est large et assez vaste pour recevoir un camp d’une certaine importance. On y voit de grands tas de pierres réguliers et alignés qu’on a tout lieu de supposer être les restes de l’installation des Français pendant l’hiver 1793 à 1794. On compte 4 grandes baraques et 40 petites. Considéré comme faisant partie d’une ligne ennemie, cette position est assez facile à aborder une fois qu’on est maître de Lignière malgré le mauvais état du chemin qui relie ces deux positions.

 

Col de l’Albaréa

Au dessus du col de Béolet se trouve celui de l’Albaréa sur lequel on voit également des traces de baraques. Le col n’est pas facile à aborder directement du côté de Sospel. Du côté de Brouïs, on y arrive par un assez mauvais chemin muletier.

Après la prise du col de Béolet, l’Albaréa ne pourrait faire une résistance sérieuse soit entre nos mains soit entre les mains des alliés.

 

Ressources des positions ci-dessus

Le bois est rare sur les positions que nous venons de décrire. Sur le Mangiabo même à part quelques rochers, tout le terrain est gazonné. L’eau ne se trouve qu’à une assez grande distance de ce sommet à peu près au niveau de Béolet, aux sources du ruisseau de Brouïs.

 

Col de Pérus

Le col de Pérus est au dessous de l’Albaréa sur la route de Nice à Turin. Il consiste en une légère dépression existant sur une langue de terre allongée, terminée du côté de la Bévéra par des rochers.

Cette position n’a pas résisté longtemps à nos troupes. Par la prise de la Lignière et de Béolet le col de Pérus est tourné, et une résistance prolongée sur ce point pouvait avoir des conséquences funestes pour nos adversaires.

A Pérus on n’est pas loin du bois. On trouve assez d’eau aux environs.

 

Col de Brouïs

Du Ciapéga un contrefort descend rapidement d’environ 1000 mètres traverse le col de Brouïs,ou passe la route de Nice à Turin, et se relève ensuite de 300 mètres environ à la cime Del Bose.

Ce contrefort paraît surtout bien disposé pour la défense au pont de vue français . C’est une dépression allongée au sud de laquelle les pentes sont très douces ; au nord au contraire, elles sont très raides dans toute l’étendue du contrefort en avant duquel la Chivandola forme un grand fossé naturel.

 

Communication au nord du col

La route qui circule sur la rive gauche de ce ruisseau peut être battue parfaitement du col de Brouïs en disposant convenablement une batterie à l’ouest du col. On enfilerait de même une partie du chemin muletier allant directement à Breil. Le chemin est large et pourrait facilement être rendu praticable aux voitures dans toute son étendue. Il n’est médiocre que près du col et tout près de la Roya. Il serait du reste surveillé, ainsi que tout le vallon de la Chiavandola par le poste d’observation détaché à l’Ouest de Ciapégé et dont il a été question plus haut ?

 

Cime del Bosc à l’est de Brouïs.

Avec la cime del Bosco et le Ciapéga le col de Brouïs pourrait donc être parfaitement défendue. Ces deux sommets forment comme les bastions d’un front dont la longue dépression de Brouïs constitue la courtine.

La cime del Bosc voit de revers les pentes à l’Est de Mangiabo. Elle s’appuie à la Roya par un véritable précipice, du haut duquel on domine une grande partie de la vallée.

 

Ligne de cime del Bosc à la Bévéra

De ce point la ligne à occuper se retourne vers le grand Mondo. Comme avant poste solide, on pourrait occuper le village de Penna perché au haut d’un escarpement très raide du côté de la Roya. En arrière de ce village de longs contreforts, aux formes arrondies, permettraient à l’artillerie de se mouvoir presque sans travaux préparatoires. La droites ces plateaux s’appuie du reste au défilé de la Bévéra en aval de Sospel.

 

Ressources locales de ces positions

En arrière du col de Brouïs, on trouve plusieurs sources.  Quant au bois, il est beaucoup plus rare, mais on le ferait arriver facilement au camp par la route même et d’ailleurs on peut en avoir sur les pentes de l’Albaréa.

 

Réflexions sur la position de Brouïs et de la cime del Bosc

La description qui précède fait bien ressortir que col ne pouvait offrir une résistance bien efficace contre les attaques des républicains ; car à moins d’établir les camps dans la Chiavandola, l’assiette réelle des ouvrages descend de notre côté et se présente de revers aux cols de Béolet et l’Albaréa.

