Point du Ramingao à Roquebrune Cap-Martin

THOMAS ALLAN GEOLOGUE ET NICE 1777 1833

Mise à jour 04 04 2021

En collaboration avec Judit Kiraly et le professeur Gilbert Bonifas

 

Thomas Allan Esq, géologue écossais, était destiné à l’origine à être banquier comme son père.

Il a fait partie de la Royal Society. Son fils également membre, était géologue de profession.

On ignore pour quelle raison il est venu à Nice, peut-être pour raison de santé.

Il avait fait des observations sur le Bassin Parisien, la région de Poligny, la Région du Hampshire et l’Ile de Wight

Il a connu le naturaliste J. Antoine Risso qui avait le même âge et qu’il appelait son ami.

Il a fait la plupart de ses excursions autour de Nice avec Mr Rawlinson Barclay et connaissait aussi un Capitaine Brown qui a travaillé sur les fossiles.

On peut voir dans la suite du texte qu’au début du XIXème siècle plusiseurs scientifiques anglais ou écossais s’intéressaient à Nice

 

Allan a fait une communication devant la Royal Society d’Edimbourg () le 16 février 1818, consultable sur Internet.

Elle comprend trente huit pages soit vingt-six pages et un appendice de douze pages, consacré aux fossiles avec l’assistance du capitaine Brown et une carte sommaire provenant des dossiers de Risso.

C’est peut-être le premier document relatif à la géologie pour la région niçoise

Certaines parties de son texte sont diifficiles à suivre.

 

Traduction

 

Nice est située sur les rivages de la Méditerranée à la latitude de 43°41’16 N, et à la longitude de 7°16’37 E de Greenwich.

Le Comté dont Nice est la capitale, était compris dans la province romaine des Alpes Maritimes ; il fut inclus, quand il passa sous l’influence de la France, dans un département auquel on donna le même nom. Il est maintenant repassé sous la souveraineté du Piémont.

On peut considérer qu’il est limité à l’ouest par le Var, au nord et à l’est par les montagnes du Dauphiné et du Piémont ; au sud il est baigné par la Méditerranée.

Sa situation est très singulière. Bien qu’à peine à dix lieues de distance d’une des plus hautes chaînes des Alpes, il a un climat dont il peut se glorifier, égal à celui de Naples ou de la Sicile, conséquence probable de circonstances locales et très particulières. La ville et la petite plaine de Nice sont immédiatement à l’abri du Mont Boron qui arrête le souffle direct des vents du levant. Cette colline est le commencement d’une série de hauteurs qui l’entourent de tous côtés, excepté au sud. Elles s’élèvent de façon très abrupte jusqu’à une altitude de 500 à 1000 pieds qui va graduellement croissant jusqu’aux abords du Mont Cao ou Calvo, appelé Mont Chauve à cause de son aspect dénudé et sans végétation au sommet. Cette montagne domine majestueusement le reste et constitue un repère caractéristique dans cet ensemble de collines.

 

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J’ai été informé par Mr Risso que son altitude a été calculée de façon certaine comme étant de 440 toises, environ 2650 pieds.

Au delà de cette ligne de crêtes, il y en a une seconde qui le sépare des Hautes Alpes et dont les points les plus proéminents vus de Nice sont : le Col de Brois, Les Trois Mamelons, le Col d’Autillons, la Vierge d’Utelle etc. Et ensuite, comme troisième ligne de défense, les Alpes encerclent le tout, protégeant ce lieu favorisé à l’ouest par un rameau qui s’étend à travers la Provence et se termine dans la mer par les montagnes des  Estrelles (Estérel) à un endroit dénommé par Saussure Cap Roux, au  nord par cette chaîne élevée dont les sommets enneigés présentent un contraste frappant avec la plaine éternellement verdoyante en contre-bas, et à l’est par le massif qui forme la région accidentée de la Corniche et qui par la façon abrupte dont il se termine dans la mer, a fermé l’accès le plus naturel et le plus direct à l’italie.

Malheureusement la politique du gouvernement sarde a empêché l’énergie et l’industrie des hommes de s’employer en supprimant les diifficultés que la nature a ainsi interposées.

Ce n’est cependant que sur une très petite partie de ce territoire que mes observations ont porté, s’étant limitées à des trajets à cheval d’une matinée autour de la ville de Nice à un mile et demi de là où je résidais.

 

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Qu’il me soit permis de souligner, cependant, que si le cercle de mes investigations était étroit, le pays possèdait des atouts spécifiques avec les remarquables irrégularités d’un terrain qui, au delà de la petite plaine, offrait rarement cent yards de plat. Et en même temps que cette terre accidentée, partout couverte d’orangers et d’oliviers, fournissait de très nombreuses occasions d’étudier sa structure géologique, elle stimulait tout autant qu’elle récompensait, par ses aspects plaisants et variés, le travail de recherche

A mon arrivée à Nice je n’escomptais aucunement que mon examen du calcaire présent partout serait d’un grand intérêt, mais avec l’assistance de M. Risso qui s’est recommandé au monde scientifique par plusieurs travaux très intéressants d’histoire naturelle, et qui aimablement m’a signalé des choses qui avaient précédemment attiré l’attention d’autres observateurs, je fus promptement détrompé et m’aperçus que nonobstant l’apparente uniformité du pays celui-ci renfermait en abondance de quoi nourrir la réflexion du géologue et contenait  des matériaux qui semblaient ramener les actions de la nature à une période moins reculée que celle à laquelle arrivent les conclusions tirées de l’étude de toute autre région que je connais bien.

 

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Les observations qui ont été publiées ces dernières années sur le bassin parisien, et sur la région similaire du Hampshire ainsi que sur l’ile de Wight sont extrêmement intéressantes et ont en fait ouvert un nouveau champ à la recherche géologique, mais les phénomènes tels qu’on les a décrits dans ces deux cas sont au centre de tant de problèmes qu’ils ne peuvent être considérés jusqu’ici comme des bases sur lesquelles on pourrait faire reposer une quelconque conclusion générale.

Dans les environs de Nice, bien des phénomènes semblables se retrouvent mais ils s’accompagnent d’indications qui rendent la nature de leur origine plus évidente et en conséquence augmentent grandement leur importance.

