Point du Ramingao ŗ Roquebrune Cap-Martin

MONTS DE PIETE DANS LE COMTE DE NICE

Mise à jour septembre 2020

 

Dans la revue Nice Historique (), consultable sur Internet, sous la plume de Jacques Wolzok, a paru un article intitulé “Les Monts de Piété dans les Alpes Maritimes sous le Consulat et l’Empire

 

Casalis: Nizza page 734 indique “A la fin du XVIII ème siècle existaient dans le Comté de Nice des Monts de Piété dits “Monte Pii, Monti frumentari” destinés à fournir en avance aux agriculteurs pauvres le grain leur servant à semer les terrains. Encore de nos jours il existe dans plusieurs villages dans la Province de Nice des Monts Granatiques dont a fait part Fodéré”

Voir dossier particulier

 

Par ailleurs il note Tome XI B 8143, année 1843 page 778 “ la Confraternité de la Miséricorde de la Ville de Nice a des fonds considérables avec lesquels elle tient un Mont de Piété qui prête sur gage sans aucun intérêt…”

 

Note: Pour approfondir la question il faudrait pouvoir consulter les archives de cette Confrérie pour voir jusqu’à quand ce système a fonctionné

 

La question s’est de nouveau posée en 1889, dans un article du journal “le Phare du Littoral”

 

Phare du Littoral

 

Dimanche 12 mai 1889

 

Création d’un Mont de Piété

Il est sérieusement question de la création d’un Mont de Piété à Nice et voici les renseignements qui sont donnés à ce sujet. Depuis de nombreuses années des personnes dévouées au bien public avaient sur l’initiative de Mr Benoit Mayrargue étudié le projet de créer à Nice un Mont de Piété. Le projet présenté à l’autorité supérieure, fut rejeté et n’eut pas de suite.

Cette année, à la réunion générale des membres fondateurs de la Caisse d’Epargne tenue le 8 mars dernier, la même proposition a été représentée par Mrs Mayrargue Roustan Bensa. Dans cette proposition ces Messieurs faisaient ressortir les avantages d’un Mont de Piété pour une grande ville telle que Nice et les services qu’une pareille institution pouvait rendre à la classe besogneuse, faisant observer que parmi les grandes viles de France Nice était seule à être dépourvue d’un Mont de Piété et se trouvait par suite sous la dépendance onéreuse de Marseille Bordeaux Toulouse.

L’assemblée générale après avoir entendu lecture de cette proposition, convaincue que la création d’un Mont de Piété à Nice serait une oeuvre éminément philantropique, nomme une commission de quinze membres chargée d’examiner les moyens et de faire les études nécessaires pour arriver à la fondation du Mont de Piété.

Cette commission après avoir élu un bureau composé de Mr Bonnifassy, Conseiller honoraire à la Cour d’appel d’Aix en Provence, président, Mr Benoit Mayrargue, vice président et Roustan secrétaire, élabora un  projet  et des statuts qui ont été soumis à l’assemblée générale des membres fondateurs de la Caisse d’Epargne le 25 avril 1889.
D’après ce projet le Mont de Piété serait constitué avec un capital de deux cent mille francs dont cent mile seraient fournis par l’émission de mille parts de fondateurs, de cent francs chacune et cent mille francs seraient prétés par la Caisse d’Epargne sur les fonds de dotation et de réserve (après que celle-ci aurait été autorisée à modifier l’article 2 de ses statuts à consentir le prêt)

Il serait payé sur les bénéfices de chaque année aux souscripteurs et à la Caisse d’Epargne un intérêt annuel de quatre pour cent. Lorsque les bénéfices de l’oeuvre lui permettraient de fonctionner avec sa propre ressource on rembourserait à la caisse d’Epargne les sommes qu’elle aurait avancées et on amortirait toutes les années un certain nombre de parts de fondateurs.

Si par contre le Mont de Piété se trouvait dans l’impossibllité de fonctionner et qu’il dut liquider, un droit de préférence serait donné à la Caisse d’Epargne sur tous les autres créanciers.

L’assemblée générale ayant approuvé les statuts, les membres de la Commission se sont rendus auprès de Mr le Préfet des Alpes Maritimes afin de le prier de prendre l’oeuvre du Mont de Piété sous son haut patronage et de vouloir bien pressentir à ce sujet les ministres compétents.
Mr le Préfet a accueilli ces Messieurs avec la plus grande bienveillance, il a reconnu l’utilité incontestable de la création d‘un Mont de Piété à Nice et a promis son concours le plus dévoué pour la réussite de l’oeuvre.

Nous tiendrons nos lecteurs au courant de la décision du Gouvernement.