On conçoit donc l’obligation dans laquelle étaient les alliés d’établir leur ligne sur Béolet, quoique leur gauche ait été ainsi plus étendue et moins solidement appuyée. Mais comme le col de Béolet peut-être facilement attaqué de front par les colonnes venant du col de Lignière, ils étaient obligés d’occuper également ce point. Ils surveillaient de là la Bévéra qui les couvrait de front par des escarpements inacessibles et n’avaient à se préoccuper que de l’attaque par la crête aboutissant à Sospel.

On s’explique ainsi comment les sardes ont été conduits à tripler leur ligne uniquement pour défendre le col de Brouïs. Et ce qui a première vue pouvait permettre un avantage n’en est réellement par un puisque la chute de la première ligne devait conduire à faciliter l’attaque de la seconde ; et que la chute de la seconde entraînait presque immédiatement celle du col de Brouïs.

La meilleure des trois lignes au point de vue Italien paraît être celle de Mangiabo à Pérus. C’est à ces deux sommets et à Béolet qu’ils auraient peut-être dû concentrer leurs principaux éfforts.

Envisagé à notre point de vue, la véritable ligne de défense est celle qui passe par le col de Brouïs et se retourne ensuite vers le Grand Mondo.

Celle du Mangiabo à Pérus est bien moins bonne ; car la position de Béolet n’a aucune action sur la route qui échappe d’ailleurs presque partout aux vues de Pérus. Néanmoins cette ligne pourrait servir à protéger la retraite sur Sospel.

 

 

 

L’Arpette où Mont Jove

(feuille 17 croquis 15-19)

Il ne nous re ste plus qu’à parler des positions sur la rive gauche de la Roya au sud de Saorge. Au dessus de Breil se trouve au sommet à l’altitude (1612). C’est l’Arpette qui figure, sous le nom de Mont Jove, sur la carte de Bourcet ainsi que dans les récits de Jomini et de Pinelli.

Le versant ouest de ce sommet rocheux est très raide. Deux contreforts s’en détachent et se terminent par de véritables précipices tout près de la Roya. Celui qui aboutit à Breil, se maintient longtemps très élevé et présente ainsi une partie sensiblement horizontale à environ 900 m au dessus du fond de vallée.

Plusieurs traces d’ouvrages se voient sur cette crête entre autres un fort étoilé semblable à celui qui existait sur le sud du Mont Boron près de Nice.

 

Plateaux de l’est de l’Arpette

A l’est de l’Arpette existent de magnifiques plateaux gazonnés et boisés, descendant en pente douce vers la Nervia. Ils sont entièrement sur le territoire italien. L’ennemi pourrait y établir un vaste camp complètement dérobé à nos vues, faire de là de fréquente excursions vers la Roya et inquiéter ainsi nos communications entre Sospel et Brouïs.

Prévenir l’ennemi sur cette hauteur, s’y organiser solidement serait certes un moyen de remédier à cet inconvénient. Mais le seul chemin qui y aboutit est à peine praticable aux mulets non chargés. C’est par moment un véritable escalier. Au sortir de Breil le chemin est fort dangereux. Dans l’état actuel des choses, on n’aurait donc que l’artillerie de montagne à opposer à un ennemi qui aurait toute facilité pour nous déloger de la position avec du canon de gros calibre. 

 

Position de Breil

 Il y a là un écueil qu’on pourrait éviter en occupant Breil et organisant solidement la vieille tour ronde de Crivella. Cette position pourrait être difficilement attaquée par l’artillerie. Il faudrait pour cela que l’ennemi amenât du canon sur les pentes au sud de Breil, pentes qui se présentent de revers aux vues de la cime Del Bosc.

 

Route projetée entre Vintimille et Breil

Dans un avenir peu éloigné le gouvernement italien fera une route qui ira de Vintimille à Breil en longeant la Roya. L’occupation de ce village aurait donc, en outre, l’avantage de barrer le chemin aux attaques venant de ce côté.

 

Positions sur la Roya en aval de Breil

(croquis 17 fig 2)

Au sud de Breil la Roya fait plusieurs coudes et entoure ainsi quelques contreforts escarpés normaux à la direction générale de la rivière. Ces contreforts pourraient être organisés pour barrer la route. On voit encore sur l’un deux les ruines d’un poste en pierres sèches dont la construction date probablement des guerres de la pragmatique sanction. Il paraît avoir été relevé en 1793, car une partie de cet ouvrage est de construction beaucoup plus récente que l’autre. Il est représenté fig 19 croquis 17.

 

(P106) Breil Tour Crivella

Dessin n°17 fig 21)

Près de la tour de Crivetta se trouve un retranchement en pierres sèches qui par son analogie avec les lignes de Nice, paraît remonter à l’époque de la Pragmatique Sanction (croquis 17 fig 21)

La tour de Breil est fort ancienne. Il est facile de voir qu’elle était le saillant d’une vieille enceinte dont on retrouve quelques traces entre autres une petite tour située entre celle de Crivella et la porte nord du village.