Le calcaire de Nice est de deux types que, par souci de clarté, j’appellerai première et seconde sorte, et je crains qu’il me sera nécessaire de me contenter, sans en être satisfait, de ces appellations car, bien que la distinction soit si marquée dans le voisinage de Nice qu’elle ne souffre aucune hésitation,  j’ai cependant trouvé en quittant la région que lorsque la seconde commençait à prédominer elle adoptait tellement la texture et l’apparence de la première que je n’aurais pu reconnaitre la différence.

J’ai pensé que j’aurais pu me servir des termes de calcaire compact, calcaire caverneux ou calcaire du Jura. Aucun des deux premiers n’est correct car des calcaires de différentes formations sont également compacts et également remarquables par les vides qu’on trouve à l’intérieur, et en ce qui concerne le nom Jura comme terme géologique distinctif, je pense qu’il est extrêmement impropre, car en franchissant la chaîne qui porte ce nom de Gex à Poligny, j’ai noté une grande variété dans la composition du calcaire dont ses montagnes sont formées.

 

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Au sud, il ressemblait beaucoup au premier calcaire de Nice mais contenait plus de restes organiques. Avant d’arriver à Poligny, il présentait davantage l’aspect du calcaire du Derbyshire et il était accompagné de vastes quantités de chailles ou de silex disposées en lignes continues presque horizontales et parallèles aux strates. En utilisant les termes de premier et de second je ne fais allusion à aucune théorie, quoique peut-être je n’aurais pas été loin de la vérité si j’avais adopté le langage plus scientifique de « transition » et de « lité ». [NdT Dans les textes savants de l’époque « transtion limestone » et « floetz limestone » paraissent plus ou moins interchangeables. Floetz vient vraisembleblement de l’allemand Flöz qui signifie couche sédimentaire, stratification horizontale ; au vu de ce que Allan écrit dans cette page, je suggère le terme « lité » (qui se présente en lits successifs, en couches superposées ») sans être certain que ce soit le bon]

 Le premier calcaire, donc, se trouve en lits stratifiés de façon nette, inclinés plus ou moins vers l’est ou le nord-est, et est très défavorable à la végétation là où les assises affleurent : les collines sont souvent si dénudées que l’on peut suivre le tracé de l’alignement des strates d’un bout à l’autre aussi distinctement que les crêtes des sillons dans un champ fraichement labouré. Le calcaire est quelquefois d’une texture très compacte avec une importante fracture conchoïdale uniforme, généralement lisse mais à l’occasion presque esquilleuse ; il se casse en fragments aux arêtes vives, légèrement translucides et un peu fasciculés. Sa couleur est brun-pale ou grisâtre et il ne présente aucune trace de cristallisation. Selon toute apparence c’est de cette variété que le nom de calcaire compact tire son origine. Dans certaines des strates, cependant, on peut remarquer une transition graduelle de compact à cristallin et au fur et à mesure que la cristallisation devient plus parfaite la matière colorante disparaît de sorte qu’on le trouve parfois aussi blanc que le marbre statuairede Carrare.

Sa texture aussi change au fur et à mesure que la cristallisation progresse ; elle devient d’abord esquilleuse puis apparaît comme une fracture raboteuse et inégale, très différente en conséquence de la structure saccharoïde des marbres statuaires. Dans les petits creux qui surviennent parfois dans cette variété, on observe que le rhomboèdre calcaire dans les groupes de cristaux s’est très régulièrement formé et là où la cristallisation semble être un peu plus avancée la masse devient extrêmement friable, fait penser à du sable au toucher et paraît entièrement formée de rhombes.

 

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Entre ces strates, quelquefois, bien que rarement, est interposée une matière marneuse et ferrugineuse que je n’ai jamais vue dépasser 2 ou 3 pouces d’épaisseur. Elle a fortement tendance à se décomposer.

Il y a une autre variété de ce calcaire de couleur brun foncé extrêmement compact avec la texture vitreuse de notre grès durci ou du feldspath ceroide des Français ; il est moins commun que les autres.

Dans le premier calcaire j’ai trouvé du silex, non pas généralement, mais très fréquemment et là où les roches affleuraient bien, j’ai vu des nodules dont le tracé suivait le centre des couches, exactement de la même manière que dans le calcaire blanc d’Antrim ou parmi les falaises de craie de l’ile de Wight. Des restes organiques ne s’y rencontrent pas souvent. On en trouve cependant, et à un endroit précis ils sont remarquablement abondants. Les différents corps organisés que j’ai notés sont une corne d’Ammon, un echinoderme, un pecten et des coralliaires, mais tous, sauf les derniers, en spécimens uniques et isolés. Mais les coralliaires abondent en un point à environ 150 yards à l’est du phare de Saint Hospice.

Il est curieux d’observer les effets du temps sur les surfaces de certains blocs de ce calcaire. La surface des corps pétrifiés organisés étant plus dure, ils ont résisté à son action tandis que le matériau dans lequel ils étaient inclus a été emporté. De sorte qu’à certains endroits les coraux peuvent être détachés, étant tout à fait débarrassés de la pâte qui autrefois les enveloppait. Ils forment un réseau sur la surface ressemblant assez à celui que dessinent les branches d’un lierre contre un mur.

Près de ceci il y a deux ou trois autres strates où se pressent les restes de coraux, de fragments de la coquille de l’echinoderme et divers autres débris. Ces lits particuliers ressemblent à certains calcaires d’Angleterre qui renferment des corps organisés cristallisés et inclus dans une pâte de calcaire compact.

 

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Cette pierre est particulièrement dure, cassante et très sonore ; sa couleur est d‘un brun clair teinté de rouge. Ici aussi l’action du temps a rendu les parties pétrifiées saillantes et produit une surface très rugueuse et aride. Je crois comprendre que le calcaire coralien a été décrit par M. St Fond comme une formation particulière. Nul doute que les lits qui contiennent ces corps organiques diffèrent de ceux qui n’en contiennent pas. Ils forment cependant des sections de la même série de strates, et dans mon acception du terme, font partie de la même formation.

Ayant décrit les caractères et la composition du premier calcaire, je vais continuer par des remarques sur les grottes qui s’y sont si fréquemment formées. On les trouve non seulement au bord de la mer mais en hauteur sur les sommets et les flancs des collines où, à en juger par l’état actuel des choses, il n’y a jamais eu d’eau qui ruisselle. J’ai aussi vu des fractions de cavités dans des endroits très instructifs le long de la nouvelle route de Gênes appelée pompeusement le chemin de Rome. Ici elles ont été tranchées pendant qu’avançait cette entreprise utile, mais désormais abandonnée, et ainsi sectionnées s’offrent totalement aux regards. Il est très difficile de déterminer à quoi ces cavités doivent être attribuées, mais à en juger par l’aspect disloqué observable chez celles que l’on vient de mentionner il est probable qu’elles doivent leur formation à quelque grande commotion ; venait-elle du haut ou du bas ? Nous serons peut-être plus à même de hasarder une hypothèse par la suite.

