Point du Ramingao à Roquebrune Cap-Martin

VIADUCS DU VALLON DES MORTS 06440 PEILLON

43° 45' 52.77" N    7° 21' 6.40" E

 

Mise à jour novembre 2022

 

Etude Jacky Sarale

 

La ligne ferroviaire Nice Coni avec ses 2 branches (Nice -Fontan -Saorge, et Breil-Airole) pour les parties françaises, jusqu’aux frontières Nord et Sud, italiennes de 1947, a été la dernière voie ferrée à écartement normal construite en France (mise en service le 31 octobre 1928).

Voie de montagne elle cumule les difficultés techniques qui ont nécessité de nombreux ouvrages d’art pour franchir vallons, gorges et reliefs montagneux, rendues encore plus compliquées par la géologie des sols concernés.

Les rampes atteignent 25 mm par mètre, le rayon minimum des courbes est de 300 m. La longueur de la ligne était :

De Nice la frontière nord avant 1947 : 58,8 km,

De Breil à la frontière sud avant1947 : 4,4 km,

Au total : 63,2 km.

 

Sur le 1er parcours de 58,8 kms la voie grimpe de presque 700 m, l’altitude maximum de 1040 m, de la ligne complète Nice-Coni, étant atteinte à l’intérieur du tunnel de Vievola à Limone.doc 1   

  

 De gauche à droite

Doc 1

Doc 2

Doc 3

Parmi tous ces ponts et viaducs se trouvent à la limite des communes de Drap et Peillon, face au hameau de Borghéas sur l’autre rive du Paillon de l’Escarene, 2 viaducs parallèles, (dénommé viaducs des morts) dont un seul est en service ; celui situé au sud, qui donne accès au tunnel du Thuet.

Le viaduc au nord de 7 arches bute sur une galerie inachevée.

La raison de cette anomalie est due à un accident survenu dans le percement de cette galerie (effondrement de la galerie de base en 1925) entrainant la mort de 3 ouvriers et nécessitant la construction d’un autre viaduc en 1927 (de 5 arches) pour percer un nouveau tunnel plus au sud, le 1er viaduc devenant alors inutile a été abandonné.  Doc2

Mais cette appellation n’est pas due à ce terrible accident, ces viaducs enjambent tout simplement « le ruisseau des morts », appelé ainsi bien avant ce drame, comme le prouve le document technique du projet réalisé en 1912 et le cadastre de Peillon de 1866. Docs 1 et 3

Une explication souvent mentionnée dans de nombreux articles et reprise parfois mot à mot dont on ne connait ni l’origine ni les sources est celle-ci :

«Ce viaduc ne porte pas comme on pourrait le penser le nom de « viaduc des Morts » à cause de cet accident mais car il est situé au-dessus du sentier qui permettait aux habitants du hameau de Borghéas (commune de Peillon) de transporter leurs défunts au cimetière du village voisin de Drap ; faute de pont au-dessus du Paillon, ils ne pouvaient accéder au cimetière du vieux village. »

Ainsi donc les habitants du hameau de Borghéas sur la rive droite ne pouvaient pas traverser le Paillon faute de pont pour aller à Peillon situé sur la rive gauche et donc se rendaient à Drap également situé sur la même rive en empruntant le vallon des morts lui aussi sur la rive gauche pour aller enterrer leurs morts ?

Où se trouve la logique dans cette affirmation ? Je doute fort que nos ancêtres étaient si peu doués de ce bon sens, qui en revanche, manque beaucoup à ceux nombreux qui, par facilité, reprennent et affirment de telles explications sans vérification ni discernement.

La raison invoquée de franchissement du Paillon est donc inexacte mais il reste à connaitre les raisons de l’appellation « ruisseau ou vallon des morts » et il est donc envisageable que pour aller ensevelir leurs morts les habitants du hameau, faute de cimetière, empruntaient un sentier dans ce même vallon pour rejoindre le chemin reliant Drap à Peillon et accéder au cimetière de Drap (distance moindre et dénivelé également beaucoup moins important).

Sur la carte de 1762 ce vallon dans sa partie inférieure est innommé mais un sentier y figure et accède à ce chemin.doc 4

De gauche à droite

Doc 4 carte de 1762

Doc 5 texte de l'abbé Cauvin

On constate également que le hameau de Borghéas et une chapelle St Joseph sont mentionnés.

En résumé l’appellation « des morts » pourrait, semble-t-il, résulter de cette habitude et l’absence de pont n’est pour rien dans le choix de cet itinéraire pour accéder à Drap.

Mais aucun document accréditant cette hypothèse n’a pu être retrouvé.

Une autre explication plus plausible est celle rapportée par l’abbé Cauvin dans son ouvrage :

Mémoire pour servir à l'histoire naturelle statistique industrielle agraire politique morale et religieuse de la commune de Contes et du hameau de Sclos avec des notions sur les villes bourgs et villages et sanctuaires de l'ancien comté de Nice par l’abbé Antoine Cauvin page 146

« Le territoire de Drap est mauvais étant en partie de scaglion (voir note). Il y a des quartiers appelérs simbola, concas, vallon deï muort à cause des grandes pluies qui en 1560 ruinèrent le pays et où deux familles entières furent ensevelies dans les avalanches. » doc 5

Cette explication est la plus pertinente et c’est celle que je retiendrai pour expliciter cette dénomination.

De gauche à droite

Texte de Capatti

En tête de l'ouvrage

Note :

Le terme scaglion correspond à l’italien scaglione qui veut dire échelon. On peut penser que ce terme veut dire restanques

Remerciements à Mme Muller Véronique Directrice du Musée ferroviaire de Peillon et à Félix Dalbéra

 

Bibliographie

Le Chemin de fer du col de Tende : Ligne de Nice à Breil et à la frontière d'Italie,

de Gérard de Santos (Auteur), José Banaudo (Auteur)

 Le Col de Tende - Charles Botton et Michel Braun - éditions du Cabri

Revue_Générale_des_Chemins_de_Fer_(RGCF) Nov. 1928

Magazine Le Haut-Pays numéro 26

Ouvrage cité de l’abbé Cauvin à l’adresse https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1042290/f150.item.r=ABBE%20CAUVIN

Voir aussi:

http://www.archeo-alpi-maritimi.com/chemindeferniceconi.php

http://www.archeo-alpi-maritimi.com/tunnelshelicoidaux.php

http://www.archeo-alpi-maritimi.com/noticevoiferrreniceturin.php