 

Cette porte a été construite en plusieurs fois. La partie inférieure en assez beaux matériaux paraît très ancienne. Les machicoulis qui la surmontent sont d’une construction beaucoup plus récente. Les créneaux ont été bouchés, plus récemment encore par une mauvaise maçonnerie destinée à mieux défiler le terre-plein en arrière. Il y a tout lieu de croire que cette addition provient de la défense de Breil en 1794.

 

Communications le long de la Roya

Depuis la porte d’amont jusqu’à celle d’aval les murs entourant Breil subsistent encore sur le bord de la Roya. En sortant de la porte d’aval on peut suivre la rive gauche par un assez bon chemin muletier. Deux ponts permettaient de passer la Roya. Celui d’aval est très étroit et correspond au chemin direct entre Breil et le col de Brouïs. Le chemin de Breil à Penna y aboutit également. Le pont d’amont sur la traverse carrossable reliant le village à la route de Nice à Turin est assez large pour laisser passer les voitures.

 

 

 

Pour compléter la description qui précède il ne nous reste plus qu’à parler des grandes communications du pays.

Nous commençons par la route de Nice au col de Tende

Jusqu’à l’Escarène, cette route ne présente aucune particularité digne d’être signalée.

 

L’Escarène

L’Escarène est situé à droite de la route sur les deux rives du Paillon descendant des cols de St Roch et de l’Olmeau.

Le torrent est franchi sur un grand viaduc en pierres ayant 140 mètres de long et 27 mètres de haut vers le milieu. Quelques arches renferment des maisons à plusieurs étages.

 

Passage étroit à l’Est de Touet

Après l’Escarène la route suit le vallon de Braous. Elle traverse Touet, village de 400 habitants, et passe au pied de la Rocca Taillada entre deux rochers taillés à pic. Dans une retraite ce défilé pourrait arrêter l’ennemi pendant quelques heures.

 

Col de Braous

Avant d’arriver au col de Braous même la route traverse de hauts plateaux à l’ouest du col, sur lesquels on pourrait établir un camp très important.

Du côté de la Bévéra, elle descend ensuite rapidement, suit les flancs du vallon de St Antoine.

L’artillerie du col pourrait l’enfiler sur la partie située avant le premier lacet.

 

Barbonnet et plateau de la justice

La route descend à Sospel par de nombreux lacets en contournant le mont Barbonnet à l’est. Un ancien chemin longe le flanc ouest de ce sommet. Au pied de Barbonnet se trouvent deux longs contreforts plats, terminés par des pentes très raides. Ce sont les plateaux de la Justice sur lesquels le Capitaine Bonamy a appelé l’attention dans son mémoire.

De ce point on enfile, en effet, la route au-delà de Sospel sur une étendue de 3 kilomètres. On voit complètement la route départementale de Sospel à Menton jusqu’au col de Castillon : on surveille enfin le débouché de la Bévéra dans la plaine de Sospel, lequel sera surtout important à observer quand le chemin de grande communication entre Sospel et Moulinet sera exécuté.

La nature du sol se prêterait facilement à l’exécution d’un retranchement en terre, parfait pour protéger une retraite par le col de Braous. Il est bien entendu qu’il y aurait lieu d’occuper également le col St Jean au sud de Barbonnet, car l’ennemi ne négligerait rien pour s’emparer de ce point et couper ainsi les communications de l’ouvrage de la Justice.

 

 

Sospel

Sospel est une petite ville de 3900 habitants. Elle était autrefois fortifiée. L’enceinte entourait la partie située sur la rive droite de la Bévéra. Le vieux pont au milieu de la ville servait de porte de ville. C’est un pont à deux arches dont la pile du milieu est encore aujourd’hui encombrée de constructions.

La route traverse Sospel dans toute sa longueur et franchit la Bévéra en aval de la ville sur un pont en très bon état .

 

Pont de la Neïa

Au-delà de Sospel nous signalons le pont en pierre sur la Neïa au pied du contrefort de Pérus.

 

(P109) Défilé de Saorge

A partir de la Neïa la route ne présente aucune particularité remarquable jusqu’à son entrée dans le défilé de Saorge. Là elle circule entre un rocher à pic d’un côté et la rivière creusée dans un lit à pic de l’autre. Par moment elle passe sous le rocher couvrant presque toute la largeur de la route. Il serait facile de la couper en cet endroit par une chiuse. Ce défilé est du reste enfilé par le fort de Saorge.