Non sans rapport, selon moi, avec ces cavernes, est l’état brisé et fragmenté dans lequel on trouve très fréquemment le premier calcaire, constituant la brèche en place de Saussure, une des particularités plus intéressantes que l’on rencontre dans l’histoire de cette matière.

 

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Sur le sommet des montagnes, en fragments instables, et dans des grottes, en colonnes massives, on trouve beaucoup de calcaire stalactifère connu sous le nom d’albâtre antique qu’on trouve également remplissant les cassures et formant le ciment de la brèche en place. Un bon exemple de la façon dont cette substance s’est infiltrée est fourni par les sections ouvertes lors de la construction de la nouvelle route à laquelle j’ai fait allusion ci-dessus. Des cavités y apparaissent qui ressemblent fort à certains égards à cellles de calcédoine telles qu’on les voit dans les roches trappéennes des Feroë, quoique à une échelle différente. La matière calcaire s’est déposée doucement et lentement sur les bords de la cavité, ici et là est tombée en stalactites depuis le haut, soit librement en colonnes, soit le long des parois, et ensuite a formé des bandes horizontales au fond, comme l’onyx dans des milliers de cailloux parmi tous ceux que l’on trouve dans les zones amygdaloides d’Ecosse. Inséparable de tous ces éléments, cependant, il y a la veine par laquelle l’infiltation s’est introduite ; et en ceci repose la distinction entre ces géodes calcaires et celles qui sont calcédonieuses.

Outre cette espèce de ciment, il y en a d’autres dont une forme un calcaire très compact et présente souvent une fracture conchoidale plane d’une couleur rouge-brun pale et fréquemment dendritique. Elle évolue vers une variété plus grossière qui montre une fracture assez esquilleuse de couleur rouge foncé. Il y a quelques exemples remarquables des infiltrations de ce matériau où les grands bancs calcaires sont non seulement, pour ainsi dire, soudés les uns aux autres mais où, ayant été concassés en de très petits fragments, ils sont à nouveau comprimés et forment les masses les plus compactes. Un autre ciment est d’un rouge brique pale, plus terreux dans sa texture et quand il forme la base de la variété blanche de calcaire, il produit un très bel et singulier effet. Les fragments sont quelquefois en blocs très importants et quelquefois en minuscules particules ; quand il est exposé à l’action du temps le ciment est fréquemment enlevé de la surface par les intempéries et laisse derrière lui les fragments comme un tas de gravier.

 

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Cet état fragmenté et brisé du calcaire, pour autant que j’ai pu l’observer, est plus abondant aux abords et sur les pentes des collines qu’aux endroits qui ont été usés par l’action des rivières ; et dans les environs de Nice c’est exclusivement spécifique du premier calcaire. Tous les ciments sont plus ou moins argileux et si je peux excepter l’apparition occasionnelle de pyrite et çà et là la présence de coquilles, je n’ai pas observé d’autre mélange étranger.

L’apparition de coquilles, cependant, dans la pâte qui agglutine les fragments du premier calcaire est un fait très curieux. Elles ont pû exister peut-être vivantes, mais certainenement, ou du moins en toute probabilité, dans un état récent quand cette agglutination a eu lieu et elles y ont été incorporées avec le ciment. C’est un fait qui mérite fortement qu’on y prête attention, en particulier quand on trouve les coquilles à une hauteur considérable. Je me rappelle avoir été très surpris de trouver de minuscules coquilles incluses dans la brèche près de ma maison. Mais à leur sujet, comme la pâte était exceptionnellement surabondante et que l’endroit n’était pas exposé de façon très satisfaisante je n’ai pas estimé que je disposais là d’une base suffisante pour faire des conjectures.

J’ai eu dernièrement l’occasion de rendre visite à mon ami Mr Rawlinson Barclay à Londres. C’est en compagnie de ce monsieur que j’ai effectué la plupart de mes excursions dans les environs de Nice. Il m’a donné un des spécimens qu’il a recueillis après mon départ, celui-ci récolté près du sommet du Mont Chauve. Ce spécimen est non seulement remarquable par l’emplacement où il a été trouvé mais par la particularité des coquilles qu’il contient et qui proviennent d’origines très variées. Selon le capitane Brown, l’une a toutes les apparences du Turbo Fontinalis, la seconde est seulement un fragment de coquille renversée qui semble être un morceau du Bulla Hypnorum ayant conservé sa couleur et sa patine lustrée à un point vraiment extraordinaire. Les deux sont des coquilles d’eau douce. La troisième, de grande taille comparée aux autres, a la forme exacte du B. Ampulla de Linné ou de l’Amydalus de Dillyinn, et est un coquillage marin.

 

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Qu’elles aient pu tomber accidentellement dans des fissures et qu’elles y aient été agglomérées par l’action du temps est très possible. Mais leur présence à une altitude si élevée est signe d’un état de choses totalement différent de celui qui a prédominé à une période ultérieure. J’ajouterai seulement en ce qui concerne la brèche elle-même, combien il est merveilleux de voir de quelle manière le remplissage a été complètement et parfaitement accompli. Au lieu que le fluide ait dû passer de la surface vers l’intérieur de la roche au travers de pores obstrués, le liquide ici semble avoir été absorbé comme par une éponge et la masse présente très souvent une plus grande solidité à l’intérieur que vers la surface.

Je vais maintenant m’occuper du second calcaire.

Cette variété repose sur la première et dans ce voisinage est composée de strates de dimensions très variées, mesurant de quelques pouces à deux ou trois pieds d’épaisseur, laquelle peut même dépasser ce chiffre, mais assez rarement. Par cette diversité dans la dimension des couches, cette variété présente un fort contraste avec le premier calcaire dont les lits apparaissent remarquablement uniformes quand on a l’occaion de les trouver convenablement exposés au regard. Ce second calcaire est accompagné occasionnellement d’une espèce de sidérite argileuse de piètre qualité et d’une sorte d’argile bleue marneuse, substance qui a une forte propension à se décomposer. Bien qu’il se trouve sur le premier calcaire, il n’occupe pas une position concordante. On dirait qu’il a été déposé immédiatement avant que les collines ne prennent leur forme actuelle et que, en conséquence de leur soudaine élévation, il a été rejeté de côté avant sa parfaite consolidation et a glissé dans les vallées dans la plus complète confusion, parfois s’appuyant latéralement contre le premier calcaire, parfois pointant ses bords vers lui et très souvent prenant un aspect singulièrement tourmenté.

