1740 – 1748 suivant le dictionnaire de G Casalis -succession d'Autriche

 


 

Mise à jour mars 2018

 

           La mort de l’Empereur Charles VI survenue le 15 octobre 1740, troubla ainsi un doux repos qui fut trop bref pour la félicité des peuples. Ce monarque qui n’avait pas d’héritiers mâles, avait institué comme héritière universelle sa fille Marie Thérèse épouse de François de Lorraine, Grand-Duc de Toscane.

           La France, l’Angleterre et l’Espagne avaient solennellement garanti  par le Traité de Vienne la Pragmatique Sanction. Néanmoins aussitôt après la mort de Charles VI, l’Electeur Albert de Bavière, éleva des prétentions sur son vaste héritage, et la France se déclara pour être Electeur. Frédéric de Prusse imita son exemple  dans l‘espoir de s’emparer de la Silésie ; Philippe V manifesta également ses prétentions pour revendiquer le Milanais  et les Etats de Parme et de Plaisance.

           Le feu de la guerre se ralluma avec une ardeur nouvelle. La résolution que prit alors Charles Emmanuel à cette occasion honora ses sentiments et sa politique. Ne pouvant conserver sa neutralité sans compromettre ses propres intérêts, il ne douta pas de se déclarer pour le parti le plus faible parce qu’il l’estimait le plus juste.

           D’accord avec l’Angleterre il négocia et conclut avec la Reine de Hongrie un Traité d’alliance stipulé le 1er Février 1742, et rapidement parut à la tête de quarante mille hommes, lesquels réunis aux troupes impériales sous les ordres du Maréchal de Thaun, arrêtèrent la marche de l’armée espagnole conduite par le Duc de Mortemar, qui depuis le Royaume de Naples s’avançait vers le Lombardie.

           Quoique la France n’eût pas encore positivement déclaré la guerre au Roi de Sardaigne, néanmoins l’orage se rapprochait du Comté de Nice ; déjà l’Infant D.Philippe avait passé les Pyrénées et les Bourbon ne cachaient pas  leur projet de pénétrer en Italie par les Alpes Maritimes.

           Charles Emmanuel ne voulant être surpris, fit partir vers Nice au printemps 1742 un Corps de six mille hommes sous les ordres du Marquis de Suse. Le château de la ville n’étant plus en état d’opposer aucune résistance, un Conseil de Généraux  décida qu’il était nécessaire d’occuper la position du Mont Alban et de la retrancher de façon à pouvoir arrêter la marche des ennemis.

           En l’espace de quatre mois les troupes savoyardes travaillèrent à munir le Col du Mont Alban  de trois systèmes de redoutes dominées par le Fort  et le défendirent par une artillerie formidable. Ils tracèrent une ligne fortifiée depuis le bord de mer jusqu’au sommet des Alpes avec des retranchements établis sur les collines de Garrache (Mont Vinaigrier ?), de Castillon, de Raus et de Lantione (Authion ?) qui, reliés à ceux du Mont Alban fermaient le double passage, soit qu’ils aient voulu passer en Italie par la route de la Ligurie, soit qu’ils aient tenté de forcer la montagne de Tende. Au milieu de tels préparatifs de défense, une nouvelle inattendue fit croire que  l’armée des deux Couronnes, avait renoncé à son premier projet d’envahir avant tout le Comté de Nice.

           Et en fait l’Infant D.Philippe alla avec toutes ses forces occuper la Savoie et la Campagne de 1743 s’ouvrit en Lombardie. Les armées de France et d’Espagne allaient pendant ce temps  se renforcer en Provence, mais l’Infant D.Philippe et le Prince de Conti n’étaient pas encore d’accord sur le plan de campagne de 1744.

           Le Capitaine Général Las Minas proposa de s’emparer du bas Comté de Nice et de pénétrer en Lombardie par la Riviera de Gênes et il fit voir la possibilité d’effectuer un débarquement sur l’arrière du port de Villefranche grâce à la réunion de flottes alliées et à contraindre  par un tel mouvement le Marquis de Suse à abandonner de lui-même la ligne fortifiée du Mont Alban.

           Mais ce projet réussit mal. Les flottes des deux Couronnes furent complètement battues par la flotte de l’Amiral Mathews.

           Néanmoins D.Philippe  et le Prince de Conti ne renoncèrent pas à l’invasion du Comté de Nice. Leur armée composée de soixante mille hommes passa le Var le 1er avril 1744. Deux ponts construits sur le  fleuve, l’un face au village de S.Laurent, l’autre en face d’Aspremont facilitèrent le transport  de l’artillerie et des bagages. Les deux Princes logèrent cette même nuit dans le quartier de Palmette (Baumettes ?).