Après le pont de la Bendola on sort de ce qu’on appelle le Passo-Strete.  La route circule alors sous le fort de Saorge, presque au même niveau que la Roya, et ayant toujours à gauche des rochers à pic presque partout. Elle ne débouche en réalité du défilé qu’en face du vallon de Caïros. Mais la vallée de la Roya qu’elle continue à suivre reste toujours très encaissée.

 

Fontan

La route traverse ensuite Fontan dans toutes sa longueur .

 

Défilé entre Fontan et St Dalmas

(croquis 23 et 24)

A environ un kilomètre au nord de ce village, elle pénètre dans un nouveau défilé dans lequel elle reste engagée jusqu’au confluent de la Miniéra et de la Roya. Les escarpements sont ici moins raides qu’à Saorge, mais ils ont moyennement 200 mètres de hauteur environ.

Ce défilé est représenté par les vues 23 et 24 de l’album. La première vue est prise un peu en amont de la frontière. La seconde représente l’entrée de la gorge en venant de St Dalmas.

 

A Saorge les rochers sont calcaires, ici ce sont des grès rouges et du granit. Au dessus de ces rochers les pentes du terrain sont assez douces.

 

Bergue et Gragnile

Sur la rive droite se trouve les deux hameaux de Bergue faisant partie de la commune de Saorge et le village de Cragnile dépendant de Tende .

 

St Dalmas de Tende

A partir du confluent de la Miniera, la vallée s’élargit et forme comme une sorte d’Oasis, d’autant plus frappant que depuis la Giandola la route circule entre de grands rochers presque toujours nus. Il y a là plusieurs habitations et l’ancienne abbaye de St Dalmas.

Cet établissement avait été transformé en hôpital pendant les campagnes de la République.

 

Tende

La vallée de la Roya se rétrécit encore au nord de St Dalmas et se rélargit de nouveau

L’histoire militaire du Piémont, désigne ce camp sous le nom de Haut.

Ce point figure dans la même histoire sous le nom de St Sévère

Extrait de l’histoire militaire du Piémont traduit par le Lieutenant Colonel du Génie de Rivières.

St Sauveur

Extrait de l’histoire militaire du Piémont, même traduction.

Dans les récits de la campagne de 1794 nous n’avons indiqué en détail que les positions et les faits qui se rapportent à cette reconnaissance. Nous y reviendrons dans le mémoire des hauteurs du Saccarello.

En arrière du retranchement A, on trouve 196 petites tentes et 60 grandes ; en arrière de la redoute D, 110 petites tentes et 64 grandes ; en arrière de la redoute H 120 petites tentes et 59 grandes. Sous le fort de 3 communes, 70 petites tentes et 6 grandes. En résumé sur tous les plateaux en amphithéâtre depuis la pointe des 3 communes jusqu’au sommet de Forca il y avait 435 petites tentes et 189 grandes.

D’après un témoin oculaire Jean-Baptiste Joanni, soldat piémontais campé à Raous, les hommes étaient tous sous de petites tentes de 5 hommes, les grandes tentes et baraques étaient occupées par les officiers, les sous-officiers, les cantiniers, etc…

On peut donc évaluer l’effectif de ce camp complet à 2180 soldats, formant environ 24 compagnies de 90 hommes. En comptant par compagnie 2 baraques pour les officiers et 2 baraques pour les sous-officiers, une pour la cuisine, deux à trois pour tenir compte des accessoires et des installations des officiers supérieurs, on trouve 7 à 8 grandes tentes ou baraques par compagnie, soit en tout 168 à 192 grandes installations. Le nombre qu’on trouve en réalité était compris entre ces deux limites on peut donc évaluer l’effectif total de ces divers camps à environ 2180 soldats.

150 sous officiers et 80 officiers, soit 2410 hommes.

A Millefourches on trouve 118 petites baraques et 46 grandes ; ce camp devait donc avoir un effectif de 590 soldats ; comptons 42 sous-officiers et 27 officiers ; tout compris 660 hommes.

Au Plan Caval et sur la crête jusqu’à la tête de Vote, il y avait 172 petites baraques et 34 grandes correspondant à effectif d’environ 870 soldats et 90 officiers et sous-officiers.

Derrière la batterie de Parpelle on voit un camp de 39 petites tentes et 4 grandes ; devant contenir 2 compagnies formant un effectif total de 190 hommes environ.

Au fond de l’amphithéâtre se trouvait deux petits camps l’un 7 grandes tentes et une petite ; l’autre d’une grande tente et 22 petites. Il est probable que ce sont les traces du quartier général, et du piquet d’ordonnance. L’effectif total de ces deux camps devait être environ 130 hommes.