 

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En ce qui concerne sa composition elle varie considérablement. Sa couleur passe d’un gris bleuâtre à un gris brunâtre. Il est quelquefois résistant sous le marteau ; très dur et à grains serrés quand il se casse en fragments angulaires fasciculés ; faiblement translucide sur les bords avec une sorte de cassure esquilleuse. Il se présente encore avec une texture terreuse et terne, se cassant en blocs rugueux et irréguliers et dégageant une forte odeur argileuse. Dans la variété compacte on trouve très souvent du silex, dispersé irrégulièrement dans toute la masse, ne conservant pas un alignement net comme il le fait dans le premier calcaire, nullement constitué en nodules distincts mais au contraire formant des agglomérats qui apparaissent chimiquement combinés avec le calcaire. Il contient occasionnellement une profusion de restes organiques. C’est particulièrement le cas dans la presqu’île de Saint Hospice où, à un endroit, la roche paraît formée d’une variété de minuscules nautiles mélangés avec de petites nummulites. Différentes huitres, des peignes et des gryphées, y ont aussi été trouvées avec des fragments de coquilles d’echinoïdes. Il arrive quelquefois que l’argile bleue marneuse qui accompagne le second calcaire se présente en lits très épais mais toujours concordants, et comme rien ne pousse sur elle dans les lieux élevés et exposés, elle donne un aspect très désolé au paysage qui à certains endroits ressemble aux districts miniers de Cornouailles en raison des tas de débris dénudés déposés par la décomposition. Cette argile ne contient pas beaucoup de coquilles. Dans quelques cas j’en ai observé qui étaient dispersées en petit nombre et nullement dans le parfait état où je les ai trouvées ailleurs. Il y avait parmi elles des bivalves et des univalves ; une de ces dernières, de la famille des trochidae, était singulièrement aplatie.

 

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Le minerai de fer qui apparaît aux mêmes endroits est peu important et peut-être pas très répandu, il ne sert à rien de très utile pour autant que j’aie pu m’en assurer.

Il y a une autre substance qui apparaît çà et là dans les lits du second calcaire, analogue au calcaire roux d’Antrim et qui est je crois un composé de carbonate de chaux et d’augite granuleuse, similaire à la coccolithe d’Andrada mais de grain beaucoup plus fin.

Dans les deux cas la couleur est vert foncé et quand la matière calcaire est séparée au moyen de l’acide, la coccolithe demeure en minuscules grains de couleur foncée. En Irlande cependant elle apparaît en strates plus régulières et de superficie considérable, toujours sous le calcaire blanc et avec les grains d’angite éparpillés régulièrement sur toute son étendue. Ici les lits semblent être de simples dépots adventifs n’offrant aucune conformité avec les couches qui les accompagnent, extrêmement irréguliers et de faible étendue. Quelquefois ils sont entièrement composés de coccolithe quand ils sont d’un vert très foncé et très friables. La substance, dans cet état, est utilisée pour la fabrication de pigments. Elle est, cependant, généralement dispersée dans le calcaire et dans cet état-là forme une très belle roche. Ici, aussi bien qu’en Irlande, elle contient en général des restes organiques. Outre quelques bivalves, la bélemnite, la corne d’Ammon et le nautile sont généralement les coquilles que j’y ai vues. On la trouve à différents niveaux, hauts et bas, et on peut la considérer comme un membre indépendant de la formation constituée par le second calcaire.

Il y a une autre variété de calcaire, évidemment apparue à une date ultérieure, qui se trouve aussi dans ces parages, mais sur une si petite échelle qu’elle mérite à peine qu’on s’attarde à l’observer. Je l’ai remarquée à un seul endroit de la route allant de Nice à Villefranche. Elle s’y présente en bancs épais d’une texture molle et terreuse qui contiennent une certaine quantité de restes végétaux. Elle est d’une couleur verdâtre tirant sur le gris et est probablement une espèce de tuf calcaire, lequel, dans un pays entièrement composé de calcaire, est une manifestation très commune.

 

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On rencontre de même quelques dépots de gypse, lequel est du type amorphe et feuilleté et, comme celui de Compostelle, fortement teinté par du fer oligiste, mais ne contenant pas de cristaux de quartz. Le banc le plus considérable se trouve dans le voisinage immédiat de Nice : il s’appuie sur l’extrémité sud de la colline de Cimiez et au nord, il est attenant au premier calcaire. Au dessus de lui il n’y a pas grand-chose d’autre sinon de l’humus. J’ai cependant noté quelques traces de Silex talcum qui pourraient faire penser qu’il fait partie du second calcaire. Je ne peux cependant trancher sur ce point car nulle part je ne l’ai vu suffisammment exhumé.

Tels sont les matériaux non alluviaux dont cette intéressante contrée est composée. Une bonne part du calcaire que j’ai remarqué dans le sud de la France entre Aix et le Var, m’est apparu en le parcourant rapidement, comme étant de la même nature que celui que j’ai ici qualifié de ”premier” et que j’ai été conduit à considérer comme appartenant à la série de transition. Sur ce point cependant je ne parle qu’avec prudence ayant eu très peu l’occasion d’examiner ses relations combinées à toute autre roche apparemment plus vieille ou contemporaine.

En quittant la région par le Col de Tende, peu de temps après être sorti de Nice, je n’ai aperçu, sauf sur deux monts et seulement de loin qui plus est, aucune trace de mon premier calcaire. Tout le pays était occupé par le second qui, imperceptiblement, modifia tellement ses caractéristiqyes internes qu’à Tende je fus pour un temps amené à considérer qu’il était du type le plus ancien. Il présentait toujours cependant une différence marquée quant à sa position, étant invariablement extrêmement incliné et en beaucoup d’endroits contorsionné à un degré remarquable n’ayant rien à envier, à cet égard, aux circonvolutions excentriques des roches transitives de St Abb’s Head.

 

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En quittant le village de Tende pour gravir le terrible passage du Col de Cornio, de loin le plus difficile de tous pour entrer en Italie, le changement de roche depuis longtemps désiré se présenta avec le calcaire de Tende qui repose dans une position si mal commode et si caractérisée qu’il y avait peu de chance de se tromper.