           Les ennemis étaient aux portes de Nice et la plus grande consternation régnait parmi les habitants abandonnés à eux-mêmes, car le Marquis de Suse avait fait déplacer toutes les troupes de la garnison sur la ligne  du Mont Alban.

           Quatre régiments, deux espagnols et deux français commandés par le marquis de Castellar et par le Comte de Dunois  prirent possession de la ville le 4 Avril en entrant par la porte de France. L’armée alliée occupa en même temps toutes les collines et les micheletti (miquelets ou mignons)  qui avaient l’habitude de précéder les troupes régulières occupèrent le faubourg  depuis le torrent de Magnan jusqu’au couvent de S.Jean Baptiste.

           D.Philippe, le Prince de Conti et le Capitaine Général Las Minas firent leur entrée dans la ville le 11 avril. D. Joseph d’Arambure prit le commandement de la ville et de la garnison. 

           Ensuite l’Intendant Général D.Michele Pereira imposa une contribution de trente mille piastres fortes, mais cela fut compensé pour les habitants par le gain qu’ils faisaient sur la vente de leurs marchandises et de leurs denrées. Les Espagnols avaient beaucoup d’argent et le dépensaient plus par orgueil  que par générosité. Si l’on avait jugé par le grand nombre de pages, de palefreniers et de familles qui suivaient l’armée espagnole, on aurait dit que D. Philippe se  bornait à jouir de quelques divertissements.

           Le Prince, excessivement passionné de chasse faisait suivre derrière l’armée une meute de cinquante chiens choisis parmi les espèces les plus rares et dépensait chaque jour pour leur entretien deux cent cinquante piastres fortes.

           D’immenses provisions de toutes sortes provenaient des ports de France et de Catalogne. Les bâtiments de transport débarquaient à l’embouchure du Var pour éviter les canons du Mont Alban. Soixante mille hommes de toutes armes disposés le long des collines sur la gauche du Paillon et abondamment pourvus de tout le nécessaire ne ruinèrent pas les campagnes. Leurs généraux maintinrent une rigoureuse discipline pour ne pas offenser le peuple désarmé et pour respecter les terres cultivées.

           Avant d’entreprendre l’assaut des retranchements  du Mont Alban où le Marquis de Suse restait dans une attitude d’attente, le Prince de Conti à la tête de douze mille hommes fit mouvement vers le village de l’Escarène avec l’intention d’occuper les hauteurs du col de Braus. Elles étaient gardées par le Comte Cacherano della Rocca, lequel avait avec lui quatre bataillons de troupes régulières et un Corps de milices. Une violente tempête ayant de façon imprévue grossi les eaux du Paillon, sépara l’arrière garde de la colonne française.

           D.Philippe se  prépara enfin à forcer les lignes du Mont Alban. Le soir du 19 avril, trois fusées parties  du sommet de la roche dénommée le donjon firent le signal convenu.

           Aussitôt six colonnes s’avancèrent vers les rochers escarpés où l’armée savoyarde attendait de pied ferme. Celle du centre commandée par le Marquis de Castellar ayant rejoint sur les pentes de la montagne en face de la cassine Thaon, fut dans l’obscurité accueillie par des coups répétés d’arquebuse qui partaient des fenêtres  de cette maison de campagne. Le Général espagnol trompé par le son du tambour qui se faisait entendre en divers points, ordonna à ses troupes de faire halte, mais il n’y avait là qu’un détachement de miliciens devant lequel une colonne de douze mille hommes était arrêtée. Toutefois  il n’y eut pas de corps à corps, et comme désormais l’aube s’approchait, le Capitaine Heller qui commandait  ce détachement rapproché pensa élever en l’air un mouchoir blanc pour montrer qu’il voulait se rendre et il obtint une capitulation honorable, s’en retournant libre avec ses compagnons d’arme.

            Ce fut une chose vraiment curieuse de lire le journal de Madrid du 30 avril 1744, dans laquelle Capitale on chanta un hymne solennel de remerciement pour la prise de la forteresse de Thaon.

           Mais il en advint bien autrement au pied des redoutes où arriva ensuite l’ennemi malgré le feu terrible des batteries. L’impétueuse valeur du Comte de Dunois obtint subitement un brillant succès ; ce Général mis à la tête d’une division de grenadiers français grimpa sur les rochers opposés ; il déboucha par la route de Villefranche sur le côté droit de la position fortifiée et malgré les coups incessants des défenseurs, tourna rapidement le haut plateau du Mont Garrache, se jeta furieusement sur les retranchements. Quatre bataillons surpris par cet assaut imprévu tentèrent en vain de se défendre et furent ensuite repoussés. Ici accourut le Marquis de Suse. Il essaya vainement de les secourir. Ces troupes furent contraintes de déposer les armes  et ce Général  se rendit prisonnier au Comte de Dunois.