En comptant 50 hommes pour l’occupation des ouvrages avancés sur la crête de Provérière, on peut donc, d’après ce qui précède évaluer à 4400 hommes environ les forces dont l’ennemi disposait pour défendre le camp de l’Aution et de Millefourches.

Le témoin oculaire cité plus haut estime à 500 hommes environ les forces établis au Capelet.

On trouve près de cette redoute 53 petites baraques et 15 grandes.

Il est bon de faire remarquer ici les ressources locales qui peuvent avoir quelque intérêt dans le cas d’une occupation. Le village de Saorge possède 8 moulins à farine, 2 fours, 3 boulangeries. Il produit environ 8000 quintaux de fourrage. On pourrait y trouver 25 mulets et 120 ânes. Les chèvres, brebis et moutons s’élèvent à 5000 têtes environ.

Les traces de petites baraques sont au nombre de 280. Les grandes au nombre de 70.

Les traces du camp se composent de 123 petites baraques et 49 grandes.

Le récit de cette affaire est assez bien détaillé dans l’histoire de Jonini comme dans celle dePinelli. Les deux auteurs généralement si clairs, sont en désaccord sur ce point et tous deux également inintelligibles pour un lecteur connaissant le Pays.

Moulinet a 1170 habitants. On y trouverait 400 têtes de bétails, 3000 chèvres, brebis, moutons, 18 ânes et 3 mulets. Ce village possède 4 moulins et 2 fours dont l’un en mauvais état. La banlieu de Moulinet produit beaucoup de fourrage ; il y a des sources excellentes en grande quantité. 

[…] Bolène a 800 habitants. On y trouverait environ 1000 chèvres, moutons ou brebis. 250 têtes de bétail, 5 mulets. Ce village possède trois moulins et cinq fours.

Les hameaux sont St Colomban, Garblaou et Camari. Leur population totale s’élève à 250 habitants.

Le col de Brouïs a été longtemps occupé par les français sous la république ; mais le terrain étant cultivé on n’aperçoit plus les traces de cette occupation.

Penna est un village de 400 âmes. On pourrait y trouver 13 mulets, 17 ânes, 80 têtes de bétail, 800 chèvres ou brebis, 300 quintaux de fourrage environ. La commune possède 2 fours et 2 moulins.

Le village est groupé autour d’un ancien château fort dont on pourrait tirer partie pour organiser un solide poste avancé.

La population de Breil ets de 2700 habitants c’est le chef lieu du canton comprenant les villages annexés de la Roya. On y trouverait 10 chevaux, 42 mulets, 143 âmes, 250 têtes de bétail, 1200 chèvres ou brebis et environ 2000 quintaux de fourrage. Breil possède 10 moulins, 4 fours banaux, et 5 boulangeries.

La vallée de Sospel est large et paraît fort riche. Les hauteurs au nord produisent beaucoup de fourrage. La quantité de bêtes de sommes qu’on y emploie est relativement faible. Tout le fourrage est descendu dans la vallée à dos d’homme. C’est ce qui explique le mauvais état des chemins qui parcourent ces hauteurs. Voici les ressources qu’on trouverait au besoin à Sospel. Chevaux 8, mulets 50, ânes 85, écuries pour 500 chevaux, fours banaux 3. Boulangerie 2.

Fontan est un village de 1040 âmes dépendant de la commune de Saorge. Voici quelles ressources on pourrait trouver :  Mulets 9, ânes 40, chèvres, moutons ou brebis 5500, fourrage 1500 quintaux. Le village possède un moulin à farine 1 four banal et 2 boulangeries.

 

  Les deux hameaux de Bergue sont composés de populations très pauvres à moitié sauvages par leurs mœurs. Ils vivent principalement de châtaignes beaucoup d’entre eux sont bergers. Bergue était un repaire de brigands ; Il contenait une grande partie de ces barbets qui infestaient encore la route de Nice à Turin pendant la campagne d’Italie. Le plus grand des deux hameaux est adossé au grand rocher à pic dit la Traya. Plusieurs soldats français attirés dans des guet-apens ont été précipités du haut de ce rocher par les gens du Pays.

Les deux hameaux réunis ont environ 330 habitants. On y trouverait 15 ânes et 200 brebis ou chèvres. On peut estimer le fourrage que fournissent ces hameaux à 1000 quintaux. Bergue a un moulin et un four banal.

Cragnile est sur le territoire Italien. C’est un hameau de 240 habitants. Ressources : mulets 2, ânes 20, chèvres et moutons ou brebis 1200, fourrage 800 quintaux environ.