J’ai suivi la trace de ce calcaire jusqu’au sommet de la montagne où il reposait directement sur des roches qui me sont apparues comme appartenant à la série de transition -- à partir de quoi, si mon hypothèse est correcte, il est juste d’inférer que le premier calcaire de Nice est bien du type auquel je fus initialement amené à suspecter qu’il appartenait.  Il est très remarquable cependant qu’en Angleterre, que je sache, il n’y a pas de calcaire similaire, pas plus que je n’en connais en Ecosse ou en Irlande qui puisse être rangé dans la même classe que lui, nonobstant la grande étendue que le calcaire occupe dans cette partie du monde.

Si mes observations n’ont pas été défaillantes, ces quelques substances comprennent la totalité des roches qu’on peut trouver dans le voisinage de Nice. Mais avant de les quitter je dois revenir au premier calcaire afin de décrire les fissures remplies de coquilles marines qui prédominent non seulement dans la roche au château de Nice mais encore sur le promontoire adjacent du Mont Boron. Je cite ces lieux car c’est là seulement que j’ai eu l’occasion de les examiner, bien que je ne doute pas que des phénomènes du même type abondent partout dans les alentours. Les fissures dont je parle maintenant semblent s’être formées après la consolidation de la brescia déjà décrite et sont littéralement remplies en certains endroits de coquilles de mer -- des espèces qui toutes vivent actuellement en Méditerranée, état de fait qui a suggéré à M. Risso l’appellation bien choisie de marbre méditerranéen. Nombre de ces coquilles conservent leur éclat nacré et leur couleur, et bien que fusionnées en masses parfaitement compactes, elles gardent leur forme et leur aspect sans grande altération par rapport au jour où elles se sont déposées. Les fissures qui contiennent ces restes organiques sont parfois comblées avec du calcaire massif où n’apparaît aucune pétrification, ce qui montre que le dépôt de coquillages avait cessé avant de recommencer.

 

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La rencontre de ces restes marins prouve de la manière la plus satisfaisante qui soit que la mer a dû monter bien au-dessus du niveau de ces roches à une époque où elles se disjoignaient dans toutes les directions, et comme pour prouver que ces opérations eurent lieu lentement j’ai trouvé sur les bords de certaines fissures, depuis remplies par le marbre méditeranéen, les perforations de la pholade avec la coquille de cet animal restée en place.

Mais outre les collines composées de matériaux compacts, il y en a d’autres de grande importance que l’on considère leur étendue ou les déductions géologiques qu’on peut tirer de leur structure et de leur aspect -- je veux parler de celles constituées de graviers qui occupent surtout l’ouest de la région.

En voyageant le long des rives du Rhône de Lyon à Avignon, je fus très frappé par l’énorme quantité de détritus rocheux répandus sur une grande partie du parcours qui, tous ou presque, appartenaient à la chaîne alpine à travers laquelle coule ce fleuve puissant.

Les détritus géologiques sur les bords du Var sont de même nature, composés d’amas de granit, de micaschiste, de quartz et de jaspe, de morceaux d’actymolite compact et de serpentine, mais pour autant que j’ai pu m’en assurer, il n’y avait pas de fragments de trapp.

Saussure (parag 1428), affirme qu’il ne vit rien d’autre dans les graviers du Var que du calcaire et du grès, mais il ne les avait certainement pas examinés avec son acuité habituelle.

Les collines constituées de ce gravier s’élèvent de façon abrupte depuis la plaine et les plages, formant une crête arrondie de hauteur uniforme mais montant graduellement à partir de 500 ou 600 pieds d’altitude jusqu’à ce qu’elle vienne s’appuyer assez haut contre les pentes du Mont Chauve.

 

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           Lorsqu’on considére cette masse de matière alluviale depuis le sommet de cette montagne, elle donne l’impression d’avoir autrefois formé un rivage continu à travers lequel les torrents se sont frayés un passage pour produire les nombreuses et pittoresques vallées qui l’entrecoupent en tous sens. On peut considérer que le Var lui-même est l’un de ceux-ci, et près de ses rives, j’ai observé des falaises découpées dans ce gravier, d’au moins 400 pieds de haut et tout à fait verticales.

Les actions des divers petits ruisseaux qui occupent les lits par temps de pluie - car par temps sec on n’y voit peu ou pas d’eau - sont très remarquables. Quelquefois je les ai remontés, ayant à peine la place de me faufiler entre ces murs verticaux, pour découvrir que l’entaille se terminait soudainement par une ouverture circulaire, comme un puits profond dans lequel un filet d’eau se précipitait.

Dans le Vallon Obscur le passage n’est à certains endroits pas large de plus de 3 à 4 pieds et les parois s’élèvent d’au moins 100 pieds de chaque côté, couronnées au sommet par des arbustes et des arbres qui pendent souvent de façon effrayante tout en haut dans le vide. Bien qu’il n’y ait pas de couches régulières, l’inclinaison générale du gravier vers la mer est bien distincte dans chaque échancrure qui va dans cette direction, tandis que dans celles qui lui sont perpendiculaires les graviers semblent disposés plus horizontalement, montrant que par quelque poussée uniforme ils ont été charriés constamment dans une même direction, de même façon que le Var et d’autre torrents de montagne transportent leurs propres sédiments et les déposent dans l’océan.

Bien que sans grand intérêt à première vue, ces tas de gravier ajoutent un autre maillon très important à la chaîne des phénomènes qu’offre cette région. Dans les différents collines les galets sont noyés dans le sable qui est plus ou moins abondant. Des dépots d’argile sont aussi communs. Quelquefois, ils apparaissent en petites veines, quelquefois en vastes lits épais de 30 à 40 pieds. La couleur est soit d’un brun jaunâtre soit d’un gris pale tendant vers le bleu.

 

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Dans les deux cas, ce sont des mélanges de matière argileuse et de calcaire. La première se rencontre souvent sans le second, et quand ils sont ensemble, elle occupe toujours la position supérieure.

Les briques et les tuiles sont faites d’argile bleu et je pense que celle-ci pourrait être utilisée avec succès à la fabrication de poteries car elle forme une pâte adhésive dure une fois malaxée avec de l’eau, et prend une délicate couleur rouge pale une fois cuite.