           Le Chevalier de Cinzano prit le commandement et réunissant trois Corps de soldats dont il connaissait le courage,  assaillit à son tour les redoutes occupées par les grenadiers français qui se virent contraints de les abandonner. Mais le Comte de Dunois pénétra à nouveau dans les retranchements et repoussa son adversaire derrière le parapet de la batterie du Mont Leuze. Ici s’engagea une terrible mêlée. Le régiment de la marine se couvrit de gloire.  Trois assauts consécutifs ne purent le forcer à abandonner cet ultime poste d’honneur.

           Le régiment suisse de Salis survint au secours de ces valeureux et fit reculer les français pendant que le Chevalier Thaon de S.André rentra au pas de charge dans les tranchées. La violence s’accrut tellement de part et d’autre que les troupes manquant de munitions se battaient à coups de pierres. C’était dix heures du matin. Une ultime charge des volontaires royaux  obligea les ennemis à se retirer.

            Mais ceux-ci furent harcelés par les armes subalpines jusque sous les murs de Nice et ils subirent une perte de cinq mille hommes entre tués et blessés

L’héroique résistance  du Commandant de Cinzano ne découragea pas les ennemis qui se disposèrent à un nouvel assaut.

           La fatigue des troupes, les pertes subies, et surtout le manque de munitions conduisirent le Général piémontais à abandonner cette position avant que la retraite sur Oneglia ne devint plus malaisée. Il profita de la présence des vaisseaux anglais ancrés dans la rade de Villefranche et trompant la vigilance de l’Infant, il s’embarqua  avec ses troupes sur cette flotte dans la nuit du 21 au 22 avril.

           Alors le Prince de Conti s’avança sur la Roya et alla établir son Quartier Général à Breil pour couvrir les défilés de Saorge et de Tende occupés par les Divisions piémontaises commandées par le Comte Cacherano della Rocca. 

           L’Infant après avoir introduit quelques troupes dans Vintimille fit occuper la vallée de Dolceacqua et détacha le Capitaine Général Las Minas avec seize bataillons lesquels s’emparèrent de la Principauté d’Oneglia. Mais elles l’abandonnèrent rapidement d’ordre du Cabinet de Madrid.

           Suivant le nouveau plan de campagne que les Bourbons adoptèrent, un Corps de dix mille espagnols sous les ordres du Marquis de Castellar restèrent dans le Comté de Nice pour garder la ligne de Sospel jusqu’à la mer. Le Général mit en état de défense valable les forts de Villefranche et Mont Alban et fit disposer diverses batteries le long du littoral pour tenir au loin les vaisseaux anglais.

           Durant l’automne 1744 il ne se produisit rien d’important dans le Comté de Nice. Le Brigadier Général D.Giusppe de Castro qui avait succédé au Marquis de Castellar rappelé au Quartier Général des Princes, s’y tint constamment sur la défensive et la petite armée piémontaise qui lui faisait face ne tenta aucune action.

           Au printemps 1745 l’armée gallispane forte de soixante mille hommes fit mouvement vers la frontière du Comté de Nice.

           La République  de Gênes s’était finalement déclarée en faveur des Bourbons et par le Traité d’Aranjuez, elle consentit alors à laisser le libre passage par les deux rivieras  et mit à leur disposition un Corps auxiliaire  de dix mille soldats.

           L’Infant D.Philippe et le Maréchal de Maillebois arrivèrent à Nice avec le gros de l’armée le 12 avril 1745. De vastes magasins établis au-delà du Var pourvoyaient à tous les besoins.

           Il se passa ici un mois en festivités mais les préparatifs de la Campagne ne furent pas négligés. Le 11 du mois suivant, l’armée se mit en mouvement vers Vintimille. Le Marquis de Castellar à qui fut donné le commandement de l’avant garde s’empara de San Remo et de Porto Maurizio. Oneglia ouvrit ses portes le 1er Juin et le Commandant de Cinzano, trop faible pour résister à tant de forces, se retira avec les siennes  dans la vallée du Tanaro. Les troupes gallispanes ne trouvèrent pas d’obstacles dans leur marche.

           D.Philippe établit son Quartier Général  à Savone  et le Maréchal de Maillebois gagna les hauteurs de la Rocchetta.

           Pour assurer les communications avec la ville de Nice, ils avaient laissé en arrière un Corps de réserve commandé par Mirepoix qui avait sous ses ordres le Baron de Lautrec. Ce Général posta dans les environs de Vintimille un régiment français qui fut battu par un Corps de milices de Tende et la Brigue.

           Il ne nous appartient pas ici de suivre le cours des évènements militaires en Lombardie où s’acheminèrent les gallispans. Nous