 

Dimanche 6 octobre 1889

 

Mr Benoit Mayrargue Vice Président de la Chambre de Commerce de Nice a été reçu par Mr Rouvier avec lequel il s’est entretenu de la création d’un Mont de Piété à Nice. Cette importante question, nous assure t‘on, est très près d’aboutir en affectant les 80000 F provenant de la loterie de Nice et les provisions de la Caisse d’Epargne

 

Mardi 22 octobre 1889

 

… Mr le Maire donne quelques explications au sujet du financement de ce futur établissement.

Fonds de roulement

mille parts de 100 F l’une

part de la Caisse d’Epargne 100000 F

Sur ces 200000 F le Mont de Piété devra payer aux souscripteurs un intérêt de 5/100 sur l’avance faite.

Lorsque les bénéfices le permettront on rembourserait les 100000 F de la Caisse d’Epargne et l’on amortirait autant de parts de 100 F qu’il le serait possible à la Caisse du Mont de Piété.

L’intérêt demandé aux emprunteurs serait de 1/100 par mois. Comme on sait, la création d’un établissement de ce genre s’impose dans une ville comme Nice. Le Conseil l’a tellement bien compris qu’il a décidé d’insister auprès du Gouvernement afin que celui-ci autorise la création d‘un Mont de Piété

 

Samedi 25 avril 1891

 

Création d’un Mont de Piété à Nice

Par décret du Conseil d’Etat en date du 18 avril, un Mont de Piété a été institué à Nice….

Le Conseil d’Administration composé de douze membres vient d’être constitué par l’arrêté préfectoral du 23 de ce mois…

1 – en qualité  de membres du Conseil Municipal…

2 – en qualité d’adminsitrateurs des établissements charitables…

3 – en qualité de fondateurs…

… Cet arrêté a été notifié au Comité  d’initiative qui avant de se dissoudrre a adressé à Mr le Préfet une lettre de remerciement le 23 avril 1891 signée Boniffacy

 

Jeudi 21 avril 1892

 

Pendant trente ans, disaient les conventions relatives à l’annexion du Comté de Nice il ne devait être fondé aucun Mont de Piété à Nice. Et, scrupuleux observateurs du Traité, les deux gouvernements qui se sont succédé en Frane ont attendu l’expiration de la période indiquée.

Le 18 avril 1891 un décret du Président de la République decide enfin à Nice l’autorisation dont le besoin se faisait absolument sentir depuis longtemps.Le 17 novembre 1891 sept mois après l’autorisation présidentielle le Mont de Piété  commença ses opérations avec une subvention de100.000 f du gouvernement et 140.000 f résultant de 1400 parts de fondateurs créées par les statuts. Au 31 mars de cette année soit quatre mois et demi de gestion, un compte rendu a été présenté par le Président du Conseil d’administration.

Il résulte du rapport que nous avons sous les yeux que le taux d’intérêt  de 0.75/100 par mois soit 9/100 par an est inférieur de 3/100 à celui de Genève et tendra par l’extension des affaires à atteindre les 6.5/100 perçus par Marseille et Toulouse.

Sur 166.361 F d’argent avancé

34.475F sont rentrés

Différence 131.836 F

Les objets confiés en prédominance varient de 3 à 10 F. Sur 3343 articles, 1555 près de la moitié sont de cette espèce.

L’excédent de dépense est de 15854 F résultant des frais de premier établissement qui n’auront pas à se répéter dans l’exercice de 1892.

Voici la situation du Mont de Piété de Nice au 31 mars 1892

 

Entrée ou passif

 

Subvention de l’Etat               100.000 F

Parts de fondateurs               140.000 F

Cautionnements divers

En numéraire                           27.500 F

Intérêts des fonds placés          771.10 F

Intêrets des prêts

jusqu’au 31 et

dégagements                              402.69 F

 

Total                                   268.673.79 F

 

Sortie ou actif

 

Sommes prêtées

Sur nantissement                   165.361 F

A déduire dégagement          34.475 F

 

Reste   

                                              134.886 F

Esoèces en caisse

 et au Trésor                          117.878.84 F

Dépenses                               18.908.95 F   

 

                                              268673.79 F

Ce résultat est remarquable et fait présager un bénéfice futur et des opérations plus considérables. La situation exceptionnelle de Nice exige qu’il en soit ainsi.