C’est dans ce type particulièr d’argile qu’on trouve une variété considérable de coquilles appartenant à des espèces qui toutes se rencontrent encore vivantes en Méditerranée. J’ai trouvé quelques unes d’entre elles dans un parfait état de conservation, mais en général elles étaient tellement décomposées qu’il était très dfficile de les extraire de l’argile. On peut trouver ces dépots argileux dans presque toutes les vallées, et bien qu’il arrive que certaines sortes de ces coquilles prédominent dans une vallée plutôt que dans une autre, il reste que dans l’ensemble elles appartiennent toujours aux mêmes variétés et possèdent un caractère particulier à l’argile dans laquelle on les trouve.

Dans un emplacement où le dépot était simplement du sable et de peu de pouces d’épaisseur, j’ai trouvé une grande quantité de bivalves, principalement des peignes et d’autres petites sortes d’ostracés, mais pas une seule univalve. Dans le cas particulier auquel je fais maintenant allusion je n’ai pas de doute que les coquilles n’étaient pas très anciennes, peut-être même vivantes, quand elles ont été abandonnées par la mer. Il est vrai que pour une coquille intacte de trouvée, j’ai écarté les fragments de centaines d’autres. Cependant, il semble impossible que des coquilles si délicates et si minuscules aient pu se prêter à un charriement. D’ailleurs la quantité de celles qu’on trouve ici réunies fait penser à la probabilité d’un lit originel. Dans le même banc j’ai observé des coquilles d’huitres dans un état si parfait que je n’aurais pu croire qu’elles n’étaient pas récentes si je ne les avais pas dégagées de mes propres mains. Certaines étaient fixées à des agglomérats de graviers, non pas agglutinées par un ciment calcaire, mais attachées comme elles le sont dans l’océan au terrain sur lequel elles croissent.

 

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De ces faits il paraît assez évident que ces coquilles ont dû être déposées à différentes périodes pendant la lente formation des amoncellements de gravier dans lesquels elles sont incluses, et aussi que ces agrégats ont eu besoin d’une longue période pour se former à en juger non seulement par la croissance des coquilles mais aussi par la nature des matériaux dont les collines sont composées et par la distance sur laquelle ceux-ci ont été transportés. Quand on considère le temps nécessaire pour la destruction des roches originelles, et la réduction à leur état actuel, l’esprit doit revenir à une période en comparaison de laquelle celle de l’Histoire n’est qu’une bagatelle.

Dans toutes ces transformations on ne perçoit nulle trace d’urgence ou de confusion, pas de trace des convulsions qui doivent les avoir précédées avant la formation du marbre méditerranéen. Au contraire, si on considère la disposition des matériaux eux-mêmes, l’extrême délicatesse et l’état de perfection dans lesquels beaucoup de coquilles ont été trouvées, on tient quasiment une preuve positive que l’accumulation s’est produite avec un minimum de turbulences et que ces agrégats de graviers ont été entraînés graduellement vers le bas et déposés calmement dans la mer.

La forme qu’ils présentent est également analogue à la nature de la plage dans les environs de Nice, laquelle bien que composée de galets roulés est remarquablement pentue de sorte que la mer devient soudainement très profonde. Saussure assure qu’à seulement une lieue de la côte, il a mesuré 1800 pîeds d’eau. De là, en supposant une dépression supplémentaire de la Méditerranée nous devrions avoir une autre série de pentes raides similaire à celle que les lits de graviers présentent actuellement et dont les côtés et l’étendue auraient été avec le temps creusés et découpés par le cours des torrrents.

 

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Il y a d’autres couches contenant des restes organiques que j’estime s’être formées postérieurement aux amoncellements de graviers.

La première de celles-ci se situe à l’ouest de la plaine de Nice, à environ un mille de la mer. Il s’agit d’un banc entièrement composé de sable et de coquilles marines. Ce sont principalement des bivalves mais on trouve parmi elles quelques miniscules univalves. Bien que les espèces puissent être considérées comme les mêmes, l’état dans lequel elles apparaissent est assez différent de celles qui sont dans l’argile bleu et si l’on excepte quelques grosses coquilles d’huitres, et quelques peignes, le reste est dans un tel état de décomposition qu’il est impossible de les dégager du sable.

La seconde diffère de celle-là mais seulement eu égard à la variété de coquilles qu’elle contient, car, elle est composée de la même sorte de sable.  Elle est située sur les bords du Paillon juste en amont du village de la Trinité. Ici le sable recouvre la surface d’une colline qui a été mise en culture et la variété de coquilles qu’elle contient est immense. Quand celles-ci sont déterrées par la pioche du paysan et qu’on leur laisse perdre progressivement leur humidité, elles deviennent dures et on les trouve souvent en bon état. Lorsqu’on creuse pour les dégager cependant, elles sont souvent si molles qu’il est très difficile de ne pas les endommager. Si elles peuvent être sorties entières ells atteignent ensuite un certain degré de dureté, mais même à l’état pulvérulent les variétés dont elles font partie sont distinctement visibles, et toutes, m’a t’on dit, appartiennent à des espèces vivant encore en Méditerranée. D’ailleurs j’ai vu la plupart d’entre elles, sinon toutes, sous des formes récentes.

Ces deux couches semblent correspondre à une troisième époque dans le travail de la mer sur la terre, mais il y en a une quatrième dont toutes les caractéristiques la rendent plus récente encore. On la rencontre dans la presqu’île de Saint Hospice, et il n’est peut-être pas interdit de poser la question de savoir à quel stade les coquilles doivent être considérées comme fossiles. Nombre de celles que j’ai trouvées à cet endroit étaient dans un état tellement parfait qu’il était presque impossible de les distinguer des coquillages morts et intacts qui sont rejetés sur la plage. Certaines d’entre elles ont conservé leur couleur, particulièrement les rouges, au point de tromper n’importe qui.

 

 

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Saint Hospice est une longue péninsule étroite dont la forme d’une extravagance rare constitue une particularité fort pittoresque du paysage environnant ; elle est pour la plus grande part couverte d’oliviers. Certains sont si gros et paraissent tellement anciens que les gens du pays pensent qu’ils ont six ou sept cents ans. L’isthme par lequel la péninsule est reliée au continent est sa partie la plus basse. Là elle peut être à soixante-dix ou quatre vingts pieds au dessus du niveau de la mer.

Mr Risso (Journal des Mines N° 200) a décrit un dépot d’arène marine et de coquillages qui a été trouvé en forant un puits dans la presqu’île à la hauteur de vingt mètres au-dessus du niveau de l’eau. Trois mètres à peine avaient été creusés quand le dépôt en question a été atteint qui se révéla être épais de cinq mètres. Les coquilles y furent découvertes dans un état tellement parfait que lorsque Mr Risso les présenta comme étant des fossiles à Paris, sa bonne foi fut quelque peu mise en doute. Sur le flanc oriental de la presqu’île de Saint Hospice, à moins de trois cents yards de cet endroit, sur le bord de la falaise, j’ai trouvé ce qui paraît être la continuation du dépot ci-dessus, mais ici pas à plus de quinze à vingt pieds au dessus du niveau de la mer. Les coquilles sont posées sur une masse d’argile bleue appartenant au second calcaire, et sont soit incluses dans un sable fin, blanc et sec, ou mélangées à une certaine quantité d’argile marneuse ; à un endoit elles sont si abondantes qu’elles peuvent être extraites à poignées.

La couche qui contient ces coquilles varie en épaisseur ; à certains endroits elle peut mesurer de douze à quinze pieds. Sa partie supérieure est souvent tellement durcie qu’il faut un marteau pour la casser, alors qu’ailleurs elle peut être creusée avec une truelle. Mon impression est que si on l’observait attentivement on trouverait qu’elle s’étend sur une très grande partie de la péninsule : en marchant le long de son rivage j’ai remarqué des traces de la même sorte de sable et je n’ai aucun doute qu’elles soient ininterrompues.

 

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Je considère ceci comme le dernier travail de la mer avant qu’elle ne soit revenue au niveau actuel. Outre les coquilles, et les fragments de corail que le banc contient, j’ai trouvé des parties de membres de crustacés.

Le dernier fait que je me dois de noter n’est pas le moins intéressant. C’est celui qui a réduit à quia tous ceux qui ont tenté d’en rendre compte, et qui exige encore davantage d’observations avant de pouvoir être résolu de façon satisfaisante.

Ce pays comme beaucoup d’autres baignés par la Méditerranée contient différents dépots d’ossements d’animaux. Ils sont généralement enchâssés dans une argile rouge durcie formant une masse que l’on désigne sous le nom de brêche osseuse. Ce conglomérat est déjà si bien connu qu’il n’est pas nécessaire que je note autre chose que les singularités que j’ai personnellement remarquées.

 A proximité, il y a trois différents dépôts, un à Cimiez, un autre à Villefranche et le troisième sur le rocher du château de Nice. Le premier, je ne l’ai jamais vu. On m’a appris qu’il a été récemment recouvert de gravois. Des trois, c’est celui qui est de beaucoup le plus éloigné de la mer. Celui qui se situe près de Villefranche est de très petite étendue. La pâte y est d’un rouge brique vif et se caractérise par une grande dureté. Les fragments d’os et de dents qui y sont encastrés sont extrêmement blancs et parmi eux il y a quelques cailloux arrondis de calcaire et parfois des coquilles marines. Dans une partie du dépôt où il n’y a pas d’os ou, si on en trouve, seulement de minuscules fragments, le conglomérat paraît être une accumulation de coquilles marines mélangées à des piquants d’échinoïdes.

 

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Au château de Nice les os apparaissent dans deux états différents ; l’un formant une brèche très dure, indurée, dont la pâte varie du brun à une couleur presque noire, dans l’autre ils sont peu compacts ou faiblement agglutinés par des infiltrations calcareuses avec des fragments de calcaire et de coquillages, ce qui prouve que la mer a continué son action quand la révolution qui a entraîné ce dépôt a eu lieu.

Que la mer se soit retirée puis de nouveau élevée ou qu’une vague ait recouvert tout ce secteur et en se retirant ait emporté tous ces débris avec elle est très probable car il semble qu’il existe plusieurs fissures très différentes de celles précédemment mentionnées, certaines contenant quelques fragments d’os dispersés et d’autres rien que de la terre meuble et des pierres qui avaient été probablement produites par quelque convulsion longtemps après la formation du marbre méditerranéen, mais à une période antérieure à, ou peut-être contemporaine avec, la révolution qui a rassemblé les restes de tellement d’animaux différents.

Si l’on se réfère à l’article du colonel Imrie dans le quatrième volume des Transactions de cette Societé, il apparaît que les brêches niçoises qui renferment des ossements sont constituées de manière tout à fait analogue à celles de Gibraltar si ce n’est le fait qu’elles sont accompagnées de traces d’animaux marins, cependant que l’on remarque que seuls des testacés terrestres accompagnent les secondes. Cela forme une distinction frappante entre elles, mais c’en est une qui tend plutôt à compliquer qu’à élucider l’histoire de leur formation.

Certaines personnes ont beaucoup tenu à rapprocher les opérations de la nature dans la formation des roches de cette région d’une période qui serait même postérieure à celle où l’humanité se civilisa ; et Saussure mentionne une histoire qui lui a été racontée par le Consul de France en 1787 au sujet d’un clou de cuivre dont on disait qu’il avait été trouvé au cœur d’une masse compacte de calcaire.

 

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J’ai été informé de quelque chose de similaire par mon ami Mr Risso qui me montra trois ou quatre clous et m’en offrit obligeamment un : ceux-ci, m’assura-t-il avec toutes les apparences de quelqu’un qui en était convaincu, avaient été tirés de couches denses dans les environs du port. Nous avons très souvent convenu de visiter l’endroit, mais le hasard fit qu’il se présenta toujours quelque chose pour nous en empêcher. J’ai quitté Nice sans être persuadé que la couche dense était plus que l’agglutination des galets de la plage, même si je crois bien que rien ne pourra empêcher le clou de prendre toutes les caractéristiques d’une authentique antiquité. bien que les clous aient eu toute l’apparence d’une authentique antiquité.

J’ai ainsi énuméré tous les choses dignes d’attention que j’ai rencontrées dant cette intéressante région, et bien que mes observations aient été extrêmement circonscrites, il n’en demeure pas moins que les matériaux que ce petit endroit contient sont de grande importance dans l’histoire géologique du globe. On peut remarquer cependant que les phénomènes qu’il présente sont un peu particuliers.