Ajoutoins que le Docteur Théophraste Renaudot, le père de la Presse est également le promoteur de l’idée de Mont de Piété, et que c’est à juste titre que par un tardif hommage, une statue va être élevée à ce précurseur de l’appui momentané à l’indigent et de l’ingérence du peuple dans les questions politiques qui restaient avant pour lui un mystère. Signé A.D

 

 

Vendredi 23 septembre 1892

 

Conseil Municipal. L’administration du Mont de Piété a adressé une demande de subvention de 4000 F car par suite de nombreux prêts effectués, on se trouve dans l’impossibilité de payer le loyer et les intérêts aux actionnaires…

Le Mont de Piété est autorisé à contracter un nouvel emprunt de 200000 F

 

Samedi 23 décembre 1893

 

Indépendamment des annonces épisodiques pour le Cabinet Allègre, il apparait ce jour une annonce pour le commissionnaire du 3 rue de la Paix

 

Dimanche 01 décembre 1895

 

Le cabinet Alègre mentionne dans une publicité que les personnes intéressées peuvent passer par ce cabinet si elles ne veulent pas aller directement au Mont de Piété

 

Jeudi 29 décembre 1895

 

La Commission du Mont de Piété s’est occupée de divers détails concernant l’administration de cet établissement (sans autre précision)

 

Vendredi 2 juillet 1897

 

Le Conseil d’Administration s’est réuni hier sous la présidence de Mr Sauvan Maire. Il a examiné la situation financière arrétée au 30 juin et a expédié les affaires courantes (sans autre précision)

Vendredi 4 septembre 1899

Le Conseil d’administration du Mont de Piété de Nice s’est réuni hier en séance mensuellle ordinaire sous la présidence de Mr Honoré Sauvan Maire

Vendredi 10 septembre 1899

Nouvel administrateur nommé suite à un décès, par arrêté préfectoral

 

Remarques sur l’article du 21 avril 1892

 

Cet article mentionne une clause d’interdiction de création d’un Mont de Piété pendant trente ans à Nice qui serait incluse dans le traité de Turin de mars 1861. Cette clause n’est pas mentionnée dans les articles antérieurs.

La composition du capital est différente de ce qui est mentionné précédemment.

La convention de 1861 relative à l’interdiction du Mont de Piété n’a pas été retrouvée pour l’instant. Quelles étaient les raisons de cette interdiction?

 

Notes:

 

Parallèlement, on trouve dans le même journal par exemple à la date du dimanche 26 janvier 1890 deux encarts publicitaires, l’un pour un  Mont de Piété 7 rue Masséna sous le nom de Ch Bertier qui indique avoir été fondé en 1869, l’autre 3 rue de la Paix qui propose un taux de 4%. Quelles étaient les autorisations de ces établissements et quelles garanties fournissaient-ils?

Y avait il une tolérance?

Dans le même journal on peut lire “Nous croyons devoir rappeler au public que le bureau de Mrs Nicolas et Alègre est le seul autorisé et régulièrement accrédité auprès du Mont de Piété avec lequel il correspond directement. Par cette situation régulière nous faisons remarquer que ce bureau est le seul qui offre aux déposants toutes les conditions désirables autant pour la sécurité que par la discrétion et l”économie, 2 rue Adélaide”

Cet avis est répété notamment le samedi 10 mai 1890, le vendredi 16 mai, le mercredi 21 mai et plusieurs fois en juin

Cela fait trois adresses différentes

Or le dimanche 25 mai une nouvelle publicité parait pour le Mont de Piété 3 rue de la Paix qui propose un taux de 4%
Le 3 juillet 1890 et le 17 Juillet parait de nouveau l’annonce pour le Cabinet Nicolas et Alègre et juste après l’avis suivant:

“ Nous recommandons à nos lecteurs le Bureau du Mont de Piété de la Rue Masséna N° 7 comme le plus ancien à Nice et à même de satisfaire nos clients”

Cette publicité continue après la création du Mont de Piété officiel le 18 avril 1891.

Dans la publicité du 22 aout 1890 pour le Mont de Piété 3 rue de la Paix, sont mentionnés les noms de G. Ferrara et de Silvio Ferrara

On voit également une publicité de prêt le 16 mai 1891 pour avance sur bijoux et argenterie

Exemples de publicité

Ci dessus de gauche à droite: article sur le Mont de Piété, publicité du 26 janvier 1890, publicité du 22 aout 1890

Ci dessus de gauche à droite publicité du 16 mai 1891,publicité du 4 mar 1892, publicité du 1er décembre 1895 

 

Note sur Théophraste Renaudot

 

Divers articles consultables sur Internet ont été écrits sur ce philantrope initiateur des Monts de Piété en 1632.

Une statue en son honneur a été érigée à Loudun sa ville d’origine en 1892 et une statue à Paris 75004 en 1893

 

Bibliographie

 

Wolzok Jacques – Nice Historique 1971 N° 138 page 10

 

Dizionario geografico storico statistico commerciale compilato per cura del Professore e Dottore di Belle Lettere

Gioffredo Casalis Cavaliere dell’ordine de SS Maurizio e Lazzaro

Opera molto utile agli impiegati nei pubblici e private uffizi a tutte le persone applicate al foro alla milizia al commercio e singolarmente agli amatori delle cose patrie