Dans la plupart des pays, les restes organiques sont de nature totalement différente de celle des animaux vivants qui les peuplent maintenant, prouvant ainsi que de grandes modifications ont dû affecter le fonctionnement physique, si je peux utiliser une telle expression, des différentes contrées où on les trouve. Le squelette de l’alligator, la carapace de la tortue, les empreintes du palmier que les strates de la Grande-Bretagne renferment en abondance, de même que les dents de l’éléphant et les os du mastodonte qui ont été découverts dans des dépots alluviaux, tendent à montrer dans quelles conditions différentes notre pays a dû exister antérieurement. Les restes marins sont dans la même catégorie. Ils n’appartiennent jamais, sinon rarement, aux espèces que l’on rencontre vivantes le long de ses côtes.

 

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Pas plus loin que le versant opposé de la ligne de collines qui sépare la région niçoise de la vallée du Pô nous trouvons une différence marquée. Outre les restes d’animaux que nous venons de mentionner, plus ceux de l’hippopotame, de l’ours et de l’élan, Brocchi a dénombré 284 coquilles diférentes, nombre d’entre elles habitant des océans lointains ou ayant des prototypes tout à fait inconnus, alors que tous les restes fossiles marins de Nice peuvent se trouver sous des formes récentes dans la mer voisine.

Brocchi, il me semble, est porté à mettre en doute le fait que les coquilles de Saint Hospice sont réellement des fossiles comme l’affirme M. Risso dans son court mais intéressant mémoire sur cette péninsule, et tend à considérer cet endroit comme le fond d’une mer antérieure. Personne, je pense, ne contestera ce dernier point, mais quant aux coquilles qui seraient ou non réellement des fossiles d’un point de vue géologique, cela doit dépendre, comme je l’ai déjà dit, de l’acception du terme. Car ici, nous relevons les traces de ces restes marins déposés sans aucun doute à diverses époques depuis un état dans lequel ils ont subi très peu de changement jusqu’à à un autre où ils ont été réduits à n’être plus qu’une impalpable poussière. Et finalement nous les rencontrons enchâssés dans de la roche massive et même là conservant un degré élevé de coloration ainsi qu’un éclat perlé pour ceux dont c’est la particularité.

Dans la brèche à os nous trouvons certainement les restes d’animaux terrestres qui n’existent plus en Europe. Cependant l’état des restes organiques marins montre que les changements qui ont si étrangement affecté d’autres contrées ne semblent pas être advenus ici et il prouve de même, de la manière la plus incontestable, la grande modification qui s’est produite dans les positions relatives de la mer et de la terre.

Par quoi cette modification a été provoquée, je n’aurai pas la prétention de débattre. C’est une enquête passablement analogue à celle sur la formation originelle du globe ou, comme il est dit plus modestement, de la croûte terrestre, et il est peu probable qu’un résultat satisfaisant en soit la récompense.  

 

 

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Qu’il me soit simplement permis de noter, cependant, que pendant que Brocchi soutient que les eaux de la Méditerranée ont pu s’échapper par l’ouverture du détroit de Gibraltar, il combat l’hypothèse de Risso fondée sur les traditions rapportées par Strabon selon laquelle la venue des eaux du Pont-Euxin quand elle se sont frayées pour la première fois un chemin vers la Méditerranée à travers le Bosphore thracien éleva le niveau de la Méditerranée alors qu’elle était encore séparée de l’océan.

Qu’un tel événement ait pu créer une immense vague qui submergea les côtes adjacentes est très probable, mais son influence aurait été très passagère car toute l’eau qui aurait pu se déverser de la Caspienne et du Pont-Euxin réunis en conséquence d’une telle catastrophe, à moins de supposer que ces mers aient été bien plus étendues que maintenant, aurait eu un très faible effet sur un espace d’une immensité telle que celle de la Méditerranée.

Une chose cependant semble très claire : la modification des niveaux, l’un relativement à l’autre, n’a pas été occasionnée par l’élévation de la terre consécutivement au dépôt des couches de gravier quoi qu’il ait pu arriver avant cette période. Les caractéristiques de ces amoncellements alluviaux sur lesquelles j’ai fondé mon argumentation sont totalement distinctes de celles des roches de la transition et du lité dont les territoires sont souvent envahis par des formations de granit et de trapp et offrent tous les signes d’un exhaussement qui s’est effectué dans la violence et les commotions. Les couches de gravier au contraire n’ont subi aucun changement, excepté quand elles ont été entaillées par les eaux de surface après leur dépot originel. Elles semblent avoir été laissées exactement telles qu’elles sont dans leur situation présente -- et exactement de la même manière que les débris déposés par la poursuite du même processus continuent encore de l’être -- et portent très satisfaisamment les marques qui démontrent qu’elles sont restées depuis dans un état de repos parfait.

 

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Comme la formation de ces amoncellements de gravier continue encore sous nos yeux, la progression, si on pouvait l’établir, de ces monticules qui sont évidemment poussés par tous les fleuves qui se déversent dans la Méditerranée constituerait un très singulier sujet de spéculation. Il serait intéressant d’apprendre combien d’années furent nécessaires pour produire une perceptible différence sur les fonds à l‘embouchure du Var, et quoiqu’ une grande marge de tolérance serait indispensable, il n’en reste pas moins que des observations précises de cette sorte fourniraient certains éléments grâce auxquels la période probablement requise pour la formation des berges au-dessus pourrait être calculée.

 

Notes :

 

Brocchi Giovani Battista 1772-1826 naturaliste géologue minéralogiste

Saint Fond (Barthélemy Faujas de) 1742-1819 géologue et vulcanologue

Brown Thomas, capitaine, était un grand naturaliste, assez connu de son temps pour ses études et encore pour ses illustrations absolument sublimes, souvent vendues aujourd’hui comme œuvres d’art. Il était originaire du nord d’Edimbourg près de St Andrews
Dans un de ses publications de conchology, il y a une mention de Nice (the elements of fossil conchology according to to the arrangement of Lamarck page 33).

 Cependant, on n’a aucune idée de l’année où il est venu à Nice.
Il faudrait creuser dans le Linnean Society papers pour voir s’il y a quelque chose d’autre sur Nice et ses environs.

Imrie, colonel vers 1750 – 1820 géologue

Rawlinson Barclay Abraham, 1793 -1845 géologue, quaker

Risso Antoine 1777-1845 naturaliste, de nombreux ouvrages le concernent

Saussure Horace Benedicte 1740-1799 géologue et naturaliste, de nombreux ouvrages le concernent

 

 

Bibliographie

 

Allan Thomas – Sketch of the geology of the environs de Nice, from the transactions of the Royal Society of Edinburgh – 16 